- 10 August 2026
- Updated 18h45
ENTRETIEN EXCLUSIF – Président du Conseil Central de l’Économie Belge
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- Max LIPORT
- 4 août 2026
- Entretiens & Reportage Exclusifs
ENTRETIEN EXCLUSIF
– Monsieur le Président, comment se porte le Conseil Central de l’Économie en ce début 2026 ?

Le CCE est pleinement mobilisé dans un contexte exigeant. Les enjeux sont nombreux : coûts de l’énergie, évolution du marché du travail, transition climatique, tensions géopolitiques. Notre rôle est d’éclairer ces débats en veillant à un équilibre essentiel entre compétitivité économique, protection des travailleurs et soutenabilité de notre modèle social.
– Quel est votre bilan pour 2025 ?
En 2025, le CCE a travaillé sur plusieurs transformations de fond : la compétitivité, la mobilité, la transition du modèle économique et les effets des nouvelles technologies. Je pense en particulier au Rapport Emploi-Compétitivité, qui propose une vision à moyen terme pour un modèle socio-économique à la fois résilient, inclusif et soutenable. Ce sont des sujets qui dépassent largement le cadre belge. Ils intéressent aussi les pays africains confrontés, eux aussi, à des enjeux de mobilité urbaine, de formation, d’innovation et de dialogue socio-économique. Dans ce contexte, le renforcement des liens avec l’UCESIF prend tout son sens.
– Concrètement, à quoi sert le CCE aujourd’hui ?
Le CCE est un organe consultatif fédéral belge qui appuie le dialogue entre organisations de travailleurs et d’employeurs. Il produit des analyses et des avis qui permettent d’éclairer les décisions publiques, en s’appuyant sur un diagnostic partagé. Le CCE permet, de cette manière, d’ancrer les décisions socio-économiques dans le dialogue. Il ne s’agit pas simplement de produire des rapports, mais de créer un espace où les représentants des travailleurs et des employeurs peuvent confronter leurs analyses et, lorsque c’est possible, converger.
– Quels résultats tangibles depuis la création du CCE ?
Depuis sa création, le Conseil Central de l’Économie exerce des missions légales très claires : analyser les grandes évolutions économiques, suivre la compétitivité et contribuer, par ses travaux, à encadrer le dialogue entre organisations de travailleurs et d’employeurs.
Au-delà de ces missions, son apport principal est d’avoir structuré un espace de démocratie économique, où les grandes questions socio-économiques peuvent être discutées sur base d’analyses partagées.
Concrètement, cela permet que des sujets sensibles — comme les salaires, les transformations économiques ou les transitions en cours — soient abordés dans un cadre de concertation plutôt que de confrontation. C’est un élément clé de la stabilité et du fonctionnement du modèle socio-économique belge.
– Vos recommandations au gouvernement aujourd’hui ?

Les recommandations du Conseil central de l’économie dépendent des sujets sur lesquels il est consulté : chaque avis contient des propositions concrètes élaborées dans le cadre de la concertation entre partenaires sociaux.
Au-delà de ces avis, le Conseil a également défini, dans son Rapport Emploi-Compétitivité 2024 publié en 2025, une vision et une stratégie de long terme pour le modèle socio-économique belge.
Ce rapport souligne que, à politique inchangée, la Belgique ne sera pas en mesure de répondre simultanément aux défis climatiques, technologiques et démographiques.
Il met dès lors en avant la nécessité d’adapter notre modèle pour qu’il soit résilient, compétitif, inclusif et soutenable.
Concrètement, plusieurs orientations structurantes se dégagent :
- accélérer la transition écologique et énergétique, tout en tenant compte de ses impacts économiques et sociaux ;
- mieux exploiter les opportunités des nouvelles technologies, notamment l’IA, pour soutenir la productivité ;
- augmenter le taux d’emploi, en améliorant l’accès au marché du travail et la qualité des emplois ;
- investir dans les compétences et la formation tout au long de la vie ;
- soutenir l’innovation et les investissements publics et privés ;
- et veiller à la soutenabilité des finances publiques et du modèle social.
Un point essentiel de cette vision est aussi de ne laisser personne de côté, en accompagnant les travailleurs, les ménages et les entreprises dans les transitions en cours et en préservant la cohésion sociale.
– Le CCE organise-t-il des événements économiques ou B2B ?
Le Conseil Central de l’Économie n’a pas pour mission d’organiser des événements économiques ou des rencontres B2B.
En revanche, il constitue une plateforme institutionnelle essentielle où les organisations représentatives des employeurs et des travailleurs peuvent se concerter, confronter leurs analyses et, lorsque c’est possible, élaborer des positions communes.
Cela leur permet, ensemble, de faire entendre leur voix auprès des pouvoirs publics. C’est une dimension importante de la démocratie économique.
– Envisagez-vous des actions économiques en Côte d’Ivoire ?
Ce n’est pas le rôle du CCE. En revanche, les échanges institutionnels et le partage d’expériences peuvent contribuer à créer un environnement favorable aux coopérations économiques.
– Comment renforcer la coopération économique UE – Côte d’Ivoire ?
Il est important de développer des partenariats qui ne se limitent pas à la dimension économique, mais qui intègrent aussi une dimension sociale. Cela suppose de renforcer les institutions, de soutenir le dialogue social et de veiller à une répartition équilibrée des bénéfices du développement. Des cadres de dialogue solides, stables et inclusifs constituent, à cet égard, un levier essentiel pour structurer les politiques économiques et accompagner un développement durable.
– Quel rôle pour les CES africains ?
Les Conseils économiques et sociaux ont un rôle central à jouer dans ce type de dynamique. Ils contribuent à structurer le dialogue entre acteurs publics, économiques et sociaux, et à intégrer les différentes composantes de la société dans les décisions économiques. Dans la continuité de ce que j’évoquais, ils participent directement à la construction de cadres de dialogue stables et inclusifs, indispensables à un développement équilibré. Le renforcement des coopérations entre le Conseil Central de l’Économie et les CES africains peut, à cet égard, contribuer à consolider ces mécanismes. L’implication au sein de l’UCESIF, dont j’assure la fonction de Premier Vice-Président, s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
– Conditions pour des partenariats économiques solides ?
Des partenariats économiques solides reposent avant tout sur des cadres clairs, des institutions solides et un dialogue structuré entre les acteurs économiques et sociaux.
Ils doivent également s’inscrire dans une logique de bénéfice mutuel réel, condition essentielle pour construire des relations durables et équilibrées.
– Que faut-il améliorer dans l’environnement des affaires ?
C’est une question vaste, et la réponse l’est tout autant.
Mais certains éléments apparaissent clairement essentiels : le renforcement des institutions, la transparence et la qualité du dialogue social. Ce sont des leviers qui permettent de faire émerger des solutions partagées et de fédérer les acteurs autour d’objectifs communs.
Au fond, tout repose aussi sur un élément clé : la confiance. Sans elle, il est difficile de construire des partenariats durables et équilibrés.
– Que faut-il pour accélérer l’émergence de la Côte d’Ivoire ?
La consolidation des institutions, l’investissement dans les compétences et la structuration de l’économie sont des leviers importants pour soutenir une croissance durable.
– Vos priorités pour 2026 ?
Le Conseil Central de l’Économie poursuivra ses travaux sur la compétitivité, l’évolution du modèle économique, la mobilité et les transformations technologiques, dans la continuité des analyses engagées.
Ces priorités s’inscrivent dans un contexte de défis majeurs — climatiques, économiques, technologiques et démographiques — qui se posent avec une intensité croissante.
Dans ce cadre, la coopération et le renforcement des partenariats, tant entre pays qu’entre continents, apparaissent de plus en plus essentiels pour apporter des réponses à ces enjeux communs.
– Formation et emploi en Afrique : votre regard ?
Le lien entre formation et marché du travail est un enjeu clé. Il s’agit à la fois de répondre aux besoins des entreprises et d’offrir aux jeunes de réelles perspectives. Cela suppose des systèmes de formation inclusifs et davantage connectés aux réalités du terrain, mais aussi capables d’assurer des parcours de qualité et un accès effectif à l’emploi pour le plus grand nombre.
– Votre message de clôture ?
Les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui (qu’ils soient économiques, climatiques ou technologiques) ne peuvent plus être traités isolément.
Ce que montre l’expérience belge, c’est que le dialogue entre acteurs économiques et sociaux permet de construire des réponses plus solides et plus durables.
Dans un contexte où les interdépendances entre l’Europe et l’Afrique se renforcent, le développement de partenariats fondés sur ce type de dialogue et sur des institutions solides est, à mes yeux, une voie particulièrement prometteuse.
En Europe comme en Afrique, les solutions durables passeront par le dialogue, la coopération et le respect des équilibres.
Par Maxwell







