La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se dit « confiante » dans la poursuite d’une « bonne coopération » avec l’UE après le second tour du scrutin. Pourtant, le nouveau président polonais élu dimanche 1er juin n’a, a priori, pas le profil pour cela. Selon les résultats officiels publiés lundi 2 juin en Pologne, le candidat nationaliste Karol Nawrocki, 42 ans, a remporté l’élection présidentielle avec 50,89 % des voix, contre 49,11 % pour son rival Rafał Trzaskowski, allié pro-UE du gouvernement centriste du pays.
La victoire du candidat soutenu par le parti nationaliste Droit et Justice (PiS) risque de bloquer le programme progressiste du gouvernement concernant notamment l’avortement et les droits LGBT+ et pourrait raviver les tensions avec Bruxelles sur les questions d’état de droit. Admirateur de Donald Trump et ancien hooligan… portrait du nouvel homme fort de la Pologne.
Originaire de Gdansk
Âgé de 42 ans, Karol Nawrocki est né en 1983 dans la cité portuaire de Gdańsk, où il a joué au football et pratiqué la boxe dans sa jeunesse. Celui à qui l’on prête une forte proximité avec des milieux hooligans aurait notamment participé en 2009 à une bagarre organisée. Des affrontements passés ou récents qui, selon ses propres mots, lui auraient « donné en quelque sorte la préparation et le caractère pour être candidat à la présidence« .
Titulaire d’un doctorat en histoire et d’un MBA (diplôme de commerce et de management international), ce père de deux enfants a par ailleurs été directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale de sa ville d’origine de 2017 à 2021. Depuis quatre ans, il dirige l’Institut de la mémoire nationale (IPN) chargé d’enquêter sur les crimes nazis et communistes. Ses recherches portent notamment sur l’opposition anticommuniste polonaise, le crime organisé à l’époque communiste et l’histoire du sport.
« La Pologne d’abord«
« La Pologne d’abord, les Polonais d’abord« . Voici le slogan qu’a porté Karol Nawrocki tout au long de sa campagne présidentielle couronnée de succès. Novice en politique (il s’est lancé l’année dernière seulement) et méconnu des Polonais, il a été présenté au public, le 25 novembre 2024, par le PiS, soucieux d’offrir un profil nouveau pour le représenter. Karol Nawrocki a cultivé tout au long de sa campagne l’image d’un homme du peuple, insistant sur ses origines modestes pour mieux se démarquer de son opposant, accusé d’être le candidat des élites.
Ces derniers mois, le dirigeant a prôné la mise en place de contrôles à la frontière avec l’Allemagne afin d’empêcher l’entrée de migrants, refoulés selon lui par ce pays, et réclamé que Berlin verse à la Pologne des réparations pour la Seconde Guerre mondiale. Dans l’espoir de séduire les électeurs d’extrême droite, Karol Nawrocki a notamment signé des engagements préparés par leur chef de file, Sławomir Mentzen.
Admirateur de Donald Trump
Grand admirateur de Donald Trump, Karol Nawrocki a été reçu à la Maison-Blanche peu avant le premier tour. Et affirme que le président américain lui a fait part de sa certitude concernant sa victoire à l’élection. Cette rencontre a soulevé en Pologne des accusations d’ingérence américaine dans le scrutin. La secrétaire américaine à la sécurité intérieure, Kristi Noem, avait également apporté son soutien à Karol Nawrocki lors d’un rassemblement conservateur fin mai en Pologne. « Il faut qu’il soit le prochain président« , avait-elle affirmé, soulignant qu’il en allait de la poursuite de l’alliance polono-américaine en matière de défense et notamment de la présence d’armes et de soldats américains sur le sol polonais.
À l’image du président des États-Unis, Nawrocki est coutumier des diatribes visant certaines franges de la population. Parmi ses partisans, beaucoup souhaitent davantage de restrictions en matière d’immigration et une souveraineté accrue de leur pays.
Un coup pour Donald Tusk
Cette élection risque de redéfinir durablement l’équilibre des pouvoirs en Pologne. Depuis son retour aux commandes en 2023, la coalition pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk peine à gouverner, régulièrement freinée par le président conservateur sortant, Andrzej Duda (PIS). Ce dernier a d’ailleurs immédiatement félicité le gagnant. « Félicitations au vainqueur !« , a-t-il écrit sur X, remerciant les Polonais pour leur forte participation, qui s’est élevée à 71,63 %.
Si le chef de l’État polonais a des pouvoirs limités, il dispose d’un droit de veto sur les initiatives législatives, une prérogative fréquemment utilisée par le président sortant. La victoire de Karol Nawrocki pourrait bloquer toute avancée politique. « Avec [lui], le gouvernement sera de fait paralysé et cela peut mener à terme à la chute de la coalition au pouvoir« , avait prévenu avant le scrutin la politologue Anna Materska-Sosnowska. Dans son viseur : le programme progressiste du gouvernement concernant notamment l’avortement et les droits LGBT+.
Les relations avec l’Union européenne menacées ?
Plus largement, le nouveau président polonais pourrait raviver les tensions avec Bruxelles sur les questions d’état de droit et l’épineux sujet de la guerre en Ukraine. S’il s’est engagé à maintenir le soutien de la Pologne à son voisin qui se bat contre l’armée russe, il s’oppose à l’adhésion de Kiev à l’Otan et dénonce les aides accordées aux réfugiés ukrainiens en Pologne. Dans une vidéo, il a déclaré que les prestations sociales étaient « avant tout destinées aux Polonais » et que, « dans les files d’attente chez les médecins et dans les hôpitaux », les Polonais devaient « avoir la priorité« . Il a également reproché à Kiev de ne pas avoir « fait preuve de gratitude pour ce que les Polonais ont fait« , et accusé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d‘« insolence » à l’égard de la Pologne. Le président élu, critique de l’Union européenne, est par ailleurs partisan d’une Europe des nations, une idée largement soutenue par les partis d’extrême droite.
Au-delà des frontières polonaises, les résultats du scrutin apparaissent comme un test pour la démocratie en Europe centrale. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, la Pologne a retrouvé une place clé dans l’Union européenne. L’élection qui vient de se jouer coïncide d’ailleurs avec la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne, qu’elle occupe pour six mois sous le slogan « Sécurité, Europe » (janvier-juin 2025). Un défi pour le pays, dont les dépenses militaires dépassent 4 % de son PIB.


