Du vert au noir
Matteo Salvini fait son entrée en scène le 7 décembre 2013. Avec plus de 80% des votes, il remporte les élections primaires au sein de la Ligue du Nord, devançant largement son mentor et fondateur du parti Umberto Bossi, âgé de 73 ans. Cheveux courts et barbe de 10 jours, ce Milanais de 42 ans révolutionne dès son arrivée l’image de la Lega. Le costard-cravate a été remplacé par des sweats colorés sur lesquels le nouveau secrétaire général fait coudre, tout à tour, le nom des régions qu’il visite. « Lombardia » , « Veneto » , « Romagna »… les fiefs historiques de la Ligue du Nord.
Et le changement n’est pas que vestimentaire. Le discours politique évolue également, passant métaphoriquement du vert (la couleur traditionnelle de la Ligue du Nord) au noir de l’extrême droite. Fraîchement élu à la tête du parti, ce journaliste de profession donne immédiatement le ton dans un article paru sur les pages de la Padania (le journal du parti) : « Au niveau international, la priorité est d’en finir avec l’euro et de réformer l’Europe. Je dis ‘oui’, donc, aux alliances avec ceux qui ne sont pas des ‘euro-cons’ : les Français de Le Pen, les Néerlandais de Wilders, les Autrichiens de Mölzer, les Finlandais… en somme, avec ceux qui soutiennent l’Europe des patries » . Dans l’hémicycle de Strasbourg, où il siège depuis 2004, il rêve d’un groupe commun avec ses collègues eurosceptiques, sans y parvenir. Comme eux, il demeure membre du groupe des « Non inscrits » .
Le flirt avec l’extrême droite ne s’arrête pas au Parlement européen. A l’occasion des manifestations de la Lega en Italie, les amis du Front national ne manquent pas de lui apporter leur soutien. Le 28 février dernier, lors de l’un de ses meetings à Rome, Marine Le Pen lui a même fait parvenir un message vidéo sur le sujet : « Pourquoi le multiculturalisme est-il le cheval de Troie de l’Etat Islamique ? » . Un discours très applaudi par des milliers de militants venus dans la capitale pour écouter Matteo Salvini. En Italie, son rapprochement avec les formations nationalistes s’accompagne d’un changement de bouc émissaire au sein de sa politique intérieure.
Il y a encore dix ans, les discours des élus de la Lega tournaient autour d’un seul mot : « terrone » , ce terme négatif utilisé pour désigner les habitants du sud de l’Italie, accusés par la Ligue de profiter du système. A l’heure où Matteo Salvini tient les rênes du parti, ce mot disparaît peu à peu des déclarations officielles. L’Union européenne et l’euro prennent la place du Mezzogiorno italien. « L’euro est un crime contre l’humanité » , lance-t-il pour rassembler le mécontentement de tous les Italiens. Car Matteo Salvini veut séduire aussi dans le Sud, où la Ligue du Nord a rarement mis les pieds. Pour y parvenir, il lance un nouveau projet politique « Nous avec Salvini » , l’alter ego de la Lega au sud de Rome. Mais le parti peine à s’imposer. Si aux élections européennes de 2009, à son apogée, la Ligue réalise un score de 10% et devient le premier parti dans certaines régions du Nord, en 2014, seuls 6,2% des électeurs votent pour le Carroccio, et dans le Sud le parti ne dépasse pas le cap des 2%.
Un seul mot d’ordre : communication
Mais Matteo Salvini ne désespère pas et demeure convaincu que la transformation de la Lega Nord est possible. Il s’investit à 100% dans une nouvelle campagne de communication et se montre plus proche des citoyens au Nord comme au Sud.
Entré dans le parti à l’âge de 17 ans, le jeune Matteo n’a jamais eu le temps de terminer sa formation universitaire. Il demeure inscrit à la Faculté d’histoire de Milan pendant 16 ans, mais il n’obtiendra jamais son diplôme. « L’indépendance de la Padanie arrivera avant la fin de mes études ! » , plaisante-t-il lorsqu’il est élu pour la première fois au Parlement de Rome en 2008. L’échec universitaire ne lui fait pas défaut, au contraire, il en joue pour prendre ses distances avec les technocrates surdiplômés qu’il renie. « Quand je pense à Mme Fornero, je me dis que ce n’est pas plus mal de pas avoir mon diplôme ! » , lance-t-il lors d’un débat télévisé en faisant référence à une ancienne ministre de l’impopulaire gouvernement Monti.







