Le jeudi 13 novembre, le Salon des industries musicales d’Afrique francophone (SIMA) a lancé sa deuxième édition à Cotonou. 3 ans après une première édition ivoirienne, l’événement a choisi pour destination le Bénin.
« Ici au Bénin, on ne peut pas encore parler d’industrie. Mais ce qui me marque c’est l’énergie. Les artistes, le public et tout le secteur musical au Bénin dégagent une énergie incroyable ». Pour Pit Baccardi, légende du rap français devenu producteur et cofondateur du SIMA, cette première journée comble toutes les attentes du côté des organisateurs.
Une foule de participants était présente dans la matinée du jeudi 13 novembre pour cette première journée de l’événement. Les participants, artistes, professionnels de la musique, ou simples fans, venus de divers pays, ont pris d’assaut le dôme du Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa qui accueillait l’événement. « C’est incroyable, on a accès à des personnes qu’on ne voyait qu’à la télévision. J’ai pu voir Pit Baccardi et l’Ivoirien Shadocris et on a entendu que d’autres stars devraient aussi être là », nous confie un fan enthousiaste. Effectivement, avant les premiers panels, l’heure est au réseautage, même pour les artistes. Pourtant, derrière les sourires, les prestations attendues et les effusions, un enjeu capital occupe les esprits.

Pit Baccardi (centre)
Un potentiel à monétiser
Pour cette édition, le thème choisi par le SIMA est : « Faire rayonner et financer les musiques d’Afrique francophone : Du potentiel aux preuves ». Avant même le début des panels de la journée, sur la place de la musique dans les industries créatives et culturelles en Afrique et le rôle des médias dans les industries musicales, les organisateurs et différents partenaires sont unanimes.
Pour William Codjo, directeur général de l’Agence de Développement des Arts de la Culture du Bénin, « il faut voir comment générer toute une économie à partir de ce potentiel créatif que nous avons en Afrique francophone, notamment dans le secteur de la musique ». Pour lui, le potentiel et le talent existent, mais « une industrie, c’est une chaîne de valeur et pour produire de la richesse elle doit être financée. C’est comme dans tous les secteurs. Il faut semer pour espérer récolter », a-t-il ajouté.
« L’Afrique regorge de talents, pourtant on ne bénéficie pas du même rayonnement que nos amis occidentaux. Je pense que ce manque de rayonnement est dû au manque de financement. On est obligé de faire ce genre d’événements, d’avoir ce type de cellule de réflexion pour trouver des solutions et des perspectives pour créer une économie dans ce secteur d’activité », explique Pit Baccardi. Il prévient néanmoins, « il ne faut pas attendre les résultats dès le lendemain du SIMA, mais sur le long terme ».
C’est également le point de vue de nombreux autres acteurs, présents à cette première journée du SIMA. Par exemple, pour Lionel Talon, promoteur du Centre Communautaire Eya, partenaire de l’événement, le travail sur le long terme avec les jeunes est très important. « Quand le commissaire général du SIMA, monsieur Mamby Diomandé, a exprimé sa volonté d’organiser la 2e édition du SIMA au Bénin, il était naturel pour nous au Centre Communautaire Eya de trouver comment se joindre à l’initiative. Nous essayons déjà au sein du centre de faire ce qu’on peut avec l’organisation de classes autour des métiers de la musique, mais je pense que le SIMA nous permet d’aller plus loin dans la professionnalisation des jeunes qui veulent se lancer dans ce secteur », a-t-il détaillé. Justement, avant même la première journée de l’événement, le SIMA a fait un geste fort en direction des jeunes artistes béninois en organisant du 10 au 12 novembre une résidence artistique.
De jeunes talents à faire progresser
Avant le début officiel du SIMA, les organisateurs de l’événement ont offert une résidence artistique à de jeunes musiciens béninois. La partie créative a été dirigée par deux stars à l’échelle régionale : les Ivoiriens Kikimoteleba et Shadocris. « Je suis très engagé dans le partage de culture, donc c’était vraiment intéressant pour moi de venir au Bénin partager mon expérience et apprendre. Aussi, en tant qu’artistes, on apprend toujours les uns des autres même si certains peuvent penser le contraire à propos de ceux qui sont arrivés à un certain niveau. C’est surtout le cas avec les artistes de la nouvelle génération. Il y a toujours quelque chose qu’ils peuvent t’apprendre. C’est aussi dans la dynamique de collaboration en vogue actuellement en Afrique, marquée par le récent événement au Nigeria [de nombreux artistes d’Afrique francophones étaient en mars dernier à Lagos pour l’événement BridgeAfric, NDLR] », explique Shadocris.

« On s’inspire de tout et rien ne dit que notre passage ici ne nous donnera pas des envies de faire des titres ici avec des sonorités locales », ajoute son compatriote Ivoirien Kikimoteleba. Les titres produits pendant la résidence artistique seront présentés durant le SIMA. Le but de cette seconde édition semble clairement de susciter un effet boule de neige en stimulant la partie créative avant de professionnaliser les artistes et le secteur pour créer un écosystème réglementé et rentable pour les artistes.
« Depuis 2024, l’Afrique subsaharienne a franchi la barre des 100 millions $ de revenus dans le secteur de la musique, mais l’Afrique francophone ne représente pas la moitié des revenus générés. Ces revenus sont surtout générés dans la partie anglophone du continent. Il est temps de changer de paradigme, ou tout au moins d’augmenter la part de la partie francophone », explique Mamby Diomandé, commissaire général du SIMA. Et pour lui, comme pour tous les acteurs présents à l’événement, cela passe par la structuration du secteur, la professionnalisation des talents, mais aussi une amélioration de la réglementation, notamment dans des domaines comme le droit d’auteur. Heureusement, de nombreux spécialistes de ces différentes questions seront présents au SIMA.







