- 23 October 2026
- Updated 16h47
Uranium au Niger : La fin d’un monopole, le grand chambardement géopolitique
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- Max LIPORT
- 4 septembre 2026
- À la une L'Essentiel de l'Afrique
C’est un séisme géopolitique et économique qui redessine la carte énergétique entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe. Longtemps perçu comme le symbole d’une dépendance post-coloniale, le secteur de l’uranium nigérien vit une mutation historique. Entre nationalisations, bras de fer judiciaire avec la France et redéploiement des partenariats, plongée au cœur d’une bataille stratégique aux enjeux colossaux.
Le crépuscule d’une ère : la rupture avec la France
Pendant plus d’un demi-siècle, l’histoire de l’uranium nigérien s’est confondue avec celle de la France. Du nord d’Arlit jusqu’aux réacteurs nucléaires hexagonaux, le combustible alimentait une relation privilégiée mais profondément contestée.
La dynamique s’est brutalement inversée à la suite des schimbements politiques de juillet 2023. Le nouveau pouvoir à Niamey a fait de la souveraineté sur les matières premières son mantra, menant à la nationalisation de la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR) – exploitée historiquement par le géant français Orano – intervenue en juin 2025.
Accusé d’ »expropriation » par le groupe français, qui a immédiatement riposté sur le terrain juridique international (notamment devant le CIRDI), le Niger a toutefois entrouvert la porte à un règlement partiel. Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a ainsi affirmé sa disposition à restituer à la France sa quote-part historique sur les stocks produits avant la nationalisation (calculée sur l’ancienne base des 63,4 % qu’Orano détenait dans la SOMAÏR, face aux 36,6 % de l’État nigérien via la Sopamin). Tout ce qui a été produit après cette date est, en revanche, proclamé strictement nigérien.
Volumes et pourcentages : la nouvelle donne des parts de marché
Au-delà du contentieux, les chiffres du marché révèlent la place critique qu’occupe le sous-sol nigérien dans l’appareil électronucléaire mondial :
1,6 % à 2 % : C’est la part du Niger dans la production minière mondiale d’uranium brut, un volume qui a connu des soubresauts importants en raison des arrêts d’exportation et des blocages administratifs de ces derniers mois.
40 % : Le taux de participation actionnariale désormais exigé et arraché par l’État nigérien dans la réorganisation de ses nouveaux partenariats miniers (notamment à travers la création de structures étatiques comme la TSUMCO SA pour reprendre le flambeau).
Le poids historique d’Orano : 63,4 % des actifs de la SOMAÏR sur lesquels se cristallisent les arbitrages financiers actuels.
Niamey refuse désormais de brader ses ressources et diversifie ses canaux de distribution en plaçant directement sa production sur le marché international ouvert.
La place de l’Europe : entre diversification et pragmatisme
Si la France perd son hégémonie directe sur l’extraction physique, l’Union européenne, quant à elle, observe le dossier avec une acuité toute particulière. Historiquement, le Niger représentait l’un des tout premiers fournisseurs de l’UE en uranium naturel (couvrant parfois près d’un quart des besoins des services publics européens).
Face aux tensions géopolitiques et à la volonté de sécuriser leur approvisionnement en dehors de la sphère d’influence exclusive de Moscou ou de dépendre uniquement de quelques acteurs, les Vingt-Sept naviguent à vue. Des contrats de fourniture stratégiques à moyen terme continuent de se négocier au niveau international. L’objectif pour Bruxelles est clair : maintenir l’accès au yellowcake nigérien par des accords d’achat directs ou par le biais d’intermédiaires, quitte à contourner le canal français traditionnel.
« L’ère des accords léonins est définitivement révolue », répètent en boucle les autorités de Niamey.
En voulant s’affranchir de ses tutelles historiques et en ouvrant son marché à de nouveaux enchérisseurs, le Niger redéfinit les règles du jeu minier africain. Une transition âpre, jalonnée de tribunaux arbitraux, mais qui démontre que l’uranium du Sahel pèse lourd dans l’échiquier énergétique mondial.
Quel aspect de cette transition énergétique et diplomatique aimeriez-vous approfondir, la stratégie juridique d’Orano ou l’impact économique pour l’État nigérien ?








