• 17 January 2026
  • Updated 14h22

Opinions

Thèmes clef : enseignement, tech, infrastructures

Pays Afrique : Tunisie, Égypte, Afrique du Sud, Maroc, Sénégal, Rwanda, Kenya

Pays UE : France, Allemagne

 

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : L’AVENIR APPELLE LA COOPÉRATION RENFORCÉE ENTRE L’EUROPE ET L’AFRIQUE

Par Christian Cochard

Le dernier rapport AI Talent Readiness Index for Africa 2025 révèle une réalité encore peu commentée : la Tunisie est aujourd’hui dans les premiers pays africains pour le développement des talents en intelligence artificielle, ex æquo avec l’Égypte, juste derrière l’Afrique du Sud.

Avec un score de 51,8 sur 100, la Tunisie se distingue par des fondamentaux solides :

  • ⁠  ⁠Une éducation numérique de pointe, avec un taux d’intégration des compétences digitales dans l’enseignement de 71,37 %, soit le plus haut du continent.
  • ⁠  ⁠Une densité exceptionnelle de développeurs, avec 4 120 programmeurs pour 1 million d’habitants (contre 1 224 en Égypte ou 1 345 au Maroc).
  • ⁠  ⁠Un écosystème universitaire dynamique, comptant 11 établissements offrant des formations spécialisées en IA et apprentissage automatique.

Dans un contexte économique difficile, cette excellence en matière de capital humain représente un gisement d’opportunités inexploitées. Mais pour que ces talents transforment leur potentiel en innovations concrètes, le soutien extérieur, notamment européen, sera déterminant.

L’Europe fait face à un paradoxe : une excellence académique incontestable, mais une difficulté à massifier l’innovation hors de ses grands pôles technologiques.
Alors que les États-Unis et la Chine dominent l’industrie de l’IA, l’Europe cherche sa voie, entre régulation vertueuse et dépendance technologique.
Plutôt que de vouloir rivaliser frontalement, une alternative stratégique s’offre à elle : construire des ponts avec l’Afrique, et en particulier avec des pays comme par exemple, la Tunisie, le Sénégal, le Maroc, le Rwanda ou le Kenya.
Ces pays ne manquent ni de talents, ni d’idées. Ils manquent de partenaires industriels, d’investisseurs patients, d’infrastructures cloud et de marchés structurés. Autant de domaines dans lesquels l’Europe peut jouer un rôle-clé.

Trois axes pour une alliance euro-africaine de l’IA


[1] Conseiller senior auprès de PDG, directeurs financiers et membres de conseils d’administration en Europe, Afrique et 
Moyen-Orient (Stratégie, ⁠Planification financière et budgétisation, ⁠Contrôles internes, ⁠Due diligence pour acquisition, 
Restructuration, Consolidation, normes IFRS et US GAAP, Conseil fiscal international)

1.⁠ Former ensemble les talents de demain
Créons des écoles et labos communs, basés sur des curriculums partagés et une mobilité croisée. Des campus franco-tunisiens de l’IA pourraient voir le jour, sur le modèle de ce qu’a initié l’Allemagne dans certains pays d’Europe de l’Est.

2.⁠ ⁠Co-investir dans les start-ups africaines
Plutôt que de les laisser migrer vers les États-Unis ou l’Asie par exemple, soutenons dès maintenant les startups africaines de l’IA, via des fonds et des incubateurs conjoints, ainsi que des dispositifs de commande publique.

3.⁠ ⁠Développer une IA éthique à double ancrage
L’Europe promeut une IA « human-centric ». L’Afrique, de son côté, connaît les défis de la souveraineté des données et de l’inclusion linguistique.

Ensemble, elles peuvent bâtir une IA plurielle, multilingue et juste.

Le profil tunisien est révélateur : francophone et désormais de plus en plus anglophone, hautement éduqué, structuré, connecté aux diasporas. Il offre un terrain idéal pour expérimenter des alliances concrètes dans les domaines de l’IA pour la santé, l’agriculture ou l’éducation, par exemple.
La France, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne par exemple auraient tout intérêt à penser ces coopérations non comme de l’aide au développement, mais comme de véritables partenariats industriels.

Dans un monde multipolaire, l’Afrique ne doit pas être l’objet de l’intelligence artificielle, mais l’un de ses acteurs majeurs. Et l’Europe ne consolidera sa souveraineté numérique qu’en pensant au Sud comme une force alliée, et non comme un terrain d’intervention.
C’est en investissant dans les talents africains que l’Europe redonnera du sens à son ambition technologique et à sa vocation humaniste.

Un projet concret à cinq ans : Alliance IA Euro-Africa 2030

L’Europe et l’Afrique pourraient se fixer un cap commun, avec cinq objectifs clairs à l’horizon 2030 :

1.⁠ ⁠20 campus IA partagés entre universités européennes et africaines ( en Tunisie, au Sénégal, au Maroc…).

2.⁠ ⁠50 start-ups IA africaines soutenues chaque année, via un fonds d’investissement euro-africain doté de 300 millions d’euros.

3.⁠ ⁠Un demi-million de talents IA formés ou qualifiés, à parité hommes / femmes, à travers des cursus hybrides (présentiel/numérique) financés en co-maîtrise par l’UE, l’Union africaine et le secteur privé.

La Startup tunisienne Gomycode montre le chemin.

4.⁠ ⁠5 plateformes IA ouvertes (santé, agriculture, climat, éducation, gestion urbaine) co-développées sur des cas d’usages locaux et transposables.

5.⁠ ⁠Un cloud partagé Europe-Afrique, avec des centres de données régionaux conformes aux normes RGPD et inspirés des meilleures pratiques éthiques.

Ce plan est une nécessité stratégique, pour que l’intelligence artificielle ne creuse pas un nouveau fossé entre les continents, mais devienne au contraire le moteur d’une croissance conjointe, verte et souveraine.

L’intelligence artificielle peut être le pont logiciel qui relie l’Europe à l’Afrique.

LES DONNÉES

1.⁠ ⁠20 campus IA partagés Europe-Afrique

Benchmark :
Le DAAD allemand finance déjà plus de 15 campus universitaires conjoints dans le monde.

Le Maroc et la Tunisie accueillent plusieurs établissements en partenariat avec des universités françaises (UTT, Centrale Casablanca, etc.).

Faisabilité :
4 campus par an à l’horizon 2030 est réaliste, en adaptant des structures existantes et en mutualisant les contenus IA.

2.⁠ ⁠50 startups IA africaines soutenues/an, via 300 M€

Benchmark :
Le fonds Smart Africa cible déjà des investissements technologiques sur le continent.

La French Tech a soutenu plus de 100 startups africaines ces 5 dernières années.

Faisabilité :
Un fonds de 300 M€ sur 6 ans (50 M€/an) permettrait d’accorder environ 1 M€ par startup en moyenne, ce qui est cohérent avec les tickets d’amorçage IA.

3.⁠ ⁠500 000 talents IA formés ou qualifiés à parité H/F

Benchmark :
L’Union africaine vise à former 1 million de talents numériques d’ici 2030.

La startup tunisienne GoMyCode a formé plus de 50000 personnes dans 8 pays africains en 3 ans.

Faisabilité :
Avec une montée en puissance des formations hybrides (MOOCs, bootcamps, écoles partenaires), 100000 talents/an est un objectif ambitieux mais atteignable.

4.⁠ ⁠5 plateformes IA ouvertes (santé, climat, etc.)

Benchmark :
Des prototypes existent déjà : AgriDataHub, IA4Health, etc.

L’UNESCO, l’OMS et le HCR ont lancé des appels à projets IA multilingues.

Faisabilité :
Co-développement de 1 plateforme par an autour de cas d’usage locaux, avec codes ouverts et gouvernance partagée = très réaliste.

5.⁠ ⁠Un cloud partagé Europe-Afrique

Benchmark :
Le projet GAIA-X européen prévoit des nœuds hors UE.

L’Afrique investit massivement dans ses data centers (Kenya, Afrique du Sud, Maroc, Tunisie).

Faisabilité :
Déployer des nœuds régionaux interopérables (cloud souverain hybride) est un projet ambitieux, mais faisable en 5 ans avec un soutien politique et industriel.