
Après une année 2025 relativement tranquille sur le plan électoral, 2026 s’annonce intense avec des scrutins majeurs prévus dans onze des vingt-sept États membres de l’UE. Certaines élections confirmeront des tendances observées au sein des forces politiques nationales tandis que d’autres pourront bousculer les équilibres européens.
Du Portugal à la Slovénie, en passant par l’Allemagne, Toute l’Europe dresse la liste des temps forts politiques à suivre.
Janvier : un renouveau présidentiel au Portugal 🇵🇹
Dimanche 18 janvier, les Portugais ont voté au premier tour pour élire leur nouveau président de la République. La succession du président conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, élu en 2016 puis réélu en 2021, s’annonce très disputée. Arrivé au terme de ses deux mandats consécutifs, le dirigeant de 77 ans ne peut pas se représenter. Dans ce contexte, l’élection apparaît particulièrement ouverte et le résultat indécis, une situation très rare dans la vie politique portugaise.
Près de 11 candidats prétendaient à sa succession mais d’après les sondages, quatre candidats se détachent et pourraient accéder au second tour, prévu le 8 février : le dirigeant du parti d’extrême droite Chega, André Ventura ; l’ex chef des armées Henrique Gouveia e Melo ; le candidat soutenu par le gouvernement de droite actuellement au pouvoir, João Cotrim de Figueiredo et un ancien secrétaire général du Parti socialiste, António José Seguro.
Lors de ce premier tour, le socialiste António José Seguro est arrivé en tête du scrutin avec 31 % des votes, suivi par le leader d’extrême droite André Ventura, qui a récolté 23,5 %. C’est la première fois depuis 1986 qu’une élection présidentielle se décidera lors d’un second tour au Portugal. Le scrutin final se tiendra le 8 février.
Mars : des scrutins en Slovénie et en France
En mars 2026, les Français et les Slovènes voteront simultanément : les premiers pour élire leurs nouveaux représentants communaux, les seconds pour désigner leurs représentants au niveau national.
En France : des élections municipales 🇫🇷
Un an avant le scrutin présidentiel de 2027, ces élections locales organisées les 15 et 22 mars 2026 seront particulièrement scrutées.
Lors des élections municipales de 2020, le Rassemblement national (RN) avait vu reculer son nombre de sièges dans les conseils municipaux français. Il était toutefois parvenu à remporter la majorité à Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitants, et à consolider ses positions dans ses fiefs historiques, sans pour autant élargir significativement son ancrage local. À l’inverse, le Parti socialiste, Les Républicains et Horizons avaient tiré parti de leur maillage territorial pour maintenir leur influence, tandis que les Verts avaient bénéficié d’une dynamique favorable dans les grandes villes.
Les quelque 30 000 scrutins de mars 2026 se dérouleront dans un cadre bien différent de celui de 2020, marqué par la pandémie de Covid-19. Dans un contexte d’instabilité parlementaire depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 et de vives tensions budgétaires, les cartes sont rebattues.

En Slovénie : des élections législatives 🇸🇮
Les prochaines élections législatives slovènes se dérouleront le 22 mars 2026, a annoncé la Présidente slovène, Natasa Pirc Musar. Elles désigneront un nouveau gouvernement, jusqu’alors mené par Robert Golob et le Mouvement de la liberté, parti de centre-gauche. Selon les sondages, le Parti démocratique, principale formation d’opposition de centre droit, pourrait arriver en tête lors de ce scrutin.
Toutefois, la formation d’un gouvernement pourrait s’avérer difficile, car plusieurs nouveaux petits partis auront leur mot à dire. À l’issue du scrutin, l’assemblée disposera de trente jours pour désigner un Premier ministre, qui devra obtenir le soutien de la majorité des parlementaires.
Avril : des élections législatives hongroises scrutées de part et d’autre de l’Europe 🇭🇺
En avril, tous les regards seront braqués vers la Hongrie où Viktor Orbán, pouvoir depuis 2010, ambitionne de prolonger son contrôle sur le pays pour un nouveau mandat de quatre ans. Le dirigeant du parti Fidesz devra toutefois affronter une opposition renforcée, incarnée par Péter Magyar. À la tête du parti Tisza et actuellement en tête des sondages pour les élections législatives depuis plusieurs mois, ce député européen de quarante ans cherche à rallier les électeurs mécontents de la situation économique du pays.
Si les deux candidats n’affichent pas de grandes divergences sur des questions de société telles que les droits des personnes LGBTQ+ ou l’immigration, Péter Magyar plaide vigoureusement en faveur de l’amélioration du pouvoir d’achat des Hongrois, aujourd’hui l’un des plus faibles d’Europe. Il défend également de meilleures relations avec Bruxelles, qui conditionne toujours le versement de plusieurs millions d’euros au titre du Fonds de cohésion au respect de l’État de droit. Un changement de leadership dans ce pays fidèle allié des États-Unis et régulièrement opposé à la dynamique entretenue par les Vingt-Sept pourrait remanier les équilibres politiques au sein du Conseil européen à un moment crucial pour l’avenir de l’Ukraine.
Septembre : des élections générales décisives en Suède 🇸🇪
Le 13 septembre 2026, les Suédois voteront lors des élections générales destinées à renouveler les 349 sièges du Riksdag, la chambre unique du Parlement. Les députés élus y siégeront pour quatre ans et auront ensuite la responsabilité d’élire le Premier ministre.
Selon les estimations d’Indicator Opinion réalisés en décembre 2025, le parti social-démocrate suédois des travailleurs au pouvoir (SPA), actuellement à la tête de l’État, est largement en tête des sondages.
Octobre : des élections au Danemark et en Lettonie
Au Danemark : des élections générales 🇩🇰
Après des élections municipales mouvementées en 2025 pour le parti au pouvoir (Social-démocratie), le Danemark se prépare pour des élections législatives décisives en 2026. Les Danois seront appelés aux urnes en octobre, mais la date exacte reste encore inconnue. Les récents événements géopolitiques, notamment autour de l’avenir du Groenland, pourraient être au cœur de la campagne.
Pour rappel, la formation de Mette Frederiksen, Première ministre depuis 2019, avait terminé en tête des élections législatives anticipées du 1er novembre 2022, réalisant son meilleur score depuis 2001. Toutefois, les récents sondages indiquent que le parti Social-démocratie subit un net recul, bien que demeurant toujours en tête des intentions de vote.
En Lettonie : des élections législatives sous menace d’interférences russes 🇱🇻
En Lettonie, les élections qui se tiendront le 3 octobre 2026, détermineront qui succèdera à l’actuelle coalition de centre-droit, menée par la Première ministre Evika Silina.
Son parti est en recul dans les sondages, ayant perdu 7 points depuis les dernières élections législatives qui l’avaient porté au pouvoir. En tête figure aujourd’hui la formation conservatrice d’extrême droite et eurosceptique National Alliance (NA), créditée de 20 %, talonnée par Lettonie d’abord (LPV), un parti populiste membre du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen.
Marquée par un paysage politique fragmenté entre le centre-droit et la présence de plusieurs partis représentant la minorité russophone, la Lettonie pourrait être la cible potentielle d’interférences russes lors des élections. Le parti populiste LPV, très haut dans les sondages, s’est à de nombreuses reprises démarqué pour ses prises de position pro-russes, notamment sur le conflit en Ukraine.
Des élections d’ici décembre
En Bulgarie : élections présidentielle et législatives 🇧🇬
Après la démission du gouvernement de Rosen Zheliazkov en décembre 2025, juste avant l’adoption effective de l’euro le 1er janvier 2026, la Bulgarie s’achemine vers des élections législatives anticipées dans les prochains mois. Le 16 janvier 2026, la troisième tentative visant à former un gouvernement a encore échoué. La Constitution bulgare prévoit des élections dans les deux mois suivant la formation d’un gouvernement intérimaire.
En parallèle, des élections présidentielles sont prévues d’ici novembre 2026. Dans le système politique du pays, le chef de l’État dispose principalement de pouvoirs de représentation et de véto limités. Roumen Radev, à la tête de l’État depuis deux quinquennats, devra ainsi laisser sa place.
En Estonie : élection présidentielle 🇪🇪
En Estonie, le président de la République est élu pour un mandat unique de cinq ans, non renouvelable consécutivement. Alar Karis, biologiste de formation et proposé conjointement par le Parti de la réforme et le Parti du centre, occupe la fonction depuis octobre 2021 ; son mandat expire le 11 octobre 2026 et une élection est attendue à l’automne pour élire son successeur.
Élu au scrutin indirect par les députés estoniens, le Président de la république dispose d’un rôle avant tout honorifique, le Premier ministre étant le dépositaire du pouvoir exécutif. Pour être élu, il doit recueillir au moins deux tiers des voix des parlementaires du Riigikogu, soit 68 sur 101.
Dans ce pays balte, à la frontière de la Russie, chaque scrutin est désormais surveillé en raison de la prolifération des interférences étrangères.
Des élections régionales en Espagne et Allemagne
Espagne 🇪🇸
Entre mars et juin 2026, les électeurs d’Aragon, de Castille et Léon et d’Andalousie (la plus grande région d’Espagne par sa taille et sa population) seront convoquées aux urnes. Ces élections seront des tests cruciaux non seulement pour le Parti socialiste (PSOE), mais aussi pour le Parti populaire (PP), l’opposition de centre-droit, tous deux secoués par des scandales de corruption.
La défaite cuisante des socialistes lors des dernières élections régionales en Estrémadure, autrefois bastion du parti, a déjà confirmé certaines tendances. Le PSOE a recueilli 25,7 % des voix, son plus mauvais score dans la région, tandis que le Parti populaire (PP) s’est imposé avec 43 % des suffrages. Le parti d’extrême droite Vox, de son côté, a plus que doublé son résultat précédent pour atteindre 17 %.
Alors que les prochaines élections générales doivent avoir lieu à l’été 2027, le chef de file du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, s’est dit ouvert à des accords ponctuels avec Vox pour faire voter des lois s’il accédait au pouvoir.
Allemagne 🇩🇪
Plusieurs Länder allemands se préparent à organiser des élections régionales : en mars, elles auront lieu dans le Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, puis en septembre en Saxe-Anhalt, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
Les scrutins de septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt revêtent une importance particulière. Une éventuelle victoire de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, affiliée au groupe Europe des nations souveraines au Parlement européen) pourrait ouvrir la voie à la formation de gouvernements régionaux dirigés par le parti d’extrême droite, lui conférant ainsi le contrôle de domaines clés tels que l’éducation, la police ou les services de renseignement régionaux.
En l’absence d’une majorité absolue de l’AfD, les autres forces politiques seraient contraintes de s’allier pour constituer une majorité. Officiellement, la CDU (Union chrétienne-démocrate) s’est toujours refusée à coopérer aussi bien avec la gauche radicale Die Linke (GUE/NGL) qu’avec l’AfD. Mais la nécessité de bâtir une coalition pourrait raviver le débat interne sur la pertinence du « cordon sanitaire », même si la perspective d’une alliance alternative pourrait, pour les conservateurs, simplifier les calculs politiques.








