Considérées comme des facteurs déterminants du coût d’exploitation des compagnies aériennes, les taxes aériennes ont un impact important sur les prix des billets d’avion. Atteignant parfois jusqu’à 40% du tarif dans certains pays africains, ils affectent à la fois la demande, la rentabilité du secteur et la mise en œuvre du Marché unique du transport aérien africain (SAATM). Si le Cameroun a allégé sa fiscalité entre 2023 et 2024, le Gabon lui devient le pays le plus cher, illustrant les déséquilibres sur le continent.
Dans le dernier rapport de l’AFRAA (Association des compagnies aériennes africaines) sur la fiscalité aérienne en Afrique en 2024, le Cameroun sort du Top 10 des pays les plus chers pour les voyages internationaux, alors qu’il occupait la 9e position en 2022 avec 114,1 USD perçus sur les billets. Le Gabon par contre, qui ne figurait même pas dans cette liste en 2022, prend désormais la tête du classement avec 297,9 USD prélevés sur les billets des passagers internationaux.
Une fiscalité galopante au Gabon
La hausse des prélèvements dans cette catégorie aurait même fait l’objet d’une correspondance de l’IATA, selon la presse locale. Dans une note adressée au ministère gabonais des Transports, l’organisation aurait exprimé son inquiétude face à des politiques fiscales jugées non conformes aux recommandations de l’OACI. Une revue d’informations issues de plusieurs médias montre que le pays a notamment introduit en novembre 2022 une « redevance passager ».
Pour les vols de plus de deux heures, cette redevance est fixée à 65 596 FCFA (116,4 $) pour les passagers de première classe, 39 357 FCFA pour la classe affaires, et 32 798 FCFA pour la classe économique. Pour les vols de moins de deux heures, elle s’élève à 26 239 FCFA par passager en classe économique, 32 798 FCFA en classe affaires et 42 638 FCFA en première classe. Sur les vols domestiques, une redevance de 6560 FCFA est appliquée par passager.
Les redevances de sûreté sont quant à elles passées de 10 000 à 23 000 FCFA pour les vols internationaux, et de 7000 à 18 000 FCFA pour les vols régionaux.
Pas d’allègement majeur depuis 2022
À l’exception du Cameroun et du Gabon, le Top 10 n’a pas connu de changement notable par rapport à 2022. Les mêmes pays indexés pour leurs politiques fiscales lourdes à l’égard des voyageurs internationaux, restent présents dans la liste de 2024, avec l’Afrique de l’Ouest particulièrement représentée. Sierra Leone, Nigeria, Djibouti, Niger, Bénin, Sénégal, Liberia, Ghana, RDC et Tchad suivent ainsi le Gabon, avec des taxes moyennes s’élevant respectivement à 294, 180, 168,7, 130,7, 123,4, 122,6, 115, 111,5, 111,5, 109,9 et 105,7 USD.
Même pour les vols régionaux (entre États africains), ces pays appliquent des taxes allant de 101,6 à 294 USD. À l’opposé, des pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, Sao Tomé-et-Principe, le Maroc et le Botswana figurent parmi les dix pays africains appliquant les taxes les plus faibles sur les vols internationaux.
« En Afrique, les passagers aériens paient en moyenne 59,05 USD de taxes, redevances et frais divers lors de départs régionaux. Ce montant marque une hausse par rapport à 2022, où la moyenne s’établissait à 57,40 USD » indique le rapport.
Un facteur pesant sur les prix des billets d’avion
Avec une telle proportion de taxes répercutée directement sur les voyageurs, les prix des billets apparaissent plus chers en Afrique qu’ailleurs dans le monde. D’après l’AFRAA, les taxes et redevances aéroportuaires peuvent représenter jusqu’à 40% du prix d’un billet dans certains pays du continent.
Selon les experts, elles affectent aussi la rentabilité des compagnies et limitent les possibilités d’investissement et d’expansion. Dans un autre rapport publié par l’IATA, il est indiqué que « sur les 32,4 milliards USD de bénéfice net générés par l’ensemble du secteur aérien mondial en 2024, soit une marge de 3,4%, l’Afrique ne pèse que 200 millions USD, soit moins de 0,6% ».
De plus, les politiques fiscales en Afrique sont pointées par les faîtières de l’aviation telles que l’AFRAA et l’IATA comme l’un des freins à la mise en œuvre effective du Marché unique du transport aérien africain (SAATM), qui prône la mise en place d’un ciel africain « ouvert » grâce à une suppression des restrictions d’accès aux marchés.
Plusieurs autres facteurs sont évoqués comme freins structurels à l’effectivité de ce plan stratégique. Le manque de volonté politique, les retards infrastructurels, les incompatibilités avec d’anciens accords bilatéraux et régionaux (CEDEAO, SADC, etc.) provoquant des doublons juridiques, le nombre pléthorique de compagnies aériennes — non rentables pour la plupart —subventionnées par les États, ou encore les défaillances sécuritaires chez ces dernières.
La CEDEAO montre la voie à suivre
Des efforts sont toutefois à noter du côté des pays membres de la CEDEAO, qui s’apprêtent à adopter un modèle de politique fiscale que l’AFRAA recommande aux autres pays et organisations régionales. Une réduction de 25% des redevances de sécurité et la suppression de certaines taxes devraient ainsi survenir dès le 1er janvier 2026. De quoi avoir, selon les autorités, un effet significatif sur les prix des billets et améliorer l’accessibilité du transport aérien, encore perçu comme une option réservée à une certaine catégorie sociale.
« Si nous réussissions à réduire le coût des billets, une partie de ce trafic routier pourrait migrer vers l’aérien. C’est ce qui s’est passé en Inde : en développant un réseau dense d’aéroports secondaires, des compagnies comme IndiGo ont capté des millions de passagers qui prenaient auparavant la route » a expliqué Abderahmane Berthé, le DG de l’AFRAA.







