
« Choc« , « stupeur« , « information explosive » : l’annonce a fait le tour des journaux européens. Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu Nicolas Sarkozy, ex-président de la République (2007-2012), coupable d' »association de malfaiteurs » et l’a condamné à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé, assorti d’une exécution provisoire. Une première pour un président français : jusque-là, même lorsqu’ils avaient été sanctionnés, les dirigeants français n’avaient jamais été confrontés à une incarcération effective.
Cette condamnation fait de la France une exception en Europe. Notamment parce que le président français exerce un pouvoir exécutif fort, contrairement à beaucoup de chefs d’État européens dont les rôles sont souvent plus symboliques. Mais des chefs de gouvernement européens ont connu des sorts judiciaires comparables.
Des affaires retentissantes en Europe centrale et orientale
En République tchèque, l’ancien Premier ministre Petr Nečas a été condamné en 2023 pour corruption dans une affaire de promesses de postes publics en échange de démissions parlementaires. Sa peine de deux ans et demi avec sursis, ainsi qu’une amende, a été confirmée par la Cour suprême.
C’est en Croatie que la sanction la plus lourde a été prononcée. Premier ministre entre 2003 et 2009, Ivo Sanader a été reconnu coupable, en 2017 puis en 2022, de détournement de fonds publics et réception de pots-de-vin, pour un total estimé à 6 millions d’euros. Ces affaires ont valu à l’ancien dirigeant une peine de 18 ans de prison. L’ancien chef du gouvernement croate a été libéré sous caution en août 2025 avoir purgé les deux tiers de sa peine.
En Roumanie, Adrian Năstase, Premier ministre dans les années 2000, a été condamné à deux reprises pour corruption, en 2012 et 2014. Sa seconde condamnation intervient dans le cadre d’une opération de grande ampleur qui a abouti à la mise en examen de 14 ministres ou anciens ministres, 43 parlementaires et plus de 260 élus locaux. Une lutte menée sous la direction du parquet anticorruption alors piloté par Laura Codruța Kövesi, aujourd’hui procureure générale du Parquet européen.
En Italie, plusieurs Premiers ministres condamnés
Outre la France (voir encart ci-dessous), l’Italie a plusieurs cas à son actif. Silvio Berlusconi, longtemps accusé dans de multiples affaires, a été définitivement condamné en 2013 pour fraude fiscale. Sa peine, de quatre ans, a été transformée en travaux d’intérêt général. Le Cavaliere a échappé à l’incarcération, parvenant même à effectuer son retour en politique, d’abord très brièvement au Parlement en 2019, puis au Sénat à partir de 2022. L’ancien président du club de football du Milan AC est décédé en juin 2023.
Avant lui, Bettino Craxi, chef du gouvernement dans les années 1980, avait été accablé par l’opération « Mani Pulite » (« Mains propres » en français), une série d’enquêtes judiciaires aboutissant à 4 000 mises en examen d’entrepreneurs, de politiques et de fonctionnaires. Condamné à plusieurs années de prison pour corruption, Bettino Craxi avait choisi l’exil en Tunisie en 1994 et n’a jamais purgé ses peines, décédant en 2000.
En France, des précédents déjà marquants
Avant Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac avait ouvert la voie en 2011, condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’ancien président avait alors reconnu une faute « morale », sans passer par la case prison. Son ancien Premier ministre, Alain Juppé, avait lui aussi été sanctionné pour prise illégale d’intérêts, avec quatorze mois de sursis et une période d’inéligibilité.
Plus récemment, François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy, a été condamné pour détournement de fonds publics dans l’affaire des emplois fictifs de son épouse. Sa peine de quatre ans, intégralement assortie du sursis, lui a évité l’incarcération, mais a mis un terme à sa carrière politique.
La condamnation de Nicolas Sarkozy en septembre 2025 intervient après d’autres condamnations déjà prononcées contre l’ancien chef de l’État : l’affaire dite des « écoutes » en 2021, où il avait écopé d’une peine de prison aménagée sous bracelet électronique, et le financement illégal de sa campagne de 2012, toujours en cours d’examen par la Cour de cassation.
Sauvés par les voies de recours
Toutes les procédures ne débouchent pas sur des condamnations définitives. En Slovénie, Janez Janša, ancien Premier ministre, avait été reconnu coupable en 2013 dans l’affaire des blindés Patria, une société finlandaise dont il était accusé d’avoir reçu des pots-de-vin. Deux ans plus tard, la Cour constitutionnelle annulait le jugement, mettant fin par la même occasion à neuf mois de détention pour l’ancien chef du gouvernement.
De la même manière, en Lituanie, l’ancien président Rolandas Paksas avait été reconnu coupable, en première instance, de trafic d’influence en 2020, avant d’être acquitté par la Cour suprême un an plus tard.
Sans aller jusqu’à la Cour suprême, l’ancien chancelier autrichien Sebastian Kurz a lui aussi bénéficié d’une voie de recours. Condamné en première instance à huit mois de prison pour avoir menti devant une commission parlementaire sur son rôle dans la nomination d’un proche à la tête d’une société publique, il a finalement été acquitté par la Cour d’appel de Vienne en mai 2025. Un scénario qu’espère reproduire Nicolas Sarkozy : l’ancien président de la République a fait appel de sa condamnation lundi 29 septembre.







