Veuillez vous présenter aux opérateurs économiques et à la population.
Je suis Klintio Marguerite Koné Yoli-Bi, Commissaire centrale à la Commission Électorale Indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire. Je suis également experte en genre et en gouvernance électorale, défenseure des droits humains et spécialiste de la gestion et de la prévention des conflits.
Au fil des années, je me suis engagée dans la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du leadership féminin. Cet engagement m’a valu d’être distinguée Docteur Honoris Causa par l’Institut de Recherche Pluridisciplinaire Africain et le Centre de Valorisation Professionnelle de Tunis pour mes travaux dans les domaines du genre, de la gestion des conflits et de la gouvernance électorale.

Madame Yoli-Bi, en quoi consiste réellement votre fonction ?
En tant que Commissaire centrale à la CEI, je participe à l’organisation et à la supervision des opérations électorales dans ma zone de responsabilité, qui couvre notamment le Gboklé, la Nawa et San-Pedro. Mon rôle consiste à veiller au bon déroulement du processus électoral, mais aussi à contribuer à la prévention et à la gestion des tensions qui peuvent surgir autour des élections. Par ailleurs, à travers mon engagement au sein du West Africa Network for Peacebuilding (WANEP-CI), je travaille quotidiennement sur les questions de construction de la paix et de cohésion sociale. Il ne peut y avoir de développement durable sans paix. Si aujourd’hui les PME et les PMI peuvent se développer, c’est parce que l’environnement est relativement stable. Mais la paix n’est jamais acquise définitivement : elle se construit et se protège chaque jour, car les divergences font naturellement partie des interactions humaines. C’est pourquoi la prévention et la gestion des conflits restent des domaines essentiels pour nos sociétés.
Quel est le parcours qui vous a mené jusqu’à la réussite ?
Je suis biologiste de formation, mais très tôt, j’ai été attirée par les questions de justice sociale et de gouvernance. Cette sensibilité m’a conduite à me former progressivement en gestion des conflits, droits humains et gouvernance électorale. Aujourd’hui, je suis reconnue comme experte dans le domaine des processus électoraux. Je suis également formatrice accréditée BRIDGE, qui est le programme de formation le plus complet au monde en matière de gouvernance électorale, géré par la Commission électorale d’Australie. Mon parcours repose sur quelques valeurs simples : rigueur, persévérance et capacité d’adaptation. Lorsque je me fixe un objectif, je travaille avec détermination jusqu’à l’atteindre. Mais je pense que l’une de mes plus grandes forces reste l’empathie et l’attention portée aux autres, qui sont essentielles lorsqu’on travaille dans des contextes parfois sensibles.
La Côte d’Ivoire ambitionne de devenir un pays développé dans les décennies à venir. Sur quels éléments peut-elle s’appuyer pour réussir ce pari ?
Le développement d’un pays repose sur plusieurs piliers, mais le premier reste la qualité de la ressource humaine. La Côte d’Ivoire doit continuer à investir dans la formation des jeunes, filles et garçons, notamment dans les filières techniques et professionnelles en adéquation avec les besoins de l’économie. Le pays doit également renforcer sa souveraineté alimentaire en développant davantage son agriculture afin de réduire sa dépendance aux importations. Un autre levier important concerne le soutien aux PME et PMI, qui constituent un moteur essentiel de croissance et d’emploi. Cela passe notamment par un environnement fiscal et administratif plus favorable aux nouvelles entreprises. Enfin, il est essentiel d’intégrer pleinement la dimension genre dans les politiques de développement. Une étude de la Banque mondiale posait déjà la question en 2017 : « Et si l’émergence était une femme ? » Les femmes représentent près de la moitié de la population. Ne pas leur donner toute leur place, notamment dans les instances de décision, revient à se priver d’un potentiel considérable.

Au sortir des crises, la Côte d’Ivoire a entrepris de nombreuses actions pour consolider la paix et la cohésion sociale. Quel regard portez-vous sur ces efforts ?
La construction de la paix est un processus long et permanent. On ne peut jamais considérer que la paix est définitivement acquise, car le conflit fait partie de la nature humaine. Cela étant dit, la Côte d’Ivoire a parcouru un chemin important depuis la crise de 2011, qui avait profondément marqué le tissu social. De nombreuses initiatives ont été mises en œuvre pour restaurer la confiance entre les populations et renforcer la cohésion sociale. Les résultats sont visibles, même si tout n’est pas encore parfait. Aujourd’hui, nous pouvons dire que le pays est progressivement sorti de l’œil du cyclone, et que les efforts pour consolider la paix continuent d’avancer dans la bonne direction.
Vous avez joué un rôle important lors des élections de sortie de crise en 2010. Pouvez-vous nous en dire plus ?
En effet, j’ai intégré le Secrétariat général de la CEI en septembre 2010, à un moment particulièrement déterminant de l’histoire politique de notre pays. Je me suis ainsi retrouvée, de manière assez inattendue, au cœur de l’organisation de l’élection présidentielle de sortie de crise. Cette expérience a été marquante et je l’ai racontée dans un ouvrage publié en juin 2024, intitulé : « 2010 : Élection présidentielle de sortie de crise – Dans les coulisses de la CEI » Dans ce livre, je partage mon témoignage et celui de nombreux acteurs souvent restés dans l’ombre, mais qui ont contribué à la tenue de cette élection historique.

Quelle est votre vision de la relation Afrique-Europe ?
Je crois profondément à une relation dynamique et équilibrée entre l’Afrique et l’Europe. Nos deux continents sont liés par l’histoire, mais aussi par des intérêts économiques, stratégiques et humains. L’Afrique a besoin de l’Europe, tout comme l’Europe a besoin de l’Afrique. L’enjeu aujourd’hui est de construire un partenariat réellement gagnant-gagnant, qui soit perçu comme tel par les populations africaines.
Les PME et PMI africaines jouent un rôle croissant dans le développement local. Quelles sont les conditions pour qu’elles deviennent de véritables partenaires des entreprises européennes ?
Les PME et PMI africaines doivent miser sur la qualité de leurs ressources humaines et de leur production. Cela suppose d’investir dans la formation, l’innovation et la professionnalisation des entreprises. Elles doivent également s’inscrire dans une vision stratégique de long terme, être capables de s’adapter aux exigences des marchés internationaux et construire des relations de partenariat durables.
Plusieurs femmes rêvent d’occuper de hautes fonctions en Afrique. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?
Je leur dirais d’abord de se former et de se fixer des objectifs clairs. Ensuite, il faut travailler avec détermination, faire preuve de persévérance et d’audace. Il est aussi important de développer une communication de qualité et de savoir s’entourer de personnes compétentes capables de vous accompagner dans votre parcours.
Un message à vos partenaires, aux opérateurs économiques et à la jeunesse ?
Je voudrais encourager les acteurs économiques à investir davantage dans la formation des jeunes, car ils représentent la majorité de notre population et l’avenir de nos sociétés. Il est essentiel de leur faire confiance et de leur offrir des opportunités d’apprentissage, notamment en leur ouvrant les portes des entreprises et des organisations. C’est ainsi que nous construirons une économie plus dynamique et une société plus équilibrée.




