Après Viktor Orbán en Hongrie et Robert Fico en Slovaquie, l’Europe centrale gagne un troisième leader populiste. Un peu plus de deux mois après avoir remporté les élections législatives, Andrej Babiš a officiellement été nommé Premier ministre de la République tchèque mardi 9 décembre.
Âgé de 71 ans, le milliardaire tchèque (7e fortune du pays selon Forbes) est officiellement de retour au pouvoir, quatre ans après avoir échoué de peu à conserver son fauteuil et deux ans après une large défaite lors de l’élection présidentielle face à Petr Pavel.
« Je promets à tous les citoyens de la République tchèque de défendre leurs intérêts, tant au niveau national qu’international« , a-t-il déclaré devant la presse à l’occasion de la cérémonie d’investiture au château de Prague.
Un déblocage tardif
Avec 34,5 % des voix et 80 sièges sur les 200 de la Chambre des députés, le « Trump tchèque » et son parti ANO avaient remporté les dernières élections législatives des 3 et 4 octobre 2025. Mais pendant deux mois, l’actuel président libéral Petr Pavel avait refusé de le nommer à la tête du gouvernement, demandant des gages quant au potentiel conflit d’intérêt avec sa société Agrofert, fondée en 1993.
L’entreprise spécialisée dans l’agroalimentaire est l’une des principales bénéficiaires des aides de la politique agricole commune (PAC). Une situation qui aurait pu conduire à un conflit d’intérêts, tel que l’avait conclu la Commission européenne en 2021, puisque son gouvernement mènera les négociations sur le prochain budget de l’Union européenne (2028-2034).
La semaine dernière, Andrej Babiš a finalement tranché. Dans une vidéo postée sur le réseau social X, il indique : « J’ai pris une décision que je n’aurais jamais pensé prendre. J’ai décidé de renoncer définitivement à Agrofert, l’entreprise que j’ai passé la moitié de ma vie à bâtir, que je ne posséderai plus jamais, avec laquelle je n’aurai plus aucun lien économique ni plus aucun contact« .
Un pragmatique qui glisse vers l’extrême droite
Depuis son premier mandat (2017-2021), Andrej Babiš, souvent défini comme quelqu’un de « pragmatique » a effectué un virage idéologique important. Au Parlement européen, les membres de sa formation politique ont par exemple changé de groupe, passant des libéraux de Renew Europe, où siègent notamment les députés macronistes, aux Patriotes pour l’Europe (PFE), le groupe du Rassemblement national et du Fidesz de Viktor Orbán.
Pas étonnant donc qu’Andrej Babiš soit allé chercher ses partenaires de coalition du côté de l’extrême droite tchèque. Le gouvernement, qui sera officiellement investi, dans les prochains jours, sera composé du SPD (Liberté et démocratie directe) une formation anti-UE, anti-OTAN, hostile à l’immigration et à toute aide militaire extérieure, y compris à l’Ukraine. L’autre composante se nomme Motoristé sobě (« Les Automobilistes entre eux » en français) qui adopte également une ligne populiste axée sur la défense des automobilistes.
Des conséquences pour l’Union européenne
Cet attelage pourrait avoir des répercutions à Bruxelles, car certaines politiques européennes sont dans le viseur des trois formations de la coalition gouvernementale.
Andrej Babiš a toujours affiché son opposition au Pacte sur la migration et l’asile qui doit entrer en application en juin 2026. Lors de l’adoption du texte en mai 2024, il l’avait qualifié de « plus grande trahison de l’histoire moderne de la République tchèque« , ainsi que de « poison » conduisant au suicide de l’Europe et de sa culture.
Le rejet du Pacte vert européen est également partagé par les trois formations politiques, notamment une mesure phare : l’interdiction de la vente des voitures neuves à moteur thermique en 2035. La perspective de la transition vers les véhicules électriques, promue par l’Union européenne, inquiète un pays où l’industrie automobile représente près de 10 % du PIB et 20 % de ses exportations.
Enfin, le retour d’Andrej Babiš et de ses partenaires au pouvoir pourrait être un coup dur pour l’Ukraine. Rapporté à sa population, la République tchèque a reçu plus de réfugiés ukrainiens que n’importe quel autre État de l’UE : 350 000 y sont encore présents dans un pays qui compte 11 millions d’habitants. Une situation qui n’est pas du goût du SPD qui estime que l’accueil des Ukrainiens se fait au détriment des Tchèques.








