L’un des plus grands poisons pour les océans et la planète a un nom bien connu : le plastique. Pour saisir l’ampleur du phénomène, un chiffre suffit : selon l’Organisation des Nations unies, 95 % des déchets flottants en Méditerranée sont en plastique. Ce matériau synthétique, issu d’énergies fossiles et non biodégradable, sature les mers et met en péril l’équilibre de la vie marine.
Chaque année, 10 millions de tonnes de déchets plastiques sont rejetés dans les océans – soit l’équivalent d’un camion-poubelle déversé chaque minute. Présent à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, le plastique menace les écosystèmes. À ce rythme, certains scientifiques estiment qu’il pourrait y avoir plus de plastique que de poissons d’ici 30 ans seulement.
Une pollution insidieuse et omniprésente
En plein Pacifique Nord, entre la Californie et Hawaï, un amas de déchets plastiques six fois plus grand que la France s’étend dans les eaux. Une véritable décharge à ciel ouvert créée par l’humanité à force de tout y jeter. Surnommé « septième continent », le « Great Pacific Garbage Patch » (GPGP) est à ce jour la zone océanique la plus polluée de la planète. Contrairement à l’image d’un continent solide, il s’agit d’une zone où les déchets sont principalement des résidus en suspension, formant une « soupe » de particules invisibles à l’œil nu.
La pollution provient en partie de gestes quotidiens anodins. Par exemple, lors d’un lavage en machine, des vêtements en polyester ou nylon libèrent des milliers de fibres plastiques. Ces microplastiques, trop petits pour être filtrés, rejoignent les rivières, puis les mers. Confondus avec du plancton, ils sont ingérés par les poissons, les tortues, les crustacés… Toute la chaîne alimentaire marine est affectée.
Autre source préoccupante : les « larmes de sirène », ces granulés de plastique brut perdus dans la nature avant même leur transformation. D’après une étude de la fondation Tara Océan, ces microbilles, transportées sans précaution, représentent une part majeure de la pollution plastique dans les fleuves européens. La fondation demande leur classement comme matière dangereuse.
L’Union européenne se mobilise
Face à cette urgence, l’Union européenne a pris plusieurs initiatives. En 2021, chaque citoyen de l’UE a généré en moyenne 36,1 kg de déchets plastiques d’emballage, soit une hausse de 29 % depuis 2010 estime le Parlement européen. Sur les 16,13 millions de tonnes produites, seulement 6,56 millions ont été recyclées en moyenne.
Depuis le mois de juillet de la même année, une directive européenne interdit la mise sur le marché des pailles, couverts et assiettes en plastique à usage unique au sein de l’UE. Elle prévoit également un meilleur recyclage des bouteilles. « Nous avons pris de vraies mesures ces dernières années« , a tenu à rappeler Emmanuel Macron le 10 juin, en marge de la Conférence des Nations unies sur l’océan. « La France a été le premier pays à bouger sur le plastique à usage unique. Grâce à des solutions de substitution, nous avons obligé les industriels à sortir du plastique et avons aussi [impulsé un changement] en Europe« .
Pour les emballages, l’UE fixe un objectif de recyclage 50 % en 2025, puis de 55 % en 2030. À titre d’exemple, la France n’est actuellement qu’à 26 % et ce taux progresse trop lentement (+1% en moyenne chaque année). L’Union a également fixé un objectif spécifique pour le recyclage des bouteilles en plastiques pour boisson à 77 % en 2025 et 90 % en 2030.

Cette directive comprend par ailleurs une série de mesures incitant les États membres à sensibiliser leurs citoyens, par exemple en promouvant des habitudes de consommation responsable. Elle impose aussi un marquage obligatoire concernant le recyclage et la présence de plastique sur certains produits comme les produits hygiéniques ou les lingettes humides.
Plus récemment, le 9 avril 2025, le Parlement européen, le Conseil et la Commission ont conclu un accord sur une nouvelle réglementation visant à prévenir les pertes de granulés plastiques, après un incident majeur au large du Royaume-Uni. L’objectif : « zéro perte de pellets » grâce à une hiérarchie d’actions (prévention, maîtrise, nettoyage) et des obligations strictes pour les industriels. Ces règles s’appliqueront à tous les acteurs concernés, qu’ils soient établis dans l’Union européenne ou hors de celle-ci.
Vers un traité mondial contraignant
En parallèle, les efforts se multiplient à l’échelle mondiale. En mars 2022, un premier accord a lancé les négociations vers un traité international juridiquement contraignant contre la pollution plastique. En novembre 2022, l’Union européenne a adhéré à une coalition mondiale pour « un texte ambitieux » qui inclurait des instruments juridiques coercitifs. L’accord pourrait être finalisé cet été, du 5 au 14 août 2025 à Genève (Suisse). Fin décembre 2024, les 170 États réunis à Busan (Corée de Sud) n’étaient pas parvenus à s’accorder sur le sujet.
Lors de la Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC 3) à Nice, 95 pays, dont la France, ont fait un pas de plus dans ce sens. « Nous demandons l’adoption d’un objectif mondial visant à réduire la production et la consommation de polymères plastiques primaires à des niveaux durables« , écrivent les signataires de cette déclaration.
Selon le baromètre sur l’état de l’océan Starfish, la production de plastique est passée de 2 millions de tonnes en 1950 à 413,8 millions en 2023. Les plastiques représentent plus de 80 % des déchets aquatiques identifiés. Symbolique, cette déclaration est « importante » parce que des pays « essayent de nous faire croire que c’est en agissant sur la collecte, le tri et le recyclage que nous allons mettre un terme à la pollution plastique« , a déclaré à la presse la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher.
Changer de modèle
Pour sortir du tout plastique, une approche globale est indispensable. Le recyclage reste nécessaire, mais il ne peut être qu’un élément en aval d’une stratégie centrée sur la réduction à la source.
« Tout ce qu’il faut faire, c’est réduire la production de plastique, le substituer par d’autres matières partout où on l’utilise, et ensuite le recycler« , a rappelé le 10 juin Emmanuel Macron, qui propose de s’appuyer sur la science et d’aborder cette problématique « secteur par secteur« . Dans le cadre de son plan plastique 2025-2030, l’État français s’engage à montrer l’exemple en bannissant les plastiques à usage unique « en vue d’une utilisation sur les lieux de travail et dans les évènements qu’il organise » et en tenant compte des spécificités territoriales, notamment en Outre-mer. Une trajectoire sur dix ans sera aussi définie pour donner de la visibilité et de la prédictibilité aux acteurs économiques.
Lors de la présentation du Pacte européen pour l’océan le 9 juin dernier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé que l’Union européenne s’efforcerait de « réduire de moitié la pollution plastique d’ici cinq ans« . Elle a aussi rappelé que l’Europe allait restaurer 20 % des écosystèmes marins d’ici 2030, un engagement déjà pris en 2024. Le sujet de la pollution plastique représente un enjeu crucial pour l’Union, 22 de ses 27 pays membres ayant une façade maritime et étant particulièrement exposés.
Actuellement en Europe, l’élimination des déchets plastiques repose principalement sur la récupération d’énergie (transformation en chaleur ou électricité) suivie du recyclage, indique le Parlement européen. Les plastiques sont par ailleurs l’un des sept domaines considérés comme cruciaux par la Commission européenne pour parvenir à une économie circulaire dans l’UE d’ici 2050.
Enfin, le coût climatique du plastique est colossal. 1,8 milliard de tonnes de CO₂ ont été émises en 2019, soit 3,4 % des émissions mondiales, 90 % de ces émissions provenant de leur production et de leur transformation à partir de combustibles fossiles. Si rien ne change, ces émissions pourraient plus que doubler d’ici 2060, pour atteindre 4,3 milliards de tonnes. Sur le plan financier, on évalue entre 259 et 695 millions d’euros le coût engendré par la pollution marine, majoritairement pour les secteurs du tourisme et de la pêche.
La pollution plastique est un enjeu planétaire majeur. Bien que des mesures concrètes aient vu le jour, tant au niveau européen qu’international, le défi reste immense. Réduire, substituer, recycler, et surtout coopérer à l’échelle mondiale seront les piliers d’une solution durable pour préserver les océans.







