Souvent perçue comme lointaine, l’Union européenne et ses politiques ont pourtant un impact important sur la vie de nos villes et villages. Droits de vote des résidents européens, financements de projets locaux ou représentation politique à Bruxelles : tour d’horizon des relations étroites et parfois invisibles qui lient nos communes au reste de l’Europe.
Au moment de glisser leur bulletin dans l’urne le 15 mars pour le premier tour des élections municipales, peu d’électeurs auront en tête les problématiques européennes. Les Français se concentrent davantage sur l’accès aux services de proximité, le logement, la circulation ou encore la sécurité.
Pourtant l’Union européenne joue un rôle important à l’échelle locale, bien que souvent invisible pour le citoyen, y compris dans ces domaines clés. Entre subventions, jumelages et distinctions, les liens entre les échelons local et européen sont souvent plus forts qu’il n’y paraissent.
Le vote aux municipales, un acte européen
Il s’agit sans doute du lien le plus concret entre le scrutin municipal et l’Union européenne. Depuis 1993 et le traité de Maastricht, être citoyen d’un État membre de l’Union européenne permet, lorsqu’on y réside, de voter et d’être élu aux élections municipales, ainsi qu’aux européennes.
En France, les citoyens belges, espagnols ou suédois ont ainsi pu voter pour la première fois aux élections municipales de 2001. Cette année, 358 428 citoyens européens sont inscrits sur les listes dites « complémentaires » (contre un peu moins de 330 000 lors du dernier scrutin). Parmi eux, un sur trois est portugais (voir le détail dans le graphique ci-dessous). Par rapport aux élections municipales de 2014, une nationalité manque à l’appel. Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier 2020 avait entrainé la radiation des 46 000 électeurs britanniques inscrits sur les listes.
S’ils prendront part au vote les 15 et 22 mars prochains, ils sont également éligibles. D’après nos calculs réalisés à partir du répertoire national des élus, plus de 2 400 ressortissants européens siègent dans les conseils municipaux durant ce mandat (2020-2026). Les Belges (772 élus), les Portugais (472) et les Néerlandais (386) sont les trois nationalités les plus représentées.
Dans l’Hexagone, ces citoyens européens ne peuvent toutefois pas exercer de fonction majeure au sein du conseil municipal : les postes de maire, de maire d’arrondissement ou d’adjoint leurs sont interdits. Ils ne participent donc pas non plus à l’élection des sénateurs.
358 428 citoyens européens pourront voter aux élections municipales
Nationalité des ressortissants d’un autre État de l’UE inscrits sur les listes complémentaires pour les élections municipales de mars 2026

Des jumelages et des labels pour faire rayonner les villes
Au-delà des urnes, l’Europe s’affiche sur les panneaux à l’entrée de nos communes qui raffolent particulièrement des jumelages. Nés d’une volonté de réconciliation franco-allemande, ces liens tissés peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale se sont multipliés. En 2023, sur le continent européen « près de 15 000 collectivités locales [étaient] impliquées dans le mouvement des jumelages« , dénombre l’Association Française du Conseil des Communes et Régions d’Europe (AFCCRE).
Petites ou grandes, les villes françaises sont particulièrement actives en la matière. Mention spéciale pour Cissé (2900 habitants), dans la Vienne qui détient le record français en étant jumelée à une commune de chaque État membre de l’UE. En 2025, 46 nouveaux jumelages ont été recensées par l’AFCCRE. La ville de Château-Gontier-sur-Mayenne a par exemple officialisé une nouvelle alliance avec Pieve Di Soligo dans le Nord de l’Italie, tandis qu’Argenteuil dans le Val d’Oise a noué de nouvelles relations avec Fatima au Portugal. Pour les communes, ces échanges d’abord culturels ne sont pas uniquement symboliques. Ils permettent d’organiser des rencontres sportives, des événements associatifs et des échanges scolaires ou professionnels. Enfin, ils sont soutenus par le programme européen CERV (Citoyens, égalité, droits et valeurs), qui finance des projets de mobilité et de citoyenneté active.
Autre moyen de rayonner pour les communes : obtenir un label ou un prix européen. Ces distinctions qui récompensent des politiques publiques allant de la culture à l’environnement, en passant par l’innovation ou l’inclusion, sont devenues des outils de valorisation pour les villes. Parmi les plus prestigieux, on retiendra celui de capitale verte européenne ou de capitale européenne de la culture. En 2028, Bourges deviendra officiellement la cinquième lauréate française de ce titre qui permet, selon la Commission européenne, de « mettre en valeur la diversité de la richesse culturelle en Europe et les liens qui nous unissent en tant qu’Européens« .
Des financements européens conséquents
Si les distinctions apportent du prestige, l’Union européenne est avant tout un partenaire financier de premier plan pour les collectivités et notamment les communes. Pour la période 2021-2027, la France dispose d’une enveloppe de 16,8 milliards d’euros au titre de la politique de cohésion. Loin d’être réservés aux seuls États, ces financements irriguent les projets locaux via deux principaux fonds gérés par les Régions : le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE+). Concrètement, le premier sert d’appui au niveau local pour la transition écologique, finançant par exemple la rénovation thermique des bâtiments publics, le déploiement de la fibre, l’aide aux projets d’entreprises ou la création de pistes cyclables. Le second, lui, finance par exemple des dispositifs d’insertion sociale ou de lutte contre le décrochage scolaire.
D’autres programmes sont également directement accessibles aux communes et agglomérations. Comme son nom l’indique, le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) se concentre sur les zones rurales pour y financer des actions en faveur de l’installation de jeunes agriculteurs, soutenir l’agriculture biologique ou aider les zones soumises à des contraintes naturelles. Pour les communes frontalières, le programme Interreg est quant à lui un outil indispensable pour cofinancer des services publics partagés. Enfin, le programme URBACT permet aux villes de toutes tailles de s’organiser en réseaux pour échanger les bonnes pratiques sur la mobilité durable ou la revitalisation urbaine.
La voix des communes portée à Bruxelles
Si l’Europe est bien présente dans nos communes françaises, l’inverse est également vrai. Ces dernières possèdent plusieurs relais pour tenter de peser sur les décisions prises à Bruxelles. Pour faire entendre leur voix, les collectivités locales (communes, départements et régions) sont représentées au sein du Comité européen des régions. Composé de 329 membres, dont des élus locaux français, cet organe consultatif est obligatoirement sollicité pour toute législation impactant les territoires, qu’il s’agisse de transition écologique, de transports ou de services publics.
Les communes sont également membre de réseaux d’influence comme Le Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE). Cette instance, dont l’AFCCRE est la section française, regroupe 110 000 collectivités territoriales et travaille étroitement avec la Commission européenne pour adapter les textes réglementaires aux réalités du terrain. Les métropoles, de leur côté, se regroupent au sein d’Eurocities pour défendre des enjeux urbains spécifiques comme le logement social ou la qualité de l’air.
Enfin, à l’image des régions présentes depuis de nombreuses années à Bruxelles, plusieurs métropoles (Lille, Lyon ou Strasbourg) n’hésitent plus à ouvrir leurs propres bureaux de représentation dans la capitale belge. Ces antennes assurent une veille stratégique permanente : elles permettent de détecter les appels à projets au plus tôt et de nouer des alliances avec d’autres villes européennes. Une action jugée essentielle par ces agglomérations pour tenter de rayonner en Europe et d’obtenir des retombées.
Les villes françaises, terre d’accueil des institutions européennes
De nombreuses villes françaises accueillent des institutions ou des agences de l’Union européenne, au premier rang desquelles figure Strasbourg. Le siège du Parlement européen, mais aussi celui du Médiateur européen figurent ainsi dans la capitale alsacienne.
Paris est la ville hôte de trois agences européennes : l’Autorité bancaire européenne (ABE), l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) et l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (IESUE).
Depuis 1995, l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV) est basé à Angers, tandis que Valenciennes accueille l’Agence de l’Union européenne pour les chemins de fer (AFE).




