S’inscrivant dans un large mouvement de reconnaissance des spoliations coloniales et de rééquilibrage des relations culturelles entre l’Afrique et l’Europe, des pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique ou encore les Pays-Bas ont procédé à des restitutions d’œuvres d’art, dont plusieurs masques aux États africains ces dernières années.
Entre 2020 et 2025, l’espace culturel subsaharien a été secoué par une vague de cessions des chefs-d’œuvre du patrimoine culturel africain. Le gouvernement néerlandais a restitué 119 bronzes béninois au Nigeria le 21 juin 2025 près de 130 ans après leur pillage. « On ne saurait trop insister sur le symbolisme de cet événement et sur ce qu’il signifie pour la fierté et la dignité non seulement du peuple béninois, mais aussi du Nigeria tout entier », a déclaré Olugbile Holloway, directeur général de la Commission nationale des musées et des monuments du Nigeria, dans un communiqué.
Auréolé de l’Ours d’Or à Berlin en 2024, « Dahomey » de Mati Diop a remis en lumière l’épineuse question de la restitution des œuvres d’art volées en Afrique durant la période coloniale. Le film-documentaire fait le récit du retour en novembre 2021 de 26 trésors royaux du Dahomey (actuel Bénin). Des exemples pourraient se multiplier avec les cas de nombreux pays du continent à l’instar de la Côte d’ivoire, du Sénégal, de la RDC… Toutefois, tous les objets restitués n’étaient pas que des masques.
Des cas de masques restitués
Un masque de cérémonie (Kakuungu) a été remis à la RDC par le roi Philippe de Belgique, lors d’une cérémonie au Musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa le 8 juin 2022. Par ailleurs, après vingt ans de pourparlers, le musée Barbier-Mueller (Suisse) rend aux autorités tanzaniennes un masque makondé. Une cérémonie officialisant la rétrocession de cette pièce a eu lieu à Paris le 10 mai 2010.
Loin de leur terre d’origine, les masques sont, la plupart du temps, pris pour des objets artistiques et admirés pour leur qualité esthétique sous le prisme des standards occidentaux.

Masque MAKONDE-LIKOMBA
Au-delà d’une esthétique brute, des forces socio-politiques
Les recherches récentes insistent sur la pluralité des interprétations : le masque n’est pas seulement un objet d’art, mais un acteur social et politique. Les publications mettent en garde contre une lecture occidentalisée qui réduit le masque à une esthétique primitive, sans tenir compte de son rôle vivant dans les sociétés africaines.
« Le masque, avec la statuaire pose, dès l’abord, à l’esprit européen la question de sa qualification esthétique et de son essence : le masque est-il un objet d’art ? Si oui, obéit-il dans sa matérialité à la réalisation d’un idéal du Beau ? Sinon, quel esprit ou principe immatériel l’habite ? La réponse est donnée dans un premier temps par Griaule : la force impersonnelle et incorporelle du nyama habite l’awa. Le masque est la porte d’entrée dans la structure de la pensée des sociétés à masques… », s’interroge l’enseignant-chercheur Sanou Noël.
« … Masques Dogons (Griaule, 1994 [1938] : 259-278) est précis sur la sémantique triadique de l’awa, qui désigne la personne du masque en tant que personnage rituel, les fibres de son corps et les hommes de service de la “Société des Masques” »
Le masque dans le cadre traditionnel africain prend diverses connotations selon les us et coutumes de la région de provenance.
Kaléidoscope des masques africains et leurs significations dans le contexte subsaharien
Le masque Gelede est porté lors des fêtes éponymes au Nigeria et au Bénin. Ce masque glorifie les femmes et les mères, protectrices de la cohésion sociale. Ses motifs colorés et figures animales expriment sa valeur spirituelle.

Le masque Gelede du Bénin et du Nigeria
Le masque Mwana Pwo est une création emblématique du peuple Tchokwe vivant en République démocratique du Congo, Angola et Zambie, incarne la beauté féminine, la fertilité et le rôle spirituel des femmes dans la société. Au Burkina Faso, le masque Bwa, souvent en forme de planche rectangulaire décorée de motifs géométriques, représente les esprits de la brousse. Il est utilisé pour implorer la pluie et la fertilité des terres.
Les Dogons installés sur le plateau de Bandiagara, dans le centre du Mali, utilisent le masque Kanaga, identifiable à sa double croix, lors des cérémonies Dama qui sont des rites funéraires. Il représente la création du monde et la relation entre le ciel et la terre.
Au Gabon, au Cameroun et en Guinée équatoriale, le masque Fang, enduit de kaolin, s’inscrit dans le culte Byeri des ancêtres. Il assure la protection du groupe et relie les vivants aux esprits.

Masque Dongo à double croix
Le Masque Dan de la Côte d’Ivoire et du Liberia, reconnu par sa forme ovale et son regard apaisé, symbolise l’esprit de la forêt. Les cérémonies Dan l’emploient pour juger, initier et protéger, révélant des forces mystiques. La restitution des masques aux peuples africains s’inscrit dans une perspective de réappropriation d’une identité culturelle riche en symboles. L’Afrique subsaharienne a plus que jamais besoin de cette référence identitaire, socle de tout développement.







