
Voiture avec chauffeur, collaborateurs, protection rapprochée… les anciens Premiers ministres vont devoir apprendre à s’en passer. Lundi 15 septembre, le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a confirmé la suppression des privilèges à vie pour ses prédécesseurs, à partir du 1er janvier 2026.
Jusqu’à présent, dix-sept anciens chefs du gouvernement français pouvaient compter sur une voiture avec chauffeur, des collaborateurs et une protection rapprochée. Coût total : environ 4,4 millions d’euros par an, dont 3 millions uniquement pour la sécurité. Des privilèges traditionnels accordés par l’État et non par la loi, qui peuvent donc être modifiés par simple décret gouvernemental.
À partir de l’année prochaine, les avantages des anciens Premiers ministres seront ainsi limités dans le temps et ajustés en fonction des besoins réels, notamment pour la sécurité, tandis que certains privilèges comme le secrétariat pourront être supprimés en fonction de l’âge ou d’autres fonctions exercées.
L’actuel pensionnaire de Matignon a indiqué sur le réseau X que « la protection policière ne sera[it] accordée aux anciens Premiers ministres et ministres de l’intérieur que pour une durée limitée, et reconduite en fonction de la réalité du risque » et que « tous les autres moyens mis à disposition des anciens Premiers ministres à vie le ser[aient] dorénavant pour une durée limitée« .
« On est le seul pays qui donne ce privilège« , soutient quant à lui l’ancien commissaire européen Thierry Breton sur France info. « Regardez ce qui se passe encore une fois avec les autres pays européens, alignons-nous tranquillement, sereinement« . Mais qu’en est-il réellement chez nos voisins ?
Contrairement au Premier ministre, les anciens ministres français ne profitent d’aucun avantage à vie. Ces derniers bénéficient d’une indemnité pendant les trois mois qui suivent la fin de leur mandat. Ils ne touchent en revanche pas de retraite à vie, ni d’assurance chômage. Enfin, certains peuvent bénéficier d’une protection policière, si le ministère de l’Intérieur l’estime nécessaire.
Allemagne, Espagne : des avantages importants
Parmi eux, plusieurs continuent d’attribuer des avantages institutionnels importants. Des privilèges censés se justifier par la place que continuent d’occuper les anciens dirigeants dans la vie publique et internationale.
En Allemagne, les anciens chanceliers fédéraux conservent à vie des moyens conséquents. Ils disposent d’un bureau, de collaborateurs et d’un budget de fonctionnement pris en charge par l’État, pour près de 500 000 euros de frais par an. Notons toutefois qu’en 2022, peu de temps après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le Bundestag a retiré certains avantages à l’ancien chancelier Gerhard Schröder, en raison de ses liens avec le géant pétrolier russe Gazprom.
En Espagne, les anciens Premiers ministres conservent un bureau, deux collaborateurs et un véhicule de fonction avec chauffeur. Ils disposent également d’une pension à vie, qu’ils peuvent refuser pour devenir membre de droit du Conseil d’État. Ils peuvent aussi profiter des transports publics d’État.
Italie, Danemark, Portugal : des avantages à géométrie variable
Au Danemark, les règles sont plus strictes. Tous les anciens ministres, dont les Premiers ministres, touchent une indemnité de transition pendant 6 à 36 mois après leur départ. Celle-ci sera bientôt limitée à 12 mois suite à une réforme adoptée en 2025. Ils peuvent ensuite bénéficier d’une pension de ministre ou de parlementaire, selon leur carrière. Côté sécurité, la protection est décidée au cas par cas par le service de renseignement et de protection, selon le niveau de menace. Aucun avantage « à vie » (voiture, bureau, collaborateurs) n’est prévu par la loi.
Au Portugal, la loi prévoit une subvenção mensal vitalícia (SMV). Cette allocation mensuelle à vie concerne les anciens Premiers ministres et présidents de l’Assemblée de la République. Son montant est plafonné à 80 % du salaire de base du poste exercé le plus longtemps, mais elle peut être suspendue si le bénéficiaire a d’autres revenus élevés. C’est notamment le cas pour António Costa, aujourd’hui président du Conseil européen.
Belgique, Pays-Bas : sobriété assumée
La Belgique se distingue par sa relative rigueur. Une fois le mandat terminé, les facilités disparaissent pour les anciens Premiers ministres, qui n’ont droit à aucun statut particulier. Ils disposent seulement d’une pension conforme au droit commun et de quelques moyens logistiques très réduits. Le royaume a choisi la sobriété et la discrétion, en revenant sur les rares avantages accordés par le passé.
Aux Pays-Bas, c’est la loi Appa (Algemene pensioenwet politieke ambtsdragers) qui encadre la sortie de fonction. Elle prévoit une allocation de transition temporaire et dégressive, ajustée en fonction des autres revenus. Dès qu’un ancien responsable retrouve un salaire conséquent, l’allocation cesse. Pas de bureau, pas de chauffeur, pas de staff financé par l’État : seulement un filet de sécurité transitoire.
Les chefs d’État, mieux lotis
Si les anciens Premiers ministres voient leurs avantages se réduire, la situation est bien différente pour les chefs d’État. Dans plusieurs pays européens, les ex-présidents ou ex-rois conservent un statut particulier.
En Allemagne, un ancien président fédéral bénéficie d’une dotation annuelle, d’un bureau, d’un chef de cabinet et de personnel mis à disposition, ainsi que d’une voiture avec chauffeur. En Italie, un ancien président bénéficie également d’un grand nombre d’avantages, y compris l’utilisation des avions, trains et bateaux de l’État ou du paiement de son assurance santé.
Certains États revoient tout de même quelques avantages accordés à leurs têtes couronnées. En Espagne, l’ancien roi Juan Carlos a longtemps conservé une rente annuelle et un entourage officiel, malgré son exil et les nombreuses polémiques dont il a fait l’objet. Pour faire taire les critiques, son fils Felipe VI, toujours en poste actuellement, avait pris la décision en 2020 de réduire certains de ces avantages.
En France, les anciens présidents de la République bénéficient de plusieurs privilèges, notamment une protection policière, un secrétariat avec jusqu’à sept collaborateurs pendant cinq ans puis réduit à trois, ainsi qu’un appartement meublé pris en charge par l’État. Ils perçoivent également une retraite d’environ 6 000 euros bruts par mois. Alors que l’exécutif supprime les avantages à vie pour les anciens Premiers ministres, Sébastien Lecornu rappelle que la situation du chef de l’État a déjà été largement encadrée. « Beaucoup de choses ont déjà été réglées » concernant le président de la République, a-t-il assuré.


