Du 1er juillet au 31 décembre 2025, le Danemark préside le Conseil de l’Union européenne. Il fait partie d’un trio de présidences à la tête de l’institution, qu’il forme avec la Pologne et Chypre. Comment fonctionne ce système ?
Tout au long du second semestre 2025, le Danemark assume la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Mais l’UE étant constituée de 27 États membres, six mois est un délai bien court pour faire avancer ses priorités. C’est pourquoi depuis 2007, chaque pays collabore avec deux autres, qui le précèdent ou le suivent dans cet exercice. Les trois États fixent ainsi des objectifs à plus long terme, à savoir 18 mois, dans un système dit de trio. Un système d’abord informel qui s’est installé au fur à mesure des élargissements, définitivement institutionnalisé par le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009.
Lorsque le premier pays du trio accède à la présidence, un programme commun est dévoilé. Chaque État présente quant à lui une feuille de route plus détaillée au début de son mandat au Conseil, pour les six mois où il est chargé de le présider. Le trio actuel est constitué de la Pologne (1er semestre 2025), du Danemark (2e semestre 2025) et de Chypre (1er semestre 2026).
Pologne, Danemark, Chypre : quatorze ans après
Ce n’est pas le premier trio que la Pologne, le Danemark et Chypre forment dans le cadre de la présidence du Conseil. Du 30 juin 2011 au 31 décembre 2012, ils avaient déjà mené une telle coopération.
Les trois pays présentent des caractéristiques différentes. Si le Danemark a rejoint l’UE en 1973, les deux autres n’y ont adhéré qu’en 2004, lors de la vague d’élargissements vers l’Est. La Pologne et le Danemark ne sont pas membres de la zone euro. Enfin, Chypre n’appartient pas à l’espace Schengen.
Des profils complémentaires qui doivent apporter une vision élargie des dossiers, et donc favoriser des décisions répondant le plus largement aux préoccupations des Européens.
Retrouvez l’intégralité du programme du trio de janvier 2025 à juin 2026.
Quatre grandes institutions européennes
Avec le Conseil européen, la Commission européenne et le Parlement européen, le Conseil de l’UE, aussi appelé Conseil, fait partie des quatre plus importantes institutions de l’Union européenne. La Commission détient le monopole de l’initiative législative, c’est-à-dire que c’est elle qui propose les textes de loi que sont les directives, les règlements et les décisions. Ses propositions sont formulées en accord avec les orientations politiques déterminées par le Conseil européen, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des 27 États membres.
C’est ensuite le Conseil, rassemblant quant à lui les ministres des pays de l’UE en dix formations thématiques (affaires étrangères, environnement, agriculture, etc…), et le Parlement européen qui débattent, amendent et votent les textes que leur soumet la Commission. Dans certains domaines, tels que la politique étrangère et de sécurité, le Conseil de l’UE décide même seul. Il dispose donc d’un pouvoir relativement important.
Cette institution est dirigée via un système de présidence tournante d’une durée de six mois, dont la liste est établie jusqu’en 2030. Tous les États membres l’exercent à tour de rôle. Pour un pays de l’UE, être à la tête du Conseil signifie que ce sont les ministres de son gouvernement qui dirigent les réunions de l’institution dans leurs domaines de compétence respectifs (sauf pour le Conseil des affaires étrangères, présidé par le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité).
Des trios pour voir plus loin
Présider le Conseil ne veut pas dire décider, mais plutôt coordonner le travail des uns et des autres et faire émerger des compromis sur les dossiers législatifs. Une tâche qui n’est pas toujours aisée tant les divergences entre États membres peuvent être fortes.
Au début de chaque présidence du Conseil, le pays européen qui en a la charge présente un programme de travail qui comprend les priorités législatives de son mandat. À savoir les dossiers sur lesquels il considère que l’Europe doit prioritairement avancer pendant sa présidence. Mais à 27, difficile de se projeter sur une période aussi courte que six mois.
C’est pourquoi le Conseil fonctionne avec un système de trios. Dans cette configuration, trois pays amenés à prendre la tête de l’institution décident de priorités communes, de plus long terme, pour les 18 mois au cours desquels ils se succèdent. Chacun a ensuite un programme plus détaillé pour les six mois de sa présidence.
Continuité renforcée
Ce système permet alors d’assurer une continuité des travaux du Conseil. Et des transitions cohérentes entre les trois États du triplet, qui poursuivent des objectifs définis ensemble et présentés lorsque le premier d’entre eux assume la présidence du Conseil. Une tâche qu’il ne réalise donc pas seul, mais en collaboration avec les deux autres pays membres de son trio.
La continuité de l’action du Conseil de l’UE est aussi garantie par le Secrétariat général du Conseil, dont la secrétaire générale est la française Thérèse Blanchet depuis le 1er novembre 2022, et jusqu’au 31 octobre 2027. Fil rouge de l’ensemble des présidences tournantes, elle contribue elle aussi à la continuité des travaux de l’institution.
Institutionnalisé par le traité de Lisbonne
Inscrire les priorités européennes dans la durée est une préoccupation de longue date. Car avant que le système des triplets ne devienne la norme, la gouvernance de l’Europe était entachée par des incohérences dues à un manque de coordination entre États membres.
Dès 1981, la collaboration entre le pays exerçant la présidence du Conseil, celui qui le précède et celui qui le suit se met officieusement en place. Lors du Conseil européen de Séville, les 21 et 22 juin 2002, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’UE, alors au nombre de 15, donnent un caractère plus officiel à cette pratique en invitant dans leurs conclusions les États membres à davantage coopérer à la direction du Conseil.
Le premier trio tel que nous les connaissons aujourd’hui, formalisé autour d’un programme commun officiel, est initié en janvier 2007 avec le triplet constitué par l’Allemagne, le Portugal et la Slovénie, le même que celui qui s’est achevé en décembre 2021.
Le système est ensuite définitivement institutionnalisé, et donc pérennisé, pendant la présidence portugaise du Conseil du second semestre 2007, par la signature du traité de Lisbonne le 13 décembre. Un texte qui entrera en vigueur deux ans plus tard, le 1er décembre 2009.







