- 12 September 2026
- Updated 16h47
Tribune : La jeunesse africaine donne une seconde chance à l’Europe – mais seulement si elle tient ses promesses.
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- Max LIPORT
- 11 août 2026
- Opinions
Les événements récents ont terni l’image de l’Europe occidentale en Afrique.
Le retrait forcé de la France du Sahel, région autrefois marquée par des coups d’État et où elle exerçait une forte influence, la menace croissante des mercenaires russes en Afrique centrale, le différend persistant entre le Zimbabwe et le Royaume-Uni concernant la réforme agraire, et les tensions récurrentes entre la Belgique et son ancien sujet colonial au Congo, laissent présager un déclin de l’influence européenne en Afrique. Pourtant, les résultats de la dernière Enquête auprès de la jeunesse africaine 2026 montrent que, parmi la jeune génération du continent, l’Europe occidentale jouit d’une image remarquablement positive. Il apparaît que, si l’influence de la France a légèrement diminué, de plus en plus de jeunes la perçoivent comme positive.
Le Royaume-Uni inspire davantage confiance que les États-Unis. L’Union européenne est perçue comme une influence positive en Afrique par 92 % des personnes interrogées, une forte hausse par rapport aux 76 % enregistrés lors de notre précédente enquête en 2024. Avec 4 901 jeunes interrogés dans le cadre de l’enquête AYS 2026, issus de 16 pays africains, et des données comparables provenant de trois enquêtes bisannuelles précédentes, une tendance frappante se dégage : la jeunesse africaine est pragmatique et tournée vers l’avenir, davantage intéressée par le comportement actuel des puissances étrangères que par le passé colonial. Certes, l’hostilité envers la France est manifeste dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest, où le déploiement militaire français pour réprimer l’extrémisme islamiste a échoué. Mais, de manière générale, le tableau est celui d’une jeune génération capable de reconnaître les influences extérieures qui servent sa cause. La France, ainsi que l’Allemagne, que nous intégrons pour la première fois à ce sondage, sont perçues positivement par la jeunesse africaine. À la question de savoir si l’Union européenne est une alliée de leur patrie africaine, 90 % des jeunes ont répondu par l’affirmative. Les personnes interrogées ont manifesté à la fois une connaissance et une appréciation des efforts déployés par l’UE pour développer le commerce et les investissements intra-africains grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Les jeunes Africains ne passent pas leur temps à scroller sans fin sur TikTok. Ils s’impliquent dans les partenariats stratégiques susceptibles d’influer sur l’avenir de leur continent.
Tout au long de l’enquête, les jeunes Africains insistent sur l’importance des opportunités d’emploi et des liens avec les marchés mondiaux. Interrogés sur le critère le plus important pour choisir un allié, 43 % d’entre eux ont cité « la capacité d’investir dans les infrastructures et l’économie de notre pays ».
L’Union européenne soutient des projets sur tout le continent, comme par exemple la récente et réussie rénovation du barrage de Kariba, un investissement de 100 millions de dollars sur le fleuve Zambèze, à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie.
Pour la première fois, l’Allemagne est citée comme alliée par davantage de jeunes Africains que la Russie (89 % contre 86 %). Même en tenant compte de l’impact au Sahel, la France reste un allié important pour 85 % d’entre eux.
Il est clair que la jeunesse africaine est peu influencée par l’histoire.
À la question de savoir quelles nations ont le plus d’impact en Afrique, positif ou négatif, 54 % des jeunes ont choisi la Russie, une augmentation significative par rapport à 2024 où ce pourcentage était de 44 %. Depuis la dernière enquête, le groupe mercenaire russe Wagner a été dissous et remplacé par Africa Corps, davantage contrôlé par le Kremlin. Les jeunes Africains sont pleinement conscients de l’intérêt croissant de la Russie pour leur continent.
Au cours de la même période, l’influence perçue de la France a diminué, passant de 49 % en 2024 à 47 % cette année, conséquence de l’hostilité grandissante à son égard en Afrique de l’Ouest après une série de coups d’État dans cet État du Sahel.
L’Afrique est déjà le continent le plus jeune. L’âge médian y est aujourd’hui de 19 ans et six mois. Et sa population continue de rajeunir, cette médiane étant orientée à la baisse. Pourquoi est-ce important ? Parce que tandis que la Chine, l’Europe de l’Est et de nombreuses autres régions connaissent un déclin démographique, la population africaine est en pleine expansion. En 2015, 16 % de la population mondiale était africaine. D’ici 2030, l’Afrique abritera plus de 40 % de la jeunesse mondiale. Ainsi, cette enquête auprès du groupe d’âge le plus important au sein de la population mondiale à la croissance la plus rapide nous offre la meilleure opportunité, fondée sur des données probantes, d’appréhender l’avenir.
En Europe, nul besoin de leçons sur le pouvoir de la jeunesse à changer le cours de l’histoire. Un jeune homme de 19 ans a donné le coup d’envoi de l’histoire moderne en abattant l’héritier de la plus grande dynastie impériale d’Europe à Sarajevo en 1914, déclenchant ainsi la Première Guerre mondiale. Le groupe militant auquel appartenait l’assassin, Gavrilo Princip, s’appelait Mlada Bosna, ou Jeune Bosnie.
Aujourd’hui, il est tout aussi important que les décideurs politiques, les stratèges et les dirigeants du monde prennent en compte la jeunesse.
Les résultats de l’enquête AYS 2026 sont source d’immense espoir. Ils montrent que les jeunes Africains croient pouvoir façonner l’avenir. Une très large majorité pense que les jeunes auront une influence accrue sur les décisions politiques dans les années à venir.
Mais ces données recèlent également une mise en garde. Si les jeunes Africains croient en leur capacité à impulser le changement, la plupart estiment également que les dirigeants politiques du continent restent déconnectés de leurs réalités et de leurs aspirations.
Cette situation représente à la fois une opportunité et un risque.
Les gouvernements qui impliquent véritablement les jeunes, les associent à la prise de décision et créent des parcours de leadership libéreront une énergie et une capacité d’innovation considérables. L’Enquête auprès des jeunes Africains de 2026 constitue un excellent point de départ pour définir comment y parvenir.
Ivor Ichikowitz est le fondateur de la Fondation familiale Ichikowitz, de l’Enquête auprès des jeunes Africains et des Archives d’histoire orale africaine.
Recent events have not been kind to western Europe’s standing in Africa.
France’s forced withdrawal from the Sahel ‘coup belt’ where it once had such strong influence, the growing menace of Russian mercenaries in central Africa, the unhealed split between Zimbabwe and Britain over land reform, and perennial rumblings between Belgium and its former colonial subject in the Congo all suggest Europe’s gold stars are waning in Africa.
Yet the evidence of the latest African Youth Survey 2026 shows that among the continent’s coming generation western Europe enjoys a strikingly positive status.
It shows that while France’s influence might be slightly reduced, there has been an increase in how many young people regard that influence as positive. Britain is trusted as more of an ally than America. And the European Union is seen as a positive influence in Africa by 92% of those questioned, a sharp rise from the 76% when we last ran the survey in 2024.
With 4,901 young people polled for AYS 2026 from 16 African countries and comparable data from three previous biennial surveys, a striking pattern emerges: Africa’s young are pragmatic and forward-looking, more interested in how foreign powers behave today than in the colonial past.
Yes, there is clear evidence of hostility towards France in the Francophone countries of west Africa where French military deployment to crush Islamic militancy failed. But the wider picture is of a young generation capable of recognizing when outside influences help their cause.
France, alongside Germany which we have included in the polling for the first time, both emerge as being regarded positively by African youth.
When asked if the European Union is an ally for their African homeland, 90% said it was. Those polled showed both awareness of and appreciation for the EU’s efforts to develop intra-Africa trade and investment through the African Continental Free Trade Area (AfCFTA).
The young of Africa are not all doom scrolling TikTok. They are engaged with the strategic partnerships that could alter the direction of travel for their continent.
Throughout the survey, Africa’s young emphasise job opportunities and connections to global markets as their greatest priority. When asked which criteria is most important for choosing an ally the greatest level of support at 43% went to ‘the ability to invest in our country’s infrastructure and economy’.
The European Union supports projects all over the continent, for example the recent, successful refurbishment of the Kariba Dam, a USD100 million investment on the Zambezi River frontier between Zimbabwe and Zambia.
Included for the first time, Germany is identified by more young Africans as an ally than Russia, 89% compared to 86%. And even when the Sahel impact is included, France is still identified by 85% as a significant ally.
It is clear the young of Africa are carrying little historical baggage.
When asked which nations have the greatest impact in Africa, for good or for bad, Russia was chosen by 54%, a significant increase over 2024 when the proportion choosing it was 44%. Since the last survey was done the private Russian mercenary group Wagner has been wound down, replaced by the more Kremlin-controlled Africa Corps. Young Africans are fully aware of Russia’s growing interest in their continent.
Over the same period France saw its perceived level of influence decline, from 49% in 2024 to 47% this year, fallout from the growing hostility towards France in West Africa after a slew of coups in the Sahel state.
Africa is already the youngest continent. The median age of the continent today is 19 years and six months. And it is getting younger still, that median trending downwards. And why is this important? Because while China, Eastern Europe and many other regions have a declining population, Africa’s is booming. In 2015 16% of the world’s population was African. By 2030, Africa will be home to over 40% of the world’s youth.
So, this survey of the opinions of the largest cohort within the fastest-growing global population gives us the best data-driven chance to gauge the future.
Nobody in Europe needs lessons on how much history can be changed by the young. A 19-year-old fired the starting gun for modern history when he shot dead the heir to Europe’s grandest imperial dynasty in Sarajevo in 1914, triggering the First World War. The militant group that the assassin, Gavrilo Princip, belonged to was called Mlada Bosna or Young Bosnia.
Today it is just as important for policy makers, strategic planners and world leaders to take the young into account.
The evidence from AYS 2026 gives me enormous hope. It shows young Africans believe they can shape the future. An overwhelming majority believe young people will have greater influence over political decision-making in the years ahead.
But there is also a warning embedded in the data.
While young Africans believe in their own ability to create change, most also believe political leaders in the continent remain disconnected from their realities and aspirations.
This creates both an opportunity and a risk.
Governments that genuinely engage young people, bring them into decision-making and create pathways for leadership will unlock enormous energy and innovation. The 2026 African Youth Survey is a good place for them to start when it comes to working out how.
Ivor Ichikowitz is the founder of the Ichikowitz Family Foundation, the African Youth Survey and the African Oral History Archive.
Par Ivor Ichikowitz, fondateur et commissaire de l’Enquête auprès des jeunes africains.








