« À moins de deux mois de la COP30, qui fêtera les dix ans de l’accord de Paris, les États membres sont au bord de la crise de nerfs autour d’un enjeu clé, le climat. Du jamais vu« , entame La Tribune.
Jeudi 18 septembre, les ministres européens de l’Environnement ont adopté une simple « déclaration d’intention » sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2035, « autrement dit un message, certes commun mais vague » [Libération].
Concrètement, le compromis trouvé entre les États membres jeudi prévoit « une fourchette de baisse de leurs émissions, comprise entre – 66,25 % et – 72,5 % par rapport à 1990″, qui pourrait être affinée « dans les semaines ou les mois qui viennent« , rapporte La Tribune.
Retard sur les engagements climatiques
La prochaine conférence des parties sur le climat (COP30) se déroulera du 10 au 21 novembre à Belém, au Brésil. Si l’échéance est encore atteignable, l’UE ne sera en revanche « pas en mesure de présenter son plan d’action actualisé pour le climat aux Nations unies avant le 30 septembre« , affirme La Vanguardia.
« Appelés ‘NDC’ dans le jargon onusien (pour ‘Nationally determined contributions’ en anglais), ces plans climatiques sont l’un des principaux instruments prévus par l’accord de Paris pour encadrer les politiques visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre« , explique Libération.
« Nous devons absolument aboutir à une NDC. Et celle-ci doit refléter un choix politique, autrement nous affaiblirons le seul élément juridiquement contraignant de l’accord de Paris et donc de l’ordre climatique international », s’inquiète l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew), interrogé par le journal.
« L’ironie est piquante : alors que même la Chine devrait dévoiler mercredi son objectif pour 2035 […], l’Europe se présente en ordre dispersé« , commentent Les Echos. »Un comble pour un continent qui se targue d’être à l’avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique« , poursuit le quotidien économique.
2035 et 2040
« La bataille autour des NDC de l’UE est étroitement liée à l’objectif climatique global de l’Union pour 2040« , souligne Politico. En juillet dernier, la Commission européenne a mis sur la table une proposition visant à « réduire les émissions de gaz à effet de serre du Vieux Continent de 90 % à l’horizon 2040, par rapport à 1990, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050 » [Le Monde].
Or « tout a déraillé quand, récemment, une dizaine de pays, dont la France et l’Allemagne, ont réclamé que la discussion sur l’objectif climatique 2040 […] soit menée lors du sommet des leaders européens prévu les 23-24 octobre prochains« , retracent Les Echos. « Une manœuvre qui a bloqué toute possibilité d’accord sur l’objectif 2035, puisque la présidence danoise de l’UE souhaite lier les deux« , affirme le quotidien.
Un « changement de tempo »
« Les négociations se sont embourbées« , constate La Tribune. Selon Les Echos, plusieurs États membres « veulent débattre de leurs diverses revendications sur le coût des mesures vertes, leur acceptabilité par les citoyens ou encore de normes climatiques européennes jugées trop dures pour les entreprises […]. La République tchèque ou l’Italie réclament par exemple un assouplissement sur la fin des moteurs thermiques […] à partir de 2035″. La Vanguardia cible quant à elle la France et l’Allemagne, qui « ont traîné les pieds et, à la dernière minute, ont forcé la discussion à être prise au niveau des chefs d’État et de gouvernement à la fin du mois d’octobre« , avance le journal catalan.
Plusieurs médias, à l’instar du Figaro ou de Politico, reviennent sur le « changement de tempo » du président français en matière de climat. Après s’être forgé « une réputation de défenseur du climat en Europe […], c’est lui qui freine des quatre fers« , juge ce dernier. Des efforts qui le placent aujourd’hui « dans le même camp que les pays traditionnellement opposés à la lutte contre le changement climatique« . Le chef de l’État insiste néanmoins « sur le fait qu’il est favorable à des objectifs climatiques rigoureux et qu’il souhaite simplement disposer de plus de temps pour s’assurer que l’UE prenne la bonne décision dans ce domaine« , résume le média.
Mais Libération s’alarme d’un mouvement plus général. « Bousculée par la poussée de l’extrême droite aux élections européennes de l’an passé, l’UE est en effet bien moins allante sur les enjeux environnementaux que lors du précédent mandat. Le contexte géopolitique tendu, entre les pressions russes et américaines, n’a pas aidé à donner à l’écologie la place qu’elle mérite dans l’agenda politique, au regard des enjeux sanitaires, économiques et géopolitiques soulevés ».



