Yaoundé prévoit de lever 345 millions de dollars sur les marchés internationaux pour combler ses besoins de trésorerie en 2025.
Le Cameroun s’apprête à solliciter à nouveau les investisseurs internationaux. Un décret signé le lundi 19 mai 2025, par le président Paul Biya autorise le ministère camerounais des Finances à mobiliser jusqu’à 200 milliards FCFA, soit environ 345 millions de dollars, sur les marchés extérieurs. Les fonds attendus sont destinés aux opérations de trésorerie de l’année en cours.
Ce retour sur le marché international intervient alors que le gouvernement doit faire face à un besoin global de financement estimé à 1795 milliards FCFA pour 2025. Un montant qui englobe un service de la dette particulièrement élevé, à hauteur de 1375 milliards FCFA : 729 milliards pour la dette intérieure et 646,7 milliards pour l’endettement extérieur. S’y ajoutent 207,5 milliards FCFA d’arriérés à régler et 84 milliards de remboursements de crédits de TVA.
Et la pression ne devrait pas faiblir. Même si le service de la dette extérieure reste encore modéré cette année, il franchira la barre des 1000 milliards FCFA dès 2026, pour culminer à plus de 1200 milliards en 2027. Une trajectoire qui alimente les inquiétudes sur les marges de manœuvre budgétaires du pays et renforce l’importance d’un financement extérieur à des conditions soutenables.
Dans ce contexte, le recours aux marchés internationaux apparaît aussi comme une manière pour le Cameroun de marquer sa présence auprès des investisseurs. Le pays cherche ainsi à maintenir un lien actif avec les marchés, à rassurer sur sa capacité d’absorption financière, et à garantir une certaine visibilité dans un environnement régional sous pression.
Ce nouvel appel aux marchés internationaux fait écho à l’émission de juillet 2024, qui avait permis de lever 550 millions de dollars sur sept ans à un taux élevé de 10,75%. Si l’opération avait été bien accueillie, ce coût d’emprunt témoignait d’une méfiance persistante des investisseurs. Et pour certains analystes, les conditions pourraient être encore moins favorables cette année.

Au cours des deux dernières années, le Cameroun a vu ses notes abaissées par certaines agences de notation, qui ont pointé du doigt des « défauts techniques ». En cause : des retards de quelques jours dans le remboursement de certaines échéances à des créanciers internationaux, notamment des banques commerciales. Bien que ces paiements aient été effectués dans le délai de grâce de 30 jours prévu par les contrats, ils ont alimenté un climat de méfiance.
Le gouvernement évoque, pour sa part, des délais administratifs au niveau de la Banque centrale (BEAC), chargée d’instruire les demandes de décaissement en devises. L’opération de 200 milliards FCFA prévue cette année pourrait ainsi permettre de sécuriser une réserve de devises et d’éviter que de tels retards ne se reproduisent.
« Nous pensons que le taux restera élevé comme l’an dernier, car plusieurs éléments viennent alourdir la prime de risque : l’environnement monétaire mondial, l’approche des élections, et le manque de visibilité sur la stratégie budgétaire », prévient Denis Nzifack, économiste et gestionnaire de portefeuille obligataire chez Harvest Asset. Il rappelle également que « malgré un ratio dette/PIB encore contenu, le service de la dette reste élevé ».
Le maintien du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (FED) à 4,5% pèse aussi sur les perspectives. « Il se posera tôt ou tard un problème de refinancement », souligne l’expert, évoquant le précédent de 2021 lors du refinancement de l’eurobond de 2015. Autre sujet d’inquiétude : la perception toujours fragile du risque du Cameroun. Plusieurs « asset managers » internationaux déjà exposés, lors de l’émission précédente, « restent très sceptiques » face à la situation.
Face à ce contexte tendu, M. Nzifack estime qu’un recentrage sur le marché domestique constitue une piste crédible, à condition de repenser la stratégie d’émission. « Si une telle opération était bien structurée et bien pensée pour le marché local, le Cameroun pourrait mobiliser cette ressource, peut-être en plusieurs émissions », affirme-t-il, en citant l’exemple de la République centrafricaine qui a levé 50 milliards FCFA en syndication ou même le Gabon qui a réussi une opération d’ampleur. « Pourquoi pas le Cameroun, qui est le leader de la sous-région ? »
Il attire également l’attention sur l’écart de coût entre les deux marchés. Selon lui, un emprunt sur le marché local des obligations se négocie actuellement autour de 7,5% contre des rendements qui dépassent aujourd’hui les 10% à l’international. « On parle de 10 à 10,5% pour un eurobond, alors que le marché domestique reste bien en dessous pour des maturités similaires », souligne-t-il.

Mais cette option locale, bien que moins onéreuse sur le papier, se heurte elle aussi à de nouvelles contraintes structurelles. Près de 60% de l’actif bancaire dans la CEMAC – principalement détenu par des banques camerounaises – est aujourd’hui composé de titres publics. Or, la COBAC a engagé une réforme prudentielle qui impose une pondération plus élevée de ces titres dans le calcul des fonds propres réglementaires : jusqu’à 100% pour les Etats les plus à risque, comme le Gabon. L’objectif est de limiter la dépendance des banques aux dettes souveraines. Si cette disposition est pleinement appliquée, les établissements devront mobiliser davantage de capital pour conserver leurs expositions actuelles, ce qui pourrait les inciter à réduire leurs investissements dans les titres d’Etat – rendant plus difficile la mobilisation de ressources sur le marché domestique.
Les conditions internationales actuelles restent par ailleurs difficiles pour les émetteurs frontières. Les « spreads » des euro-obligations africaines demeurent au-dessus de leurs niveaux d’avant 2022. Certains pays, comme le Kenya, ont dû reporter ou ajuster leurs plans d’émission. D’autres, comme le Bénin et la Côte d’Ivoire, ont néanmoins réussi à lever respectivement 1 et 1,75 milliard $ en 2025, preuve que l’appétit des investisseurs reste fort pour certaines signatures.







