Après une légère baisse en 2020 due aux conséquences de la pandémie de Covid-19, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse. En 2024, elles ont ainsi atteint 53,2 gigatonnes en équivalent CO2 (GtCO2e), soit une hausse de 1,3 % par rapport à 2023, selon la base de données européennes EDGAR. Ces émissions de GES ont augmenté de près de 65 % entre 1990 et 2024, avec une hausse moyenne de 1,5 % chaque année.
Au-delà de la tendance globale, l’émission de gaz à effet de serre relève principalement de la responsabilité des grandes puissances économiques et industrielles. Les quatre principaux émetteurs (Chine, États-Unis, Inde et Union européenne) contribuent en effet à près de 55 % des émissions directes totales, selon EDGAR.
Les gaz à effet de serre : avec les gaz à effet de serre (GES), l’atmosphère absorbe une partie du rayonnement infrarouge émis ou renvoyé par la surface de la Terre. Les principaux GES sont la vapeur d’eau (H2O), le dioxyde de carbone (CO2), l’ozone (O3), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O).
Sans la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone, la température moyenne sur Terre serait de -18°C et la vie impossible. Mais l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, liée aux activités industrielles humaines depuis le XIXe siècle, entraîne un important réchauffement climatique.
Le dioxyde de carbone (CO2) est le gaz le plus abondant émis par les activités humaines. Il représente, à lui seul, près des trois quarts des émissions mondiales. C’est pourquoi on mesure traditionnellement l’effet des autres gaz à effet de serre en “équivalent CO2”.
Répartition des émissions de gaz à effet de serre dans le monde par pays
En millions de tonnes équivalent CO2 (MtCO2e), en 2024

La Chine et les États-Unis sont les plus grands émetteurs
En valeur absolue, la Chine reste ainsi de loin le plus important émetteur de gaz à effet de serre. À lui seul, le pays émet près de 30 % des émissions mondiales de GES. Avec une croissance économique soutenue, le pays a connu une explosion de ses émissions dans les années 2000 (+318 % entre 1990 et 2024). L’essor chinois repose principalement sur la consommation de charbon, l’énergie la plus polluante. La réduction de son usage a toutefois entraîné un ralentissement de ses émissions de GES, qui ont plafonné entre 2013 et 2016, avant d’augmenter de nouveau.
Les États-Unis sont le deuxième plus gros émetteur, avec plus de 11 % des émissions mondiales de GES. À partir de la fin des années 2000, les émissions ont connu une légère baisse, grâce à une diminution de l’usage du charbon au profit d’énergies renouvelables et du gaz. Malgré le revirement de la politique climatique sous la première présidence de Donald Trump (2017-2021), ce combustible fossile a continué à perdre du terrain. Si les émissions américaines stagnent, le retour à la Maison-Blanche du Républicain en janvier 2025, fervent défenseur des énergies fossiles, fait peser des incertitudes sur la trajectoire des émissions américaines dans les prochaines années.
Bien que son taux d’émissions de GES par habitant soit l’un des plus faibles, l’Inde se place à la 3e position des plus grands émetteurs, avec un peu plus de 8 % des émissions mondiales. À l’instar de la Chine, la croissance économique rapide du pays a entraîné une forte progression de ses émissions de GES. Elles ont connu une augmentation de 107 % entre 2005 et 2024, soit l’une des plus fortes parmi les principaux pollueurs dans le monde.
L’Union européenne représente environ 6 % des émissions mondiales de GES. Les émissions des 27 États membres ont cependant diminué de 35 % entre 2024 et 1990, représentant la baisse la plus importante parmi les gros pollueurs. Celle-ci est notamment due à la diminution des émissions du secteur de l’électricité, grâce au remplacement progressif de l’utilisation du charbon comme combustible primaire. Le secteur des transports est le seul à avoir augmenté ses émissions depuis 1990 (+19 % en 2023).
À la 5e place, la Russie émet un peu moins de 5 % des émissions mondiales. Les difficultés économiques et la récession qui ont suivi l’effondrement de l’URSS ont fait chuter ses émissions de GES. Malgré une reprise amorcée au début des années 2000, le niveau d’émission en 2024 reste inférieur de près de 16 % à celui de 1990. Le pays dispose pourtant d’importantes ressources et s’appuie largement sur l’exploitation de son gaz et son pétrole, provoquant le rejet d’une grande quantité de CO2.
Parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre et si l’on omet le cas spécifique de la Russie, seuls les États-Unis, l’Union européenne et le Japon ont enregistré une baisse de ces émissions depuis 1990. Celle-ci a été continue pour l’Union européenne, tandis qu’un pic a été atteint en l’an 2000 aux États-Unis
Les 15 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre dans le monde
En millions de tonnes équivalent CO2 (MtCO2e), en 2024

À noter : si le transport maritime international (exclu de ces chiffres) était un pays, il serait le 12e plus gros émetteur, devant le Mexique. Quant à l’aviation internationale, elle trônerait à la 15e place. Comptabilisée avec les 26 autres États membres de l’UE sur ces infographies, l’Allemagne prise séparément serait la 13e plus grosse émettrice de GES (en excluant l’UE du classement).
Par ailleurs, le calcul des émissions générées par un territoire ne tient pas compte des émissions importées, notamment celles induites par la consommation de biens produits à l’étranger. Si un Européen achète une télévision ou des chaussures fabriquées en Chine, la pollution engendrée par leur fabrication sera comptabilisée pour la Chine, et non pour l’UE. Or ces émissions importées comptent pour environ un tiers de l’empreinte carbone de l’Union européenne.
Historiquement, les pays les plus développés ont davantage contribué aux émissions de gaz à effet de serre. Entre 1850 et 2022, les Etats-Unis sont responsables de 20 % des GES, contre 12 % chacune pour l’Union européenne et la Chine.
Selon les données d’EDGAR, les Etats-Unis comptabilisaient 19 % des émissions mondiales en 1990, contre 15 % pour l’Union européenne et 12 % pour la Chine.
Les émissions de gaz à effet de serre rapportées au nombre d’habitants par pays
On retrouve les petits pays producteurs d’hydrocarbures au classement mondial des plus gros émetteurs par habitant. Parmi ces États riches en pétrole et en gaz : le Qatar (54,5 tCO2e), le Koweït (38,1 tCO2e), Bahreïn (35,1 tCO2e) ou encore les Émirats arabes unis (25,6 tCO2e). L’archipel des Palaos, qui figure en première place (66,7 tCO2e), compte quant à lui moins de 18 000 habitants, soit l’une des populations les plus faibles de la planète.
Les 15 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre par habitant dans le monde
En tonnes équivalent CO2 (tCO2e) par habitant en 2024

Le premier pays de l’Union européenne, le Luxembourg, figure au 22e rang avec 12,7 tCO2e. L’UE dans son ensemble affiche quant à elle une moyenne de 7,1 tCO2e, légèrement supérieure à la moyenne mondiale (6,6 tCO2e). Elle se situe loin derrière la Chine (10,8 tCO2e) ou les États-Unis (17,3 tCO2e).
Au sein des 15 plus gros pollueurs en volume, c’est l’Arabie saoudite qui dépasse les autres pays en émissions de gaz à effet de serre par habitant, avec 22,8 tonnes équivalent CO2 (tCO2e) par tête. Elle est suivie de près par l’Australie avec 22,3 tCO2e. Le Canada émet 19,8 tCO2e par personne, la Russie 18 tCO2e. Avec 7,1 tCO2e, l’UE émet un niveau comparable à la Turquie (6,8 tCO2e). En Inde, les émissions par habitant atteignent 3 tCO2e.
Les engagements européens de réduction des émissions
Les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre ont un rôle important dans la réalisation des objectifs climatiques internationaux, car ils déterminent en grande partie les tendances mondiales en matière d’émissions. Tous signataires de l’accord de Paris de 2015, les pays du G20 devraient être en deçà de leurs objectifs pour atteindre la neutralité climatique au milieu du siècle.
Il existe actuellement un déficit de mise en œuvre des mesures visant à réduire les émissions de GES, explique un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Aujourd’hui, l’ensemble des engagements pris par les États mettent le monde sur la voie d’une hausse des températures de 2,6 à 2,8 °C d’ici la fin du siècle, par rapport aux niveaux préindustriels. En l’état actuel des politiques nationales, le réchauffement planétaire pourrait même atteindre 3,1 °C.
Adopté par les 195 délégations présentes lors de la Conférence des parties de 2015 (COP21) sur les changements climatiques, l’accord de Paris vise à éviter un changement climatique trop dangereux en limitant le réchauffement de la planète à 2 °C maximum par rapport aux niveaux préindustriels, et idéalement à 1,5 °C. Pour atteindre cet objectif, les pays signataires doivent dans un premier temps “parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais”.
L’Union européenne a inscrit dans sa loi climat de juillet 2021 l’objectif de diminuer ses émissions d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Elle s’était auparavant fixé, dans le cadre du Paquet 2020, un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 %. Or cette réduction avait déjà atteint 33,3 % en 2020 selon Eurostat, permettant à l’UE de respecter ses engagements.
En revanche, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) anticipe un retard de l’UE pour 2030 : au rythme actuel, la réduction des émissions atteindrait 43 % à cette date par rapport à celles de 1990. Un chiffre bien en-deçà de l’objectif contraignant de 55 % fixé par l’Union européenne.
L’Union européenne vise également la « neutralité carbone » à l’horizon 2050 : les Vingt-Sept doivent ainsi réduire suffisamment leurs émissions pour qu’elles puissent être absorbées par les puits de carbone (océans, forêts et puits « technologiques »). Les « émissions nettes » prennent en compte la capture du carbone dans ces puits.
En juillet 2025, la Commission européenne a également proposé un objectif intermédiaire : réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre du continent, par rapport aux niveaux de 1990, d’ici 2040. Cette proposition doit désormais faire l’objet de négociations entre les eurodéputés et les États membres.

Les 15 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre mondiaux en 2024
| Pays | Emissions de GES en 2024 (en millions de tonnes équivalent CO2, MtCO2e) |
% du total mondial |
|---|---|---|
| Chine 🇨🇳 | 15536,10 | 29,20 % |
| États-Unis 🇺🇸 | 5912,62 | 11,11 % |
| Inde 🇮🇳 | 4371,17 | 8,22 % |
| Union européenne 🇪🇺 | 3164,66 | 5,95 % |
| Russie 🇷🇺 | 2575,65 | 4,84 % |
| Indonésie 🇮🇩 | 1323,78 | 2,49 % |
| Brésil 🇧🇷 | 1299,18 | 2,44 % |
| Japon 🇯🇵 | 1063,34 | 2,00 % |
| Iran 🇮🇷 | 1054,77 | 1,98 % |
| Arabie saoudite 🇸🇦 | 838,88 | 1,58 % |
| Canada 🇨🇦 | 768,06 | 1,44 % |
| Mexique 🇲🇽 | 686,78 | 1,29 % |
| Corée du Sud 🇰🇷 | 668,25 | 1,26 % |
| Australie 🇦🇺 | 591,45 | 1,11 % |
| Viêt Nam 🇻🇳 | 584,26 | 1,10 % |
| Turquie 🇹🇷 | 579,51 | 1,09 % |
| Autres pays | 13318,66 | 25,01 % |




