D’une superficie équivalente à trois fois la France, avec une population de 86 millions d’habitants et possédant dans ses sols des gisements de pétrole et de gaz naturel parmi les plus importants de la planète, l’Iran présente de nombreux atouts qui en font l’une des principales puissances régionales au Moyen-Orient, où le pays occupe une place centrale.
Malgré ce statut régional et international, l’Iran n’entretient pas de relations diplomatiques et commerciales étroites avec l’Union européenne. La faute, notamment, à une situation intérieure marquée par une forte répression politique et sociale. Tant sur les droits humains que sur les relations avec ses voisins ou l’Occident, cette république théocratique islamique s’est illustrée par des actions souvent perçues comme hostiles.
La violente répression du mouvement de contestation déclenché à Téhéran le 28 décembre 2025, qui aurait fait plusieurs milliers de morts selon diverses ONG, a encore tendu les relations entre l’Iran et l’Union européenne. Alors que les manifestations se poursuivent malgré les coupures d’internet et l’interdiction de diffuser images et vidéos, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, s’est dite prête à proposer de nouvelles sanctions en réaction à cette répression. Cette crise intérieure s’ajoute aux controverses persistantes sur l’enrichissement nucléaire iranien et à l’escalade militaire engagée avec Israël depuis mi‑juin 2025, rappelant les risques que fait peser Téhéran sur la stabilité régionale et au‑delà.
Des relations commerciales très limitées
L’Iran ne compte pas parmi les 166 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Par ailleurs, il n’existe aucun accord commercial bilatéral entre le pays et l’UE. Les échanges commerciaux entre les deux parties sont donc soumis au régime général d’importation de l’Union. Une situation qui ne favorise pas le commerce bilatéral.
En 2024, les exportations iraniennes vers l’UE représentaient 1,6 milliard d’euros (800 millions d’euros de biens, autant de services), d’après les données fournies par Eurostat. Quant aux exportations européennes vers l’Iran, elles atteignaient 4,6 milliards d’euros (3,7 milliards d’euros pour les biens, 900 millions d’euros pour les services). La balance commerciale penche donc largement en faveur de l’Union, de 3 milliards d’euros.
Les échanges commerciaux de biens entre l’Union et l’Iran s’élèvent ainsi à près de 4,5 milliards d’euros chaque année. Soit à peine 0,1 % des flux annuels de marchandises entre l’UE et le reste du monde, qui atteignent environ 5 000 milliards d’euros.
Des ressources énergétiques exceptionnelles
L’Iran dispose d’immenses ressources énergétiques. Le pays figure parmi les plus grandes réserves prouvées d’hydrocarbures : 3e pour le pétrole et 2e pour le gaz (derrière la Russie). Chaque jour, l’Iran produit ainsi 3,3 millions de barils de pétrole brut. Selon la Direction générale du Trésor, l’Iran est la 40e économie mondiale, avec un PIB de 401 milliards de dollars en 2024.
En conséquence, l’économie iranienne est fortement dépendante du secteur des hydrocarbures. Ainsi, les sanctions économiques et financières rétablies en 2011, puis en 2018 par les États-Unis en raison des inquiétudes liées à son programme nucléaire, suivies par l’UE sous la pression américaine, ont isolé économiquement l’Iran. Le pays s’est donc tourné vers d’autres partenaires, tels que la Chine, la Turquie, la Russie ou l’Afghanistan.
Le nucléaire iranien : un axe central de la relation
Le programme nucléaire iranien est l’un des principaux points de friction entre la république islamique et l’Union. Bruxelles a joué un rôle clé dans les négociations sur le nucléaire iranien, notamment autour du Plan d’action global commun (JCPoA) de 2015, qui visait à encadrer les activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée partielle des sanctions.
Federica Mogherini, alors haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, avait contribué à la conclusion de cet accord avec les États-Unis, la Russie, la Chine et trois États membres de l’Union, communément appelés « E3 » : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Après la conclusion du JCPoA, une division du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dédiée à la coordination des relations entre l’UE et l’Iran avait été créée.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ayant confirmé que l’Iran avait rempli ses obligations nucléaires dans le cadre du JCPoA, toutes les sanctions économiques et financières prises par l’UE en rapport avec le programme nucléaire iranien avaient été levées en janvier 2016.
Mais le retrait unilatéral des États-Unis en 2018 sous l’administration Trump, suivi du rétablissement de sanctions, a provoqué un effondrement progressif de l’accord. L’UE a tenté de préserver les bénéfices du JCPoA par la création de l’INSTEX – un mécanisme d’échange hors dollar pour contourner les sanctions américaines – qui s’est révélé inefficace sur le long terme en raison d’un manque de coopération bancaire et de la pression exercée par les sanctions américaines.
Dans ses conclusions du 22 décembre 2022, le Conseil a réaffirmé que l’Iran ne devait en aucun cas mettre au point ou acquérir une arme nucléaire, rappelant les engagements pris par Téhéran et ses obligations internationales.
Un régime de sanctions en constante évolution
Outre les activités de prolifération nucléaire, l’Union européenne a progressivement renforcé ses régimes de sanctions contre l’Iran au fil des dernières années. Ces mesures visent notamment la répression des manifestations et les violations des droits humains documentées depuis 2011, durcies après la mort de Mahsa Amini en 2022, mais aussi le soutien militaire apporté par Téhéran à la Russie dans la guerre en Ukraine ou encore les attaques de missiles et de drones contre Israël en avril 2024.
La nouvelle vague de répression déclenchée fin décembre 2025 a encore accentué cette dynamique. Face à un mouvement de contestation qui aurait déjà fait des centaines de morts selon plusieurs ONG, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, s’est dite prête à proposer de nouvelles sanctions ciblées contre le régime iranien. En parallèle, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a annoncé le 12 janvier 2026 l’interdiction d’accès de tous les diplomates, représentants et fonctionnaires iraniens aux locaux du Parlement à Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg.
Ces nouvelles mesures viendraient s’ajouter à un dispositif déjà conséquent : 232 personnalités et 44 entités iraniennes sont actuellement visées par des interdictions de séjour, des gels d’avoirs et des restrictions sur la vente d’équipements susceptibles d’être utilisés pour la répression interne. Ce régime de sanctions est pour l’heure prorogé jusqu’en 2026.
Les sanctions liées au nucléaire continuent par ailleurs de peser sur les échanges économiques. Elles interdisent l’exportation vers l’Iran d’armes, d’or, de métaux précieux, de logiciels et d’équipements pouvant contribuer à des activités d’enrichissement, ainsi que l’importation de pétrole brut, de gaz naturel et de produits pétrochimiques iraniens.
Une diplomatie sous tension dans un contexte géopolitique dégradé
L’offensive militaire lancée par l’Iran contre Israël en avril 2024 a accentué les tensions régionales et fragilisé toute tentative de relance du dialogue sur le nucléaire. La guerre déclenchée entre ces deux puissances régionales le 13 juin 2025 a rendu la situation encore plus complexe, désormais aggravée par la violente répression du mouvement de contestation ayant éclaté fin décembre en Iran, lequel a suscité de vives réactions en Europe et dans le reste du monde.
Dans ce contexte, les pays européens de l’E3 (France, Allemagne, Royaume‑Uni) et la haute représentante de l’Union européenne poursuivent néanmoins leurs efforts diplomatiques. Lors d’une rencontre avec leur homologue iranien à Genève le 20 juin 2025, ils avaient exprimé leurs « graves préoccupations » face à l’évolution des tensions au Moyen‑Orient et réaffirmé leur engagement en faveur de la sécurité d’Israël. Et appelé les parties concernées à éviter toute nouvelle escalade et à rechercher d’urgence une solution négociée garantissant que l’Iran ne puisse jamais obtenir ou acquérir une arme nucléaire.
Les ministres européens ont également réitéré leurs inquiétudes de longue date concernant l’expansion du programme nucléaire iranien, jugé dépourvu de finalité civile crédible et en violation de la quasi‑totalité des dispositions du JCPoA. Ils ont examiné les options permettant de relancer une solution négociée, tout en soulignant l’urgence de la situation.
Mais la dynamique diplomatique reste fragile. Le 11 janvier 2026, le président américain Donald Trump a affirmé que le régime iranien avait « contacté Washington pour négocier » et qu’une rencontre était « en cours de préparation« , tout en rappelant que l’armée américaine étudiait des « options très fortes ». En réaction, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a averti que toute attaque américaine entraînerait des représailles directes contre l’armée et le transport maritime des États‑Unis.
Face à un Iran isolé, imprévisible et militairement actif, l’Union européenne tente donc de maintenir le cap d’une diplomatie fondée sur le droit et les normes. Mais sa capacité d’influence reste étroitement conditionnée par les rapports de force géopolitiques globaux, notamment entre Washington, Pékin, Moscou et Téhéran.








