162 entreprises et représentants d’intérêts ont dépensé 343 millions d’euros entre février 2023 et 2024 pour tenter de peser sur la prise de décision dans l’Union européenne. C’est dans les secteurs du numérique, de la banque ou encore de l’énergie et de la chimie que l’on retrouve les organisations les plus dépensières.
343 millions d’euros dépensés en lobbying
Les budgets alloués par les 162 entreprises les plus dépensières
Entre le 8 février 2024 et le 8 février 2025

Les enjeux derrière la réglementation européenne peuvent être immenses et certains acteurs l’ont bien compris. Entre février 2024 et février 2025, 343 millions d’euros ont été dépensés en lobbying par 162 entreprises et organisations pour tenter d’influencer la prise de décision à Bruxelles, selon les ONG Corporate Europe Observatory et LobbyFacts.
Dans une étude publiée le 24 février dernier, elles révèlent que les dépenses annuelles de ces organismes ont même augmenté de 13 % par rapport à la même période l’an passé. Cette augmentation suit une tendance plus générale. Depuis 2020, ces entreprises et organisations ont déclaré plus de 86 millions d’euros supplémentaires, soit une hausse d’un tiers du budget sur cinq ans.
De plus, ces données pourraient être sous-estimées. Dans leur étude, les deux ONG ne listent que les 162 entreprises qui déclarent des budgets de lobbying supérieurs à un million d’euros et s’appuient sur les données du registre de transparence de l’Union européenne. « Bien qu’elles disposent de bureaux à Bruxelles, de lobbyistes à plein temps et qu’elles soient affiliées à de multiples fédérations, certaines entreprises et associations professionnelles déclarent des budgets de lobbying invraisemblablement bas« , indique par ailleurs Corporate Europe Observatory.
Qu’est-ce que le registre de transparence ?
Créé en 2011, le registre de transparence est une base de données commune au Parlement européen, à la Commission, ainsi qu’au Conseil de l’UE (depuis 2021 seulement). Il répertorie l’ensemble des entités qui souhaitent mener des activités de lobbying auprès des institutions européennes. L’inscription est facultative, mais requise pour accomplir certaines tâches : obtenir une accréditation au Parlement européen, participer à des auditions, rencontrer des commissaires européens et des membres de leur cabinet ou encore accéder aux locaux du Conseil de l’UE.
Au 10 mars 2025, plus de 13 707 entités y sont inscrites.
Les règles du registre ont été révisées à la suite du scandale de corruption dit du Qatargate. Désormais, les eurodéputés ne peuvent plus exercer d’activité de lobbying dans les six mois qui suivent la fin de leur mandat, et sont contraints de s’inscrire au registre de transparence passé ce délai pour mener de telles actions et pénétrer les bâtiments de l’institution.
Les entreprises du numérique et de la banque les plus dépensières
Les 10 lobbies les plus dépensiers
Budgets alloués au lobbying dans l’Union européenne
Entre le 8 février 2024 et le 8 février 2025

Sur la période du 8 février 2024 au 8 février 2025, le Conseil européen de l’industrie chimique (European Chemical Industry Council) a été le lobby le plus dépensier avec 10 millions d’euros, selon l’étude. L’organisation basée à Bruxelles et qui regroupe les fédérations nationales comme France Chimie, est considérée comme la principale association professionnelle de l’industrie chimique. Un autre acteur du secteur se glisse également dans le top 10 : l’Allemand Bayer figure en 5e position du classement avec un budget de 6 millions d’euros.
Le secteur le plus représenté parmi les plus dépensiers est celui du numérique. On retrouve ainsi les quatre célèbres grandes entreprises américaines (ex-GAFA) : Meta et ses filiales (2e), Microsoft (3e), Apple (4e) et Google (7e). Avec 67 millions d’euros dépensés en lobbying sur la période, les entreprises classées dans la catégorie « technologie » sont les plus actives, selon ce critère. Cette présence renforcée ces dernières années peut s’expliquer par l’adoption par l’UE de nombreuses législations dans le domaine, à l’image du règlement sur l’intelligence artificielle ou encore du DMA et du DSA, deux textes importants qui visent à réguler internet. Les « Big tech » devancent le secteur des banques et assurances (53,8 millions), celui de l’énergie (45 millions) et de la chimie et l’agro-business (45 millions).
Côté français, les entreprises qui ont investi les sommes les plus importantes en termes de lobbying sont TotalEnergies (3 millions d’euros), la Fédération française des assurances (2,25 millions) et EDF (2 millions).
Enfin, les deux ONG à l’origine de l’étude sont également allées piocher dans le registre de transparence le nombre de rendez-vous obtenus par chaque lobby avec la Commission européenne. BusinessEurope arrive en tête avec 467 rendez-vous auprès de commissaires européens, de membres de leurs cabinets ou d’administrateurs de l’institution.
En quoi consiste le lobbying ?
Le lobbying est une activité légale, bien qu’encadrée.
Les lobbies disposent de plusieurs moyens d’action pour tenter d’influencer la prise de décision au sein de l’Union européenne : contacts personnalisés avec les membres d’institutions européennes, communication avec la presse, campagnes de mobilisation, groupes de réflexion/think tanks, participation à des groupes consultatifs et de travail… Les possibilités d’action sont vastes.
Les groupes d’intérêt constituent une source d’expertise pour les députés et fonctionnaires européens. A ces derniers de pendre ensuite le recul nécessaire face à des discours toujours orientés. L’enjeu réside dans leur capacité à faire le tri et, surtout, à consulter une pluralité d’acteurs afin de se forger une vision aussi nuancée que possible de la situation.




