Mario Soares naît le 7 décembre 1924 à Lisbonne. Etudiant, il s’engage dans la lutte contre le régime autoritaire de l’ « Estado Novo » .
Après avoir adhéré en 1943 au MUNAF, le Mouvement d’unité national anti-fasciste, Mario Soares s’illustre au sein de divers partis qui contribuent à déstabiliser l’ « Estado Novo » , dont le Mouvement de jeunesse du MUD (Mouvement d’unité démocratique) qu’il a fondé en 1946.
A partir de 1957, Mario Soares exerce, parallèlement à son activité d’opposant, la profession d’avocat, ce qui lui permet de défendre de nombreux prisonniers politiques et de mettre en lumière le rôle joué par la PIDE, la police politique du régime de Salazar.
Arrêté 13 fois par celle-ci, incarcéré pendant près de trois ans pour délit d’opinion, il est déporté, sans jugement, dans une colonie portugaise en 1968.
En 1970, il décide de s’exiler et part pour la France. Il y devient professeur d’université (à la Sorbonne et à Vincennes) et ne reviendra au Portugal qu’après la « Révolution des Oeillets » du 25 avril 1974.
Après avoir été envoyé dans les capitales européennes pour obtenir la reconnaissance du nouveau régime démocratique portugais, Mario Soares occupe le poste de ministre des Affaires étrangères de 1974 à 1975. Pendant cette période, il amorce avec succès le processus d’indépendance des colonies portugaises. Il est élu député en 1975 et sera présent dans toutes les assemblées législatives jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1986.
Mario Soares participe également à la mise en place de l’opposition politique au régime. Fondateur de l’Action socialiste portugaise en 1964, il collabore, en 1973, à la création du Parti socialiste portugais, dont il devient un an plus tard le secrétaire général, jusqu’en 1986. Il assiste à de nombreuses réunions de l’Internationale socialiste, qui lui donnent l’occasion de nouer contact avec plusieurs responsables des partis socialistes européens. Il en est le vice-président de 1976 à 1986. Il représente également le Portugal à la Ligue internationale des droits de l’homme.
L’adhésion à la CEE
Mario Soares accède à la présidence du gouvernement de 1976 à 1978 puis de 1983 à 1985. Pendant l’exercice de ses fonctions, il entame le redressement de l’économie portugaise et initie le processus d’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), en entamant les négociations en 1977. En outre, les gouvernements Soares mettent en place la réforme du secteur agricole portugais afin de le rendre plus compétitif vis-à-vis de ses partenaires européens.
En 1983, réélu au poste de député, il mène l’économie portugaise sur la voie de la rigueur budgétaire, ce qui permettra, à plus ou moins long terme, de faciliter l’entrée du Portugal dans le Marché commun et d’atténuer le choc économique entraîné par celle-ci.
En 1986, sa volonté d’ancrer le Portugal à l’Europe, déjà très forte au temps de l’opposition au régime salazariste, se voit enfin récompensée : le 1er janvier, le Portugal entre officiellement dans la CEE.
L’ouverture complète au Marché commun industriel et agricole doit s’effectuer après une période transitoire de 10 ans pour le Portugal. En 1992, après la réélection triomphale du chef de l’Etat, le Portugal exerce pour la première fois de son histoire la présidence du Conseil des ministres tandis que l’économie portugaise affiche un faible taux de chômage et une croissance vigoureuse : le « pari européen » de Mario Soares, dont l’issue semblait incertaine 15 ans auparavant, est désormais gagné.
Son action après son mandat présidentiel
La fin de son mandat présidentiel en 1996 lui permet d’intensifier son activité au niveau international et européen. De 1997 à 1999, il est responsable du Mouvement européen international et de 1997 à 1998, président du comité des sages du Conseil de l’Europe. En 1999, il est élu député au Parlement européen sur la liste du parti socialiste portugais. En outre, Mario Soares est membre de la commission des affaires étrangères, des droits de l’homme, de la sécurité commune et de la politique de défense.
Ayant reçu de nombreuses distinctions, il a été notamment récompensé par le Prix international des droits de l’Homme en 1977, le Prix Robert Schuman en 1987 et le prix Simon Bolivar en 1998.
Il a créé, en 1991, la Fondation Mario Soares, dont il a été le président. Celle-ci a pour fonction de réaliser, promouvoir et parrainer les actions de formation à caractère culturel, scientifique et éducatif dans les domaines des droits de l’homme, de la science politique et des relations internationales.
Une figure emblématique de l’histoire portugaise s’est éteinte
Le 7 janvier 2017, le père sentimental du Portugal, Mario Soares, est décédé à l’âge de 92 ans, des suites d’un profond coma. Le monde politique européen a multiplié les hommages envers celui qui est considéré comme le père de la démocratie au Portugal.
Le parti socialiste européen, les présidents du Parlement et de la Commission européenne ainsi que le président français, François Hollande, ont exprimé leur tristesse et ont salué l’engagement de l’ancien chef d’Etat pour la liberté. Afin d’honorer sa mémoire, trois jours de deuil national ont été annoncé par le gouvernement portugais.
Sélection d’ouvrages de Mario Soares
- Portugal, quelle révolution ?, Entretiens avec Dominique Pouchin, Calmann-Lévy, Paris, 1973, 253 p.
- Le Portugal bâillonné, un témoignage, Calmann-Lévy, Paris, 1972, 317 p.







