Madagascar a accueilli dimanche 17 août le 45e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Présidé par le chef d’État malgache Andry Rajoelina, élu à la tête de l’organisation par ses pairs, ce rendez-vous a permis aux pays de la région d’aborder plusieurs dossiers majeurs. Au-delà de la crise en RDC, les discussions ont aussi porté sur les enjeux économiques, à un moment où l’intégration régionale apparaît plus que jamais vitale face aux bouleversements internationaux.
Les travaux ont notamment porté sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Les dirigeants ont réaffirmé leur engagement à promouvoir la paix et la stabilité, tout en saluant les efforts conjoints de médiation menés avec la Communauté d’Afrique de l’Est et la Commission de l’Union africaine. Ils ont également souligné l’importance d’harmoniser les différents processus de paix en cours, afin d’assurer leur complémentarité avec les initiatives internationales adoptées cette année, dont l’Accord de Washington et la Déclaration de Doha.
Si aucune grande annonce n’est venue ponctuer cette rencontre de haut niveau, le 45e sommet de la SADC a offert aux autorités malgaches une occasion de présenter à la communauté régionale et internationale les avancées de Madagascar. Sur les 16 pays de l’organisation, 7 chefs d’Etat et de gouvernement ont répondu présents à la rencontre, parmi lesquels le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le président botswanais Duma Boko. Le président Rajoelina en a profité pour inaugurer deux projets phares de son administration en matière de mobilité urbaine. Il s’agit du téléphérique d’Antananarivo, conçu pour transporter 40 000 à 60 000 passagers par jour, et le premier tronçon de l’autoroute Tana-Toamasina, longue de 8 km entre Ambodifasina et Ambohimanga.

« Cette infrastructure apportera l’innovation, mais surtout des bénéfices et un allègement de la circulation pour les habitants de la capitale Antananarivo », a déclaré le chef d’Etat malgache, lors de l’inauguration du téléphérique vendredi 15 août.
Industrialisation et transition énergétique
À la fin d’un mandat 2024-2025 placé sous le thème de l’innovation et de l’industrialisation, les pays de la SADC ont décidé de poursuivre cette dynamique. Après l’élection d’Andry Rajoelina comme président en exercice de l’organisation, une première pour Madagascar depuis son adhésion en 2005, ils ont entériné le thème du 45e sommet : « Promouvoir l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique pour une SADC résiliente ». Des thématiques familières pour le président malgache, désormais chargé de définir les orientations stratégiques de l’organisation dans ces domaines.
Ces derniers mois, Andry Rajoelina a multiplié les annonces pour faire de l’agriculture, qui fait déjà vivre 80 % de la population, un levier de souveraineté alimentaire. Antananarivo ambitionne de tripler les rendements rizicoles et d’atteindre l’autosuffisance dès 2026. Rajoelina a également fixé l’objectif de garantir un accès à l’électricité pour 80 % des habitants d’ici 2030, en portant la part des énergies renouvelables de 45 % à 85 %. Ces priorités, qui nécessitent des investissements massifs, s’inscrivent dans la continuité du cap tracé par la SADC.
« Le Sommet a souligné l’importance que revêt l’agriculture dans la mesure où elle permet d’assurer la sécurité alimentaire et l’autosuffisance, et a exhorté les États membres à adopter des stratégies régionales visant à accroître la productivité agricole et la résilience climatique, en mettant l’accent sur l’agriculture intelligente face au climat, l’irrigation, l’efficacité post-récolte et l’économie bleue au niveau régional », indique le compte-rendu final.
Parfaire l’intégration…
Le 45e sommet de la SADC a également été l’occasion d’inviter les États membres qui ne l’ont pas encore fait à adhérer aux instruments juridiques de la Communauté déjà entrés en vigueur. Le but avoué étant « de renforcer le cadre juridique de la SADC et d’appuyer l’intégration régionale ». En la matière, il faut dire que les efforts à consentir sont encore immenses et s’avèrent plus que jamais urgents, face aux bouleversements provoqués dans les échanges mondiaux par les décisions récentes de l’administration américaine.

Car si l’intégration régionale reste un objectif affiché depuis la création de l’organisation en 1992, sa concrétisation se heurte encore à de sérieux obstacles. La SADC a certes adopté une multitude de protocoles sur le commerce, l’investissement ou la libre circulation, mais beaucoup n’ont pas été ratifiés ou appliqués par l’ensemble des États membres. Cette faiblesse se traduit par une incapacité à répondre collectivement aux chocs extérieurs, comme l’a montré la récente offensive protectionniste de Washington, qui pourrait frapper de plein fouet les exportations de textile d’un pays comme Madagascar. Faute de coordination, la riposte des pays de la région s’annonce dispersée pour le moment, accentuant la compétition au détriment d’une stratégie commune.
Muziwethu Ndlovu, chercheur en relations internationales à l’Université du Witwatersrand en Afrique du Sud, identifie trois priorités pour dépasser ces blocages. Il propose de rendre les accords réellement contraignants, d’accompagner les États dans leur mise en œuvre effective et de diversifier les exportations afin de bâtir de véritables chaînes de valeur régionales.
Reste à savoir si, sous la présidence tournante d’Andry Rajoelina, la SADC parviendra à transformer ces recommandations en actions concrètes. Pour Madagascar, l’exercice pourrait aussi représenter une occasion de s’affirmer comme moteur d’une coopération régionale plus intégrée.







