- 17 October 2026
- Updated 16h47
La BAD en Afrique : une puissance de feu historique de 11 milliards de dollars au service du continent
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- Max LIPORT
- 7 septembre 2026
- À la une L'Essentiel de l'Afrique
La Banque africaine de développement (BAD) franchit un nouveau cap. Sous l’impulsion de sa stratégie décennale (2024-2033), l’institution panafricaine basée à Abidjan consolide sa position de pivot financier majeur. Avec un volume d’engagements annuels stabilisé au niveau record de 11 milliards de dollars (environ 8,1 milliards d’Unités de Compte), la BAD transforme son modèle pour maximiser l’impact direct sur les populations à travers ses cinq grandes priorités, les fameux « High 5 ». Par Afrique Europe Business Magazine.
Face à la baisse des flux d’aide bilatérale occidentale, le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) s’impose plus que jamais comme le bouclier financier du continent. Lors de ses récentes réunions annuelles, l’institution a dévoilé un bilan opérationnel historique : 11 milliards de dollars de nouveaux financements approuvés et un niveau de décaissements sans précédent de 7,1 milliards de dollars, bénéficiant à 200 projets majeurs dans 50 pays africains.
Cette accélération est portée par la transition de gouvernance sous la présidence de Sidi Ould Tah et la reconstitution historique du Fonds africain de développement (FAD-17), qui a levé 11 milliards de dollars spécifiquement pour les 37 pays les plus fragiles du continent. Surtout, la BAD opère un virage stratégique majeur vers le secteur privé, dont les approbations ont atteint un montant inédit de 2,1 milliards d’Unités de Compte. Radiographie sectorielle d’une transformation à grande échelle.
Énergie et Électrification : éclairer l’Afrique (Light up Africa)Le déficit énergétique reste le premier goulot d’étranglement de l’économie africaine. La BAD en fait sa priorité absolue.
L’impact humain : Grâce aux projets soutenus par la Banque, plus de 5,4 millions de personnes supplémentaires ont obtenu un accès direct à l’électricité en un an.La transition verte : La BAD consacre désormais 5,5 milliards de dollars à l’action climatique. Elle co-pilote aux côtés de la Banque mondiale la « Mission 300 », le projet d’électrification le plus ambitieux du siècle visant à connecter 300 millions d’Africains d’ici 2030.
Agriculture et Agro-industrie : nourrir l’Afrique (Feed Africa) Face à l’urgence de la souveraineté alimentaire, la BAD finance la modernisation des campagnes africaines.
Le soutien aux producteurs : Plus de 8 millions d’agriculteurs ont bénéficié d’un appui technique et financier direct (semences résilientes, engrais, systèmes d’irrigation).
Sécurité alimentaire : Selon la Revue annuelle sur l’efficacité du développement (ADER), les programmes cumulés de la Banque ont permis à 103 millions de personnes de bénéficier d’une amélioration notable de leur sécurité alimentaire.
Industrialisation et Secteur Privé : industrialiser l’Afrique (Industrialize Africa) Pour briser le cycle de l’exportation brute de matières premières, la BAD injecte des capitaux dans la valeur ajoutée locale.
Le boom du secteur privé : Le guichet non souverain de la banque multiplie les garanties majeures pour stimuler les banques et industries locales, à l’instar des 332 millions de dollars engagés avec la Standard Bank en Afrique du Sud pour le financement des PME, ou de la garantie de 60 millions de dollars accordée à Equity Bank au Kenya.
Chaînes de valeur : Des complexes industriels majeurs, notamment dans les engrais au Maroc (Groupe OCP) et le traitement des minéraux critiques, reçoivent des lignes de crédit de marché pour densifier le tissu industriel régional.
Intégration Régionale : intégrer l’Afrique (Integrate Africa) L’entrée en vigueur de la Zlecaf nécessite de lourds investissements logistiques pour interconnecter les marchés.
Infrastructures de transport : Près de 121 millions de personnes profitent aujourd’hui de moyens de transport améliorés grâce aux routes et corridors financés par la BAD.
Le projet Lobito : Symbole fort de cette intégration, la BAD participe activement au financement du Corridor de Lobito, avec un prêt récent de 255 millions de dollars (complété par un don de 10 millions) pour connecter le rail entre la Zambie, la RDC et l’Angola.
Santé et Capital Humain : améliorer la qualité de vie (Improve the Quality of Life) Le bien-être social et l’employabilité de la jeunesse africaine constituent le dernier pilier de l’institution.
Services essentiels : Les projets de la BAD ont permis à plus de 5,4 millions de personnes d’accéder à l’eau potable, à 1,8 million de bénéficier de services d’assainissement améliorés et à 100 millions de personnes de profiter de prestations de santé modernisées.
Éducation et Jeunesse : Face au défi démographique, près de 3,2 millions de jeunes Africains ont accédé à des formations professionnelles ou technologiques grâce aux programmes d’infrastructures éducatives de la Banque.
L’envers du décor : le défi du déficit de garantie malgré ces indicateurs au vert, la BAD fait face à un défi systémique de taille. Comme le souligne sa direction lors du lancement de la plateforme NAFAD (North African Financing for Development), le continent fait face à un besoin annuel colossal de 400 milliards de dollars pour son développement. Or, il existe un déficit critique de garantie et d’assurance estimé entre 40 et 50 milliards de dollars par an, qui freine l’arrivée massive des investisseurs institutionnels privés.
Pour pallier ce manque, la BAD fait évoluer ses instruments financiers : les prêts classiques cèdent progressivement la place à des mécanismes de syndication et des garanties de crédit transférables. L’enjeu des prochaines années pour l’institution d’Abidjan ne sera pas seulement de prêter ses propres fonds, mais de réussir à lever, grâce à sa notation de crédit AAA, les capitaux privés mondiaux nécessaires pour combler le gouffre du financement africain.








