Alors que le G20 s’apprête à se réunir dans un contexte d’endettement record et de tensions financières, des experts africains exhortent les grandes économies à encadrer davantage les agences de notation, accusées de biais pénalisant le continent.
À quelques jours du sommet du G20, un panel d’experts africains tire la sonnette d’alarme : les grandes agences de notation continuent, selon eux, d’appliquer des méthodes « biaisées » qui pénalisent lourdement les économies du continent. Dans un rapport remis le mardi 18 novembre 2025, aux membres du groupe, ils appellent à un encadrement plus strict de ces acteurs influents des marchés financiers.
Mis en place sous la présidence sud-africaine du G20, le panel estime que les notations attribuées à de nombreux pays africains ne reflètent pas toujours leurs fondamentaux économiques. Les experts dénoncent un « biais de perception » qui conduirait à surévaluer le risque africain, entraînant des coûts d’emprunt plus élevés et limitant la capacité des États à accéder aux financements internationaux.
Parmi leurs recommandations, les experts demandent au G20 d’imposer davantage de transparence aux agences de notation : publication des modèles utilisés, justification détaillée des dégradations, et prise en compte plus fine de la diversité des économies africaines. Ils appellent également à éviter les décisions de notation « automatiques » en période de crise, susceptibles d’aggraver les difficultés financières des pays concernés.
Les grandes agences – S&P, Moody’s et Fitch – rejettent toute accusation de partialité, assurant que leurs critères sont appliqués de manière uniforme dans le monde entier.
Face à ces critiques récurrentes, l’Union africaine (UA) accélère la mise en place de sa propre Agence africaine de notation, annoncée pour le second semestre 2025. Objectif : proposer une évaluation ancrée dans les réalités économiques du continent et réduire la dépendance aux notations internationales. Mais plusieurs analystes doutent que cette institution interétatique réussisse à changer la perception des investisseurs vis-à-vis du continent.
Le rapport, présidé par l’ancien ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel (photo), a été élaboré avec la participation de personnalités reconnues, dont l’économiste Esther Duflo, prix Nobel, et l’ex-patron de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka. Tous soulignent qu’une meilleure régulation des agences de notation est devenue indispensable pour soutenir les efforts de financement et de développement du continent africain.


