- 6 October 2026
- Updated 16h47
L’offensive financière de Pékin en Afrique : l’ère des projets « petits mais beaux »
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- Max LIPORT
- 7 septembre 2026
- À la une L'Essentiel de l'Afrique
La Chine redéfinit sa domination économique sur le continent africain. Après une période de transition post-Covid, Pékin est passé à la vitesse supérieure lors du dernier sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC). Avec une enveloppe record de 50,7 milliards de dollars (environ 360 milliards de yuans) mobilisée pour la période 2025-2027, le géant asiatique confirme son statut de premier partenaire commercial de l’Afrique, tout en délaissant les méga projets au profit d’investissements plus ciblés et durables. Par Afrique Europe Business Magazine.
Face à la concurrence des plans occidentaux comme le Global Gateway européen ou la réorientation des fonds français, la réplique de Pékin ne s’est pas fait attendre. La Chine a injecté près de 39 milliards de dollars en Afrique au cours des derniers mois, consolidant le continent comme le principal bénéficiaire mondial de sa gigantesque initiative des nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative).Ce pendant, la méthode change. L’époque des prêts pharaoniques accordés à des États surendettés pour construire des lignes de chemin de fer ou des aéroports géants s’efface au profit de la formule « small yet beautiful » (petit mais beau). Pékin privilégie désormais les investissements directs d’entreprises chinoises, le transfert de compétences et la transformation locale.Radiographie sectorielle d’une hégémonie en pleine mutation.
Infrastructures et Connectivité : le cœur historique bat toujours bien que plus ciblées, les infrastructures physiques restent le premier pilier de l’empreinte chinoise sur le continent.
Le bond des constructions : Sur les 39 milliards de dollars récemment investis, plus de 30,5 milliards de dollars sont alloués à des projets de construction spécifiques.
Le bilan d’une décennie : Depuis le lancement officiel des Routes de la soie en 2013, les entreprises chinoises ont modernisé plus de 10 000 kilomètres de voies ferrées, près de 100 000 km de routes, 1 000 ponts et une centaine de ports à travers le continent. Pour la période actuelle, Pékin a programmé la réalisation de 30 nouveaux projets majeurs d’interconnexion.
Mines et Énergie : la course effrénée aux minéraux critiques la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en matières premières indispensables à la transition technologique et automobile mondiale (lithium, cobalt, cuivre) reste une priorité absolue pour la Chine.
La domination extractive : La Chine contrôle plus de 50 % de la production mondiale et près de 87 % du raffinage des minéraux critiques. En Afrique, ses banques publiques (comme la China Development Bank) soutiennent des acquisitions massives d’actifs miniers, notamment en République démocratique du Congo (RDC), au Mali (mine de Goulamina) et en Tanzanie.
Virage vers l’énergie propre : Parallèlement au charbon historique, Pékin finance 30 projets d’énergie verte. Les investissements se multiplient dans le solaire (Botswana), l’hydroélectricité (Ouganda, Zambie) et les projets d’hydrogène vert en Égypte.
Industrialisation et Transformation locale : la nouvelle frontière pour répondre aux critiques des économistes africains sur le manque de valeur ajoutée locale, la Chine commence à implanter ses usines directement sur le continent.
Le modèle égyptien : Symbole de cette stratégie, le complexe sidérurgique géant de Xin Feng, implanté dans la Zone économique spéciale du canal de Suez en Égypte, représente un investissement projeté de 10 millions de tonnes d’acier par an pour un coût global de 10 milliards de dollars, visant à alimenter l’industrie automobile.
ZSE régionales : D’autres zones économiques spéciales (ZSE) se développent rapidement, notamment à la frontière entre la RDC et la Zambie, pour traiter les minerais sur place avant exportation.
Agriculture et Modernisation des campagnes la sécurité alimentaire et le commerce agricole bilatéral montent en puissance dans les accords sino-africains.
Zéro barrière tarifaire : Pékin a supprimé 100 % des droits de douane pour les produits en provenance de 33 pays africains moins avancés (PMA), dopant les importations de produits agricoles depuis le Kenya, la Tanzanie ou le Togo.Transfert de technologies : Des centres de démonstration technique agricole reçoivent des financements pour introduire des variétés de riz hybride résistant à la sécheresse et former les exploitants locaux.
Le piège de la dette ou partenariat souverain ? La structure des financements chinois continue d’alimenter les débats géopolitiques occidentaux.
La ventilation des 50,7 milliards de dollars du plan triennal actuel est révélatrice : 30 milliards de dollars sont accordés sous forme de lignes de crédit, 10,7 milliards en aide au développement et 10 milliards en incitations pour l’investissement des entreprises privées chinoises. Si les pays africains apprécient la rapidité d’exécution chinoise et l’absence de conditionnalités politiques directes (contrairement aux exigences de l’UE ou des institutions de Bretton Woods), le fardeau de la dette demeure lourd. La Chine reste le plus grand créancier bilatéral du continent. Des pays comme le Kenya (8 milliards de dollars de dette envers la Chine) ou le Nigeria (plus de 5 milliards) doivent désormais allouer une part considérable de leurs recettes fiscales au service de cette dette. Pour apaiser ces tensions, Pékin a intégré à sa stratégie des reports de paiement de dette et soutient désormais la création d’une agence de notation financière panafricaine autonome.








