L’économiste et statisticien devra s’appuyer sur son expérience acquise en Afrique et au sein des institutions internationales pour conclure un nouveau programme financier, alors que le Gabon souhaite redéfinir certains aspects de sa coopération avec l’institution de Bretton Woods.
Alain Gaugris (photo) qui connaît aussi bien les rouages des institutions internationales que les réalités du terrain africain, vient d’être nommé représentant résident du Fonds monétaire international (FMI) au Gabon, en remplacement de l’Ivoirien Agou Gomez, arrivé en fin de mandat.
Cette nomination couronne plus de 25 ans de carrière internationale consacrée à l’économie et au développement par la donnée. Avant son affectation au Gabon, Alain Gaugris a occupé pendant près de sept ans le poste d’économiste principal et chef de programme pour le Fonds « Data for Decisions » (D4D) au siège du FMI à Washington.
Ce Fonds a pour objectif de fournir aux décideurs des données fiables afin d’éclairer les politiques macroéconomiques et soutenir les Objectifs de développement durable. Son rôle est d’innover et de répondre aux demandes des pays. Une expertise qui pourrait aider à comprendre les besoins spécifiques du Gabon.
De nationalité française, M. Gaugris possède également une expérience en Afrique, où il a travaillé dans plusieurs pays. Son engagement sur le continent remonte en effet à 2011, lorsqu’il a rejoint la Banque mondiale en tant que conseiller technique en statistiques publiques au Nigeria, puis en Guinée équatoriale, avec des missions ponctuelles au Cameroun, au Ghana et dans des États fragiles.
Il y a accompagné la réforme des systèmes statistiques nationaux, contribuant à la création ou à la structuration d’instituts nationaux de statistique, essentiels pour des politiques publiques fondées sur des données fiables. Il a également œuvré au sein des Nations unies, où il a occupé des fonctions de statisticien et de conseiller en politiques de développement au sein de la division des statistiques de l’ONU.
Son expertise ne se limite pas aux institutions multilatérales. Formé à l’ENSAE Paris et titulaire d’un master en économétrie de l’Université d’Évry Paris-Saclay, Alain Gaugris a également évolué dans la diplomatie économique en tant que chef du service économique de l’ambassade de France à Londres, puis comme attaché commercial à Rio de Janeiro.
Des défis à relever
Sa nomination à Libreville, effective en septembre 2025, intervient à un moment où le Gabon cherche à redéfinir les termes de sa coopération avec l’institution de Bretton Woods. Une initiative qui suspend temporairement les négociations en vue d’un nouveau programme, après l’échec du précédent accord approuvé le 28 juillet 2021, dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit (MEDC) pour une durée de trois ans.
Le Gabon souhaite en effet rompre avec les modèles inspirés des programmes passés. Comme l’a souligné le ministre de l’Économie et des Finances, Henri-Claude Oyima, le prochain programme devra être « conçu par les Gabonais et pour les Gabonais », avec le FMI en appui et non en pilote. Une posture qui devrait contraindre l’institution à revoir sa méthode.
Dans ce contexte, la nomination d’Alain Gaugris apparaît comme stratégique. Fin connaisseur des dynamiques de dialogue, de partenariat et de collaboration entre les pays en développement et les institutions internationales, il devra jouer un rôle de médiateur entre deux approches souvent opposées. Il pourrait notamment accompagner la mise en place d’un nouveau cadre de coopération, fondé sur une relation plus équilibrée et respectueuse des priorités nationales ; l’enjeu étant entre autres, de conclure un nouveau programme qui respecte les nouvelles orientations des autorités gabonaises.




