Visite de Macron au Gabon : derrière les discours, le bras de fer entre l’État et Eramet sur le manganèse
Les négociations cruciales entre le Gabon et le géant minier français Eramet sur la transformation locale du manganèse sont désormais placées sous le signe de la dette publique. Une « task force » gabonaise dédiée à l’apurement de la dette publique tente, depuis plusieurs mois, d’explorer si les futurs investissements industriels d’Eramet, rendus nécessaires par l’interdiction d’exporter du manganèse brut à partir de 2029, pourraient être articulés avec une stratégie plus large de gestion de la dette du pays. Cette question, stratégique pour la souveraineté économique du Gabon, a été abordée à l’occasion de la visite du président français Emmanuel Macron à Libreville fin novembre 2025.
Cette intrication des dossiers s’explique par le contexte financier tendu que traverse le Gabon. Le gouvernement du président Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé en 2025 un vaste plan de reprofilage de la dette publique, portant sur plus de 1 700 milliards de FCFA, afin de repousser les échéances. Dans le même temps, Libreville multiplie les gestes pour rétablir sa crédibilité auprès des créanciers, comme le règlement fin 2025 de 28,3 milliards FCFA (environ 50 millions de dollars) au titre de sa dette extérieure. L’implication de la task force dans le dossier minier suggère une volonté d’utiliser le levier industriel pour consolider la situation financière du pays.
La manœuvre gabonaise place Eramet, actionnaire majoritaire de la Comilog, dans une position délicate. Le groupe français, qui emploie plus de 10 000 personnes dans le pays, doit composer avec l’exigence souverainiste de Libreville tout en préservant la rentabilité de ses opérations et ses chaînes d’approvisionnement vers ses usines en Europe.







