Les États-Unis et l’Union européenne sont deux partenaires commerciaux très importants l’un pour l’autre. Mais lequel est bénéficiaire ? Qui est déficitaire ? Et quels sont les principaux biens importés et exportés entre ces deux marchés ?
Depuis qu’il est redevenu président des États-Unis en janvier 2025, Donald Trump a déclaré une guerre commerciale au monde entier. L’Union européenne n’est pas épargnée par le milliardaire ultraconservateur. À de nombreuses reprises, il a accusé les pays du Vieux Continent d’avoir trop longtemps profité d’une forme de bienveillance commerciale américaine.
« Vous pensez que l’Union européenne est très amicale, mais ils nous arnaquent. C’est tellement triste à voir. C’est pathétique« , a-t-il déclaré mercredi 2 avril, au moment où il annonçait son intention d’appliquer 20 % de tarifs douaniers supplémentaires sur les importations en provenance de l’UE.
L’une des préoccupations principales du leader du camp républicain est le déficit commercial de son pays vis-à-vis de l’Union, qu’il estime à 300 milliards de dollars. Si les États-Unis sont effectivement déficitaires dans leur relation commerciale avec l’Europe, ce chiffre est en revanche faux.
Un déficit commercial de 48 milliards d’euros pour les États-Unis
En 2024, les États-Unis étaient le premier partenaire de l’UE pour les exportations de biens (20,6 %) et son deuxième partenaire pour les importations (13,7 %), derrière la Chine (21,3 %).
Selon les données communiquées par la Commission européenne, le commerce transatlantique de biens et de services a atteint 1 600 milliards d’euros en 2023. Dans le détail, l’Union européenne a exporté pour 822,5 milliards d’euros de biens et services vers les États-Unis cette année-là, tandis qu’elle a importé pour 774,5 milliards d’euros en provenance de l’autre côté de l’Atlantique. La balance commerciale penche donc bel et bien en faveur de l’UE, mais de 48 milliards d’euros seulement. On est bien loin des 300 milliards d’euros régulièrement avancés par Donald Trump.
L’UE largement déficitaire dans les échanges de services
Il existe toutefois une grande différence de balance commerciale entre les biens et les services. Et c’est peut-être sur ce point précis que Donald Trump s’appuie pour essayer de travestir la réalité des faits. Car, en ce qui concerne uniquement le commerce de biens, les exportations européennes vers les États-Unis atteignaient 503,8 milliards d’euros en 2023, contre 347,2 milliards d’euros d’importations américaines. Soit un excédent commercial de 156,6 milliards d’euros en faveur du Vieux Continent.
Donald Trump s’est plaint à plusieurs reprises de ce déficit pour son pays. « Ils n’achètent ni nos voitures, ni nos produits agricoles, ils n’achètent presque rien« , regrettait-il déjà fin janvier, à propos des Européens. Sauf que du côté des services, la tendance s’inverse. En ayant exporté pour 318,7 milliards d’euros vers les États-Unis en 2023 et importé pour 427,3 milliards d’euros, l’Union se retrouve cette fois en déficit commercial, à hauteur de 108,6 milliards d’euros.
Une donnée que le président américain semble régulièrement oublier, mais qui n’est pas anodine. Car dans la catégorie des « services », on retrouve, entre autres, les profits réalisés sur le continent européen par les géants du numérique, tels que Google, Amazon, Facebook ou Apple. Ce mécanisme s’applique également aux grandes marques américaines.
« Quand on achète un gobelet avec le logo Disney ou des baskets Nike, toutes les filiales européennes de ces entreprises paient un droit d’utilisation de la marque. C’est comptabilisé dans les exportations américaines de services« , explique Eric Dor, professeur à l’Ieseg, School of Management, dans un entretien au Figaro. Ainsi, ce chiffre d’affaires lié à l’usage de la propriété intellectuelle des grandes marques américaines représente plus d’un tiers des exportations américaines de services vers l’Union. Il en va de même pour les services aux entreprises. Les grands cabinets de conseil et d’audit américains, comme McKinsey, font fortune en Europe.
Quels sont les principaux biens échangés entre l’UE et les États-Unis ?
Selon les données d’Eurostat pour 2024, le pétrole brut (12,6 %), les produits médicaux et pharmaceutiques (9,9 %), les moteurs (8 %), les aéronefs et équipements associés (5,4 %) et le gaz naturel (4,6 %) constituent les principaux biens importés par l’UE en provenance des États-Unis.
Dans le sens inverse, les produits médicaux et pharmaceutiques (14,6 %), les médicaments (8 %), les voitures et autres véhicules (7,3 %), les autres machines (2,7 %) et les aéronefs et équipements associés (2,5 %) sont les principaux biens exportés par l’UE vers les États-Unis l’an passé.
Quelle est la balance commerciale des pays de l’UE avec les États-Unis ?
D’après Eurostat, en 2024, 20 des 27 États membres de l’UE avaient une balance commerciale excédentaire vis-à-vis des États-Unis, en ce qui concerne les échanges de biens seulement (les échanges de services n’y sont pas comptabilisés). Tout en haut du classement, on retrouve l’Allemagne, avec un excédent commercial de 92 milliards d’euros, puis l’Irlande (51 milliards d’euros) et l’Italie (39 milliards d’euros). La France se situe au milieu des pays européens, avec un excédent commercial de 3 milliards d’euros en 2024.
Malte (12 millions d’euros), le Luxembourg (178 millions d’euros), Chypre (191 millions d’euros), la Slovénie (277 millions d’euros), la Pologne (491 millions d’euros), l’Espagne (6 milliards d’euros) et les Pays-Bas (25 milliards d’euros) sont les seuls États membres de l’UE qui importent plus qu’ils n’exportent aux États-Unis.



