En 2019, quelques semaines après son élection comme eurodéputé, Stéphane Séjourné évoquait dans une interview accordée à Toute l’Europe les raisons qui l’avaient poussé à se présenter. « L’Europe change beaucoup la vie des gens. C’est méconnu en France, mais les dossiers que nous traitons […] changent la vie quotidienne des gens« , affirmait-il.
L’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, proche du président depuis une décennie, ne savait pas encore à cette date qu’il gravirait rapidement les échelons : d’abord à Strasbourg, en devenant président du groupe centriste Renew au Parlement européen, puis à Paris comme ministre et enfin à Bruxelles, comme commissaire européen.
Le 1er décembre, il est devenu vice-président de l’exécutif européen, chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle. Il succède à Thierry Breton, démissionnaire à quelques semaines du terme de son mandat (2019-2024). À seulement 39 ans, Stéphane Séjourné effectue ainsi son retour au cœur de la politique européenne.
Une jeunesse militante
« Mon engagement politique est né à un peu plus de 16 000 km d’ici », glissait Stéphane Séjourné en 2019. Fils de Français expatriés, il poursuit sa scolarité au Mexique, en Espagne et en Argentine. C’est d’ailleurs en Amérique du Sud qu’il connait sa première expérience politique, alors que l’Argentine traverse une grave crise économique affectant notamment la classe moyenne. « Un certain nombre de mes camarades de classe ont dû quitter le lycée français, faute de moyens« , raconte-t-il, une situation qui le pousse à s’engager au Parti socialiste.
Baccalauréat en poche, il revient en France en 2005 pour étudier les sciences économiques et sociales à l’université de Poitiers. De cette époque, les journaux locaux notent son engagement politique de plus en plus marqué. Keffieh palestinien autour du cou ou participant à l’occupation des voies ferrées de la gare de Poitiers, Stéphane Séjourné s’investit alors pleinement dans la contestation contre le Contrat première embauche (CPE) en 2007 : le projet sera finalement retiré par le gouvernement de Villepin face à la large mobilisation dans le pays. « Parmi ces meneurs, un beau gosse attirait l’attention des journalistes, qu’il ne refoulait pas au premier abord. Stéphane Séjourné avait déjà le sens du contact« , écrivait la Nouvelle République en janvier dernier.
Macroniste de la première heure
Pendant ses années poitevines, l’étudiant militant fait la connaissance de Sacha Houlié (député depuis 2017) et de Pierre Person (député de 2017 à 2022) au Mouvement des Jeunes socialistes (MJS). Plus tard surnommés la « Bande de Poitiers », ils fondent en 2015 le mouvement de jeunesse de La République en Marche (rebaptisée Renaissance en 2022), Les Jeunes avec Macron.
Entretemps, après avoir obtenu son diplôme, Stéphane Séjourné devient assistant parlementaire, puis intègre le cabinet de Jean-Paul Huchon, président socialiste du Conseil régional d’Ile-de-France. Mais c’est en 2014 que sa carrière prend un tournant décisif, lorsqu’il rejoint Emmanuel Macron au ministère de l’Economie comme conseiller chargé des relations avec les élus.
Contrairement à certains de ses anciens camarades de Poitiers, qui entrent à l’Assemblée nationale, Stéphane Séjourné reste dans l’ombre. En 2017, il demeure auprès du nouveau président Emmanuel Macron comme conseiller politique, avant de plonger dans l’arène électorale en 2018 en devenant directeur de campagne et candidat de la majorité présidentielle aux élections européennes de 2019.
Entre Paris et Bruxelles
Dans son interview de 2019, Stéphane Séjourné explique que le mandat d’eurodéputé est « le plus logique pour [lui] compte tenu de [son] investissement à l’international et la volonté d’être utile pour la majorité et le président de la République« . Il devient alors chef de file des députés macronistes et rejoint la commission des Affaires juridiques du Parlement européen chargée notamment de contrôler les potentiels conflits d’intérêts des candidats à la Commission européenne.
En 2021, il succède à Dacian Cioloș à la tête de Renew Europe, le troisième groupe du Parlement européen. Malgré cette responsabilité européenne, il garde un pied en France et devient secrétaire général du parti Renaissance en 2022.
Décrit comme un « stratège », Stéphane Séjourné se fait un nom au Parlement européen. Bien que son groupe Renew Europe soit hétérogène, il se revendique « pivot » dans l’hémicycle. Il envisage d’ailleurs de briguer un nouveau mandat à l’issue des élections européennes de juin 2024. Pourtant, à la surprise générale, il est rappelé à Paris quelques mois avant l’échéance électorale.
Retour en France
En janvier 2024, il est nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères dans le gouvernement de Gabriel Attal. Malgré son expérience des négociations européennes, Stéphane Séjourné reste peu connu du grand public en France. Il doit même faire face à des railleries sur sa dyslexie après sa nomination, un « handicap » qu’il assume pleinement. « A force de travail, de rééducation, j’ai presque gommé l’intégralité de mes défauts à l’oral. […] Au quotidien, cela n’a aucune implication sur mon travail, mon efficacité, mes échanges dans les négociations internationales. Ce handicap n’a pas d’implication« , expliquait-il dans une interview au Parisien.
Stéphane Séjourné continue alors de fréquenter ses collègues européens, en participant notamment aux Conseils des Affaires étrangères de l’Union européenne, régulièrement organisés à Bruxelles. Puis, lors des législatives anticipées de juillet 2024, il est cette fois élu député dans les Hauts-de-Seine. Mais son parti Renaissance ayant subi un relatif échec dans les urnes, le gouvernement présente sa démission.
Direction Bruxelles
Dix mois seulement après son retour à Paris, Stéphane Séjourné a donc repris l’Eurostar (ex-Thalys) vers Bruxelles. Quelques heures après la démission surprise de Thierry Breton le 16 septembre, le ministre démissionnaire est propulsé candidat pour rejoindre la nouvelle Commission européenne.
Le lendemain, la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen dévoile la répartition des portefeuilles : Stéphane Séjourné est proposé pour devenir vice-président de la Commission, en charge de la Prospérité et de la Stratégie industrielle. Ses missions porteront sur l’industrie, les petites et moyennes entreprises, le marché unique, l’innovation, l’investissement et la stabilité économique.
Après avoir été auditionné par ses anciens collègues du Parlement européen, le futur commissaire ainsi que ses homologues ont reçu le feu vert des parlementaires le 27 novembre. Le 1er décembre, date de l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, Stéphane Séjourné a ainsi de nouveau posé ses valises au cœur de la capitale européenne.


