Afin d’atteindre collectivement la neutralité carbone d’ici 2050, les États de l’Union européenne doivent suivre des trajectoires nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dix d’entre eux respectent actuellement leurs objectifs.
L’Union européenne vise la neutralité carbone à l’horizon 2050, pour lutter contre le changement climatique et respecter les engagements de l’accord de Paris. Elle s’est fixé des objectifs intermédiaires, dont une réduction de 55 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990.
Pour atteindre cette ambition commune, chaque État membre de l’UE doit respecter une trajectoire nationale de réduction de ses émissions. Celle-ci est déterminée par un règlement européen de 2018 sur la répartition de l’effort, qui tient notamment compte du PIB par habitant et des capacités de réduction de chaque pays. Ainsi, certains États doivent réduire leurs émissions de 50 % d’ici 2030 par rapport à 2005, d’autres de 10 %.
En outre, si 1990 constitue un point de référence pour les engagements climatiques internationaux, c’est l’année 2005 qui a été choisie pour le suivi des trajectoires nationales, les données étant plus disponibles et comparables depuis cette date.
Émissions de gaz à effet de serre : objectifs et réduction par État membre
Évolution des émissions de GES par rapport à 2005, en %

Selon les données (préliminaires) de l’Agence européenne pour l’environnement, dix pays ont atteint leurs objectifs en 2024 : la République tchèque, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie. La Grèce a même déjà dépassé cette limite, sous laquelle elle doit toutefois se maintenir encore durant 5 ans.
À l’inverse, la Suède, l’Italie, l’Irlande, l’Estonie, la Lituanie, la Croatie, Chypre, la Roumanie, la Bulgarie et Malte n’ont pas honoré leurs engagements. Six États ont même augmenté leurs émissions par rapport à l’année 2005 (certains ayant la possibilité de le faire en respectant une certaine limite).
D’ici 2030, les projections indiquent que seuls six États membres (Grèce, Croatie, Bulgarie, République tchèque, Danemark et Portugal) sont en voie d’atteindre leurs objectifs. En poursuivant et renforçant leur législations et actions, 14 États membres (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Danemark, Grèce, Hongrie, Lettonie, Luxembourg, Roumanie, Pologne, Portugal, Slovaquie, Slovénie et Espagne) prévoient des émissions inférieures à leurs objectifs pour 2030.
Pour atteindre ces réductions, la législation est aussi dotée de flexibilités pour prendre en compte les caractéristiques de chaque État membre. Les pays peuvent donc acheter ou vendre des parts d’allocations annuelles d’émissions, reporter leurs émissions sur l’année suivante ou emprunter en avance le quota autorisé pour l’année d’après.
L’Agence européenne pour l’environnement souligne que le nombre d’États membres ayant besoin de flexibilités pour atteindre leurs objectifs nationaux semble être passé de six en 2023 à 17 en 2024. Cette augmentation reflète le ralentissement des baisses d’émissions des États membres entre 2023 et 2024.
Des trajectoires fixées au niveau européen
Outre les législations nationales, les objectifs européens de réduction des émissions de GES sont encadrés par deux principaux textes contraignants : la loi européenne sur le climat et le règlement sur la répartition de l’effort. Tandis que le premier fixe l’objectif général pour l’UE, le second précise les réductions annuelles à atteindre pour chaque État de 2021 à 2030.
Pour mesurer ces efforts, plusieurs secteurs représentant près de 60 % des émissions dans l’UE sont pris en considération : les transports intérieurs (à l’exception de l’aviation), le bâtiment, l’agriculture, la petite industrie et les déchets. Le reste est pris en charge par le marché européen du carbone (SEQE), qui couvre les secteurs intensifs comme l’énergie et l’industrie lourde, via un plafonnement des émissions et un échange de quotas entre entreprises.
Selon l’Agence européenne pour l’environnement, en 2023, les émissions des secteurs participant au partage de l’effort ont baissé de 19,8 % par rapport aux niveaux de 2005. Les principaux facteurs sont l’amélioration de l’efficacité énergétique et l’évolution vers des combustibles moins intensifs en carbone pour le chauffage et le refroidissement, y compris les sources d’énergie renouvelables. Le secteur du bâtiment affiche la plus forte réduction (-32,4 %). Les secteurs des transports (-5,3 %) et de l’agriculture (-7,9 %) ont enregistré des réductions plus modestes.
Des efforts insuffisants
Publié en 2018, le règlement sur le partage de l’effort a été revu en 2023 dans le cadre du paquet « Fit for 55 ». Les objectifs nationaux ont été relevés, tandis que des flexibilités ont été ajoutées pour prendre en compte notamment la situation économique ou climatique des pays. Concrètement, l’objectif de réduction des GES pour l’UE pour 2030 est passé de 29 % à 40 % par rapport aux niveaux de 2005. Ce qui signifie aussi qu’à l’avenir, les émissions devront diminuer à un rythme nettement plus rapide que ces dernières années.
Sur la base des projections soumises par les États membres en 2025, les politiques et mesures actuelles ne seront pas suffisantes pour atteindre cette accélération. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, au rythme actuel les émissions de GES diminueraient de 29,7 % d’ici 2030.
A l’aube de la 30e Conférence des parties sur le climat (COP30), les ministres de l’Environnement de l’UE se sont également entendus le 5 novembre 2025 sur des objectifs intermédiaires pour 2035 et 2040. Ils s’engagent à réduire leurs émissions nettes de GES dans une fourchette de 66,25 % à 72,5 % d’ici 2035, et de 90 % d’ici 2040, par rapport aux niveaux de 1990.







