En Afrique, l’essor du commerce agricole reste tributaire des politiques sur la circulation des biens. Il s’agit d’une problématique cruciale pour la sécurité alimentaire dans la région.
Les pays d’Afrique de l’Ouest ont encore du chemin à faire pour dynamiser les échanges agricoles et permettre au commerce intra-régional de jouer pleinement son rôle dans l’atteinte de la sécurité alimentaire.
C’est la principale conclusion qui se dégage à l’issue d’une session du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE), organisée en marge du Forum des systèmes alimentaires africains (AFSF).
Dans un contexte où 85 % du commerce alimentaire entre les pays de la région échappe encore aux statistiques, le panel visait à faire le point sur les enjeux liés à l’accès à l’information sur les échanges de produits agricoles ainsi qu’à leur renforcement. Selon les projections, la demande régionale de produits alimentaires devrait atteindre 480 milliards $ d’ici 2030 contre 126 milliards en 2010.
Face à cette opportunité qui s’annonce, les panélistes, sous la modération de Nana Touré, directrice du CSAO/OCDE, ont mis en lumière quelques freins qui limitent actuellement le commerce agricole ouest-africain.
« Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a une fragmentation des normes et des régulations. Si nous avons un produit qui respecte les exigences phytosanitaires et qu’on doit l’envoyer vers la Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Mali, il faudra encore tout refaire. Cette situation fait que les gens préfèrent exporter en Europe parce que tout est beaucoup plus clair et harmonisé », regrette Siny Samba, CEO de l’entreprise agroalimentaire sénégalaise Le Lionceau.
« Entre Lagos et le poste-frontière avec le Bénin (Sémè), on compte à peu près 37 points de contrôle sur 150 km […]. Quand on interpelle les autorités et que le gouverneur de Lagos décide de se rendre à Cotonou, tous les 37 points disparaissent comme par miracle et les gens peuvent circuler pendant une à deux semaines sans problèmes avant que les anciennes pratiques ne reprennent », expliquait, sourire en coin, Alain Sy Traoré, directeur de l’Agriculture et du Développement rural de la CEDEAO.
Dans un tel contexte, le dirigeant estime que la volonté politique sera déterminante pour lever les barrières non tarifaires au commerce. « Les tracasseries routières sont le fait de comportements humains pour lesquels nos autorités n’arrivent pas encore à sévir », estime-t-il.
De son côté Philipp Heinrigs, chef de division Alimentation, Urbanisation et Villes du CSAO/OCDE estime que les États devraient prendre pleinement conscience du potentiel des échanges régionaux à nourrir de manière diversifiée les habitants de la région. « L’importance du commerce intra-régional est reconnue, mais il reste encore beaucoup à faire pour traduire cela concrètement », indique-t-il.
D’après l’OCDE, 90 % des tomates consommées au Ghana pendant la période de soudure proviennent ainsi du Burkina Faso et le tiers de la consommation alimentaire à Bamako est fourni par le commerce intra-régional.







