En Allemagne, le sort du chancelier est lié à celui du Bundestag, l’équivalent de notre Assemblée nationale. Le Bundeskanzler (ou Bundeskanzlerin au féminin) est élu tous les quatre ans, à l’issue des élections fédérales. Bien qu’il existe un président en Allemagne, le chancelier occupe un rôle central car il détient le pouvoir politique. Le chef du gouvernement est ainsi tenu de « fixer les grandes orientations de la politique et d’en assumer la responsabilité« , selon la Loi fondamentale allemande. Mais comment est-il choisi ?
Quand a lieu l’élection du chancelier ?
Le chancelier est élu par le Bundestag, après les élections fédérales allemandes, qui se tiennent tous les quatre ans. Le Président fédéral propose un candidat, généralement issu du principal parti de la coalition arrivée en tête des élections. En théorie, il peut choisir un autre candidat mais dans la pratique, ce système garantit la stabilité et l’efficacité de son mandat : ne peut être élu que le candidat à la chancellerie assuré de rassembler la majorité absolue des voix au Parlement.
En 2025, les élections fédérales étaient initialement prévues le 28 septembre. Mais en novembre 2024, l’éclatement de la « coalition tricolore » composée du Parti social-démocrate (SPD), des libéraux (FDP) et des Verts (Grünen) a placé le gouvernement d’Olaf Scholz en minorité. Le chancelier ayant perdu le vote de confiance du Bundestag le 16 décembre, le Parlement a été dissous le 27 décembre, ce qui a conduit à des élections anticipées le 23 février 2025. La CDU/CSU emmenée par Friedrich Merz a récolté une majorité de voix (28,5 %), suivie du parti d’extrême-droite AfD avec un score historique de 20,8 %.
Comment se déroule le vote au Bundestag ?
Selon l’article 63 de la Loi fondamentale, une fois le candidat désigné, les députés allemands élisent le chancelier sans débat préalable et à bulletin secret. Pour être élu, il doit obtenir la majorité absolue.
Que se passe-t-il si le candidat présenté par le président n’obtient pas la confiance du Bundestag ? L’article 63 prévoit que « le Bundestag peut élire un chancelier fédéral à la majorité de ses membres dans les quatorze jours qui suivent le scrutin« . Si la seconde tentative échoue, un nouveau vote est organisé et le candidat obtenant le plus grand nombre de voix est élu, même s’il ne réunit qu’une majorité relative. Le président dispose alors de sept jours pour nommer le chancelier.
Une fois élu, le nouveau chef du gouvernement doit prêter serment devant le président du Bundestag. Ce serment peut être prononcé sans l’ultime référence religieuse (voir ci-dessous) comme l’ont fait Gerhard Schröder et Olaf Scholz.
Quelles sont les premières missions du chancelier une fois élu ?
Après son entrée en fonction, le chancelier est aussitôt chargé par le président fédéral de former un gouvernement. En Allemagne, la formation d’une coalition entre deux ou trois partis est presque toujours nécessaire pour réunir une majorité permettant de désigner le chancelier et ses ministres. Avant l’élection du chancelier et la formation du gouvernement, plusieurs partis négocient et établissent un programme commun : le contrat de coalition. Ce document sert ensuite de base pour la répartition des ministères et l’élaboration des réformes.
Ainsi, lors des élections fédérales de 2021, le Parti social-démocrate (SPD) était arrivé en tête à une courte majorité (25,7 % des voix), suivi des Conservateurs du parti de l’ex-chancelière Angela Merkel avec 24,07 % (CDU/CSU), des Verts (Die Grünen) à 14,75 % et des Libéraux (FDP) avec 11,45 % des voix. Olaf Scholz (SPD) avait alors revendiqué la formation du gouvernement. En 2021, les discussions avaient débuté sous l’égide du parti social-démocrate entre les trois partis de la « coalition feu tricolore » (en référence à leurs couleurs politiques). La droite chrétienne-démocrate avait quant à elle été exclue des négociations.
Mais cette fois-ci, le candidat de la CDU/CSU Friedrich Merz, arrivé en tête le 23 février 2025 avec 28,6 % des voix, a mené les pourparlers. Il s’est tourné vers ses partenaires sociaux-démocrates (SPD), un type d’alliance appelé « grande coalition », qui prévalait durant trois des quatre mandats d’Angela Merkel. Les deux partis ont officiellement signé leur contrat de gouvernement lundi 5 mai, la veille de l’élection du nouveau chancelier.
Quels sont les pouvoirs du chancelier ?
A l’instar de nombreux autres pays européens, c’est le chef du gouvernement qui définit les grandes orientations politiques de l’Allemagne. Le chancelier est également en charge de la diplomatie et représente l’Allemagne lors des Conseils européens par exemple (tandis que la France y est représentée par le président de la République).
Le chancelier prend des décisions au niveau fédéral, mais certaines prérogatives relèvent des Länder (régions allemandes) et non pas du pouvoir central. Les Länder sont par exemple en charge de la police, de l’éducation, de l’environnement ou encore des aides sociales, tandis que la politique étrangère, la justice ou la fiscalité relèvent du niveau fédéral.
Le rôle central accordé au chancelier ou à la chancelière se justifie par des raisons historiques, explique la fondation Heinrich Böll. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne cherche à éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’une seule personne, tout en remédiant à l’instabilité gouvernementale chronique de la République de Weimar. Elle met alors en place un régime parlementaire fort et stable, marqué par un équilibre entre un exécutif fort et un parlement efficace. Konrad Adenauer, premier chancelier fédéral, parlait ainsi de « démocratie du chancelier » (Kanzlerdemokratie) pour évoquer le système allemand.


