Budget de l’État (2026) : 8 816,4 milliards de FCFA.
Dette publique : 44,3 % du PIB au premier trimestre 2026.
Moteur régional : Plus de 44 % du PIB de la zone CEMAC.
Arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982 et pleinement aux commandes au long de l’année 1983, Paul Biya dirige le Cameroun depuis plus de quarante ans. Cette longévité politique exceptionnelle coïncide avec une transformation profonde du pays, qui a navigué entre les crises macroéconomiques mondiales, les programmes d’ajustement structurel des années 1990 et l’ambition affirmée de moderniser l’économie à l’horizon 2035.
À l’heure où le budget 2026 franchit la barre symbolique des 8 816 milliards de FCFA, quel est le bilan économique exact de cette trajectoire au cœur de la CEMAC ?
1. L’état de l’économie camerounaise : radioscopie d’une transition
L’économie camerounaise reste la plus diversifiée d’Afrique centrale, mais elle porte les stigmates d’une mutation historique : le passage d’une hégémonie de la rente pétrolière à une économie axée sur les services et l’agriculture de diversification.
Le secteur primaire (~17 % du PIB) : Porté par l’agriculture vivrière et d’exportation. Le cacao, en particulier, a profité de la flambée des cours mondiaux, hissant le pays au premier plan, bien que la hausse des coûts de production pèse sur la balance.
Le secteur secondaire (~25 % du PIB) : La grande bascule réside dans l’essoufflement du pétrole brut — dont la production est passée d’un pic de 180 000 barils/jour dans les années 1980 à environ 58 000 barils/jour — désormais compensé par l’essor du gaz naturel liquéfié (GNL) et de l’agroalimentaire.
Le secteur tertiaire (~54 % du PIB) : Véritable moteur de la croissance, il est largement dominé par les télécommunications, les services financiers et les transports.
Malgré un PIB nominal estimé à 58,9 milliards de dollars en 2025 et une croissance maintenue à 3,5 % pour 2026, le pays fait face à un déficit commercial structurel, les importations de produits finis et de carburants (en raison des déboires de la SONARA) pesant sur les comptes extérieurs.
2. Bilan, réalisations et financements des projets par région
Sous l’impulsion de grands plans d’infrastructures financés par des partenariats mixtes (multilatéraux comme la Banque mondiale ou la BAD, bilatéraux avec la Chine et la France, et marchés obligataires de la BEAC), le territoire a été profondément redessiné.
Région / Zone
Secteur Clé
Réalisations Phares & Projets en Cours
Mode de Financement Principal
Littoral / Centre
Industrie & BTP
Port en eau profonde de Kribi, Autoroute Yaoundé-Douala, Barrage de Nachtigal (420 MW)
EximBank Chine, bailleurs internationaux, PPP
Nord / Extrême-Nord
Agricole & Énergétique
Aménagements hydro-agricoles de Lagdo, relance cotonnière (Sodecoton)
BAD, agences de développement arabes, budget autonome
Sud / Est
Minier & Forêt-Bois
Exploitation du cobalt de Mbalam, barrage de régulation et centrale de Lom Pangar
Investisseurs privés internationaux, BEI
Ouest / Nord-Ouest
Agro-industrie
Bassins de production café-cacao, routes de désenclavement agricole
Fonds Européen de Développement (FED), BIP
Focus sectoriels :
Éducation et Santé : Le nombre d’universités d’État est passé de 1 à plus de 10 au fil des décennies, tandis que des hôpitaux de référence ont vu le jour (à Yaoundé et Douala), bien que des disparités subsistent entre métropoles et zones rurales.
Industrie : La mise en service progressive des infrastructures énergétiques (Nachtigal, Memve’ele) vise à combler le déficit électrique qui freine l’appareil manufacturier.
3. Dette publique : la maîtrise des équilibres
La question de la dette a longtemps pesé sur l’histoire économique du pays, marquée par le choc des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) dans les années 1980-1990, avant l’allègement décisif de l’initiative PPTE en 2006.
Encours global et PIB : Au premier trimestre 2026, la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) atteste d’une dette publique établie à 44,3 % du PIB, un ratio très inférieur au seuil critique de convergence de la CEMAC (fixé à 70 %).
Structure : L’administration centrale concentre 93,6 % des engagements, les entreprises publiques 6,2 %, et les collectivités locales 0,2 %.
Dette intérieure : Un signal fort a été donné à l’économie domestique avec l’apurement de plus de 60 % de la dette flottante historique accumulée sur les dix-neuf dernières années, effectif à mi-2026, ce qui insuffle de nouvelles liquidités aux PME locales.
4. Gouvernance et cap de la décennie 2030
La gouvernance de Paul Biya, qualifiée tour à tour de pragmatique par ses partisans et de centralisée par ses détracteurs, fait face au défi de la transition économique. L’État tente de contenir les tensions sur le pouvoir d’achat en augmentant le budget d’investissement, qui atteint près de 8 816 milliards de FCFA en 2026 (en hausse de 14 %).
Les chantiers phares en cours :
L’achèvement du réseau autoroutier : Poursuite des phases de l’axe Yaoundé-Douala pour fluidifier les corridors logistiques.
Le complexe portuaire de Kribi (Phase 2) : Extension des terminales à conteneurs pour s’imposer comme le hub transitaire de référence en Afrique centrale.
La relance énergétique : Optimisation de l’offre hydroélectrique pour stimuler la transformation locale des matières premières (bois, cacao, coton) au détriment de l’exportation brute.
Avis d’expert : Quatre décennies après son accession au pouvoir, Paul Biya laisse en héritage un Cameroun structurellement résilient et doté d’infrastructures lourdes incontestables. Le défi cardinal des années à venir réside désormais dans une diversification hors-hydrocarbures audacieuse et la concrétisation d’une croissance pleinement inclusive, capable d’absorber une jeunesse démographiquement bouillonnante.
Suggestion de visuel d’illustration :Une vue aérienne moderne et lumineuse du port en eau profonde de Kribi au coucher du soleil, symbolisant l’ouverture commerciale et la puissance industrialo-portuaire du Cameroun