Un comique engagé
Se faire élire et entrer à Westminster n’est sûrement pas le but du comique et d’ailleurs, son adversaire, Nigel Farage, ne semble pas s’inquiéter de cette candidature. Il a même accueilli la nouvelle avec humour, tâchant de garder bonne figure en publiant un court tweet : « Plus on est de fous, plus on rit ! »
Si Murray est célèbre depuis des années dans tout le pays pour ses sketches et son talent pour le stand up, il n’était pourtant pas prédestiné à jouer les trublions sur les écrans de télévision. Né en 1968, il est issu de sang noble et descend de William Mackepeace Thackeray, auteur des Mémoires de Barry Lyndon. Enfant, il fréquente la très chic Bedford School et poursuit ses études à la prestigieuse université d’Oxford où il se spécialise en histoire moderne.
Loin de son alter-ego patron de pub, Al Murray a par ailleurs réalisé un documentaire pour la BBC consacré à la culture allemande. Méconnaissable, il se met en scène en tant que… lui-même, à la découverte de l’Allemagne.
Tout cela dénote un parcours atypique dans le milieu du spectacle qui donne une saveur particulière à cette imposture politique. Son éducation d’élite a acéré son regard sur l’univers de la politique et lui permet d’en faire une critique d’autant plus juste. La satire ne s’improvise pas, seuls les esprits fins en sont capables. Murray est un homme cultivé, sensible et son goût pour la politique est indéniable. Car lorsqu’il s’agit de se moquer des responsables politiques, Murray n’en est pas à son coup d’essai. Ses récents spectacles comportent de nombreuses critiques contre le système totalement ankylosé du Royaume-Uni.
Il reprend les tics des politiciens en remerciant chaque journaliste par : « Je suis ravi que vous me posiez cette question » pour mieux mettre les hommes politiques face à leurs propres défauts et espère certainement ouvrir les yeux à bon nombre de Britanniques tout en les faisant rire.
Al Murray dénonce par l’absurde le déploiement de démagogie qui semble avoir gangréné de nombreuses formations politiques. Son personnage le clame haut et fort : il fait « partie d’une nouvelle sorte de politique, celle qui donne aux électeurs exactement ce qu’ils veulent, même si cela est dangereux ou stupide » . Le ton est donné.
Sa candidature n’est pourtant pas du goût de tout le monde. Des habitants de South Thanet, qui prennent les élections très au sérieux, voient cette mascarade comme une injure à leur circonscription et une campagne promotionnelle de mauvais goût pour sa tournée à venir.
Mais Al Murray a-t-il vraiment besoin d’un coup publicitaire, lui qui enchaîne les tournées dans de nombreux pays anglophones et est devenu une icône de l’humour à l’anglaise ?







