
Les finances publiques françaises cristallisent les tensions. En 2024, le déficit public s’est élevé à 5,8 % du PIB, soit près de 169,7 milliards d’euros selon Eurostat. Alors que l’Union européenne impose un retour sous les 3 % d’ici quatre à sept ans, le Premier ministre Sébastien Lecornu multiplie les consultations avec les groupes parlementaires. Parmi ses principaux objectifs : bâtir un budget 2026 acceptable à la fois pour Bruxelles, pour une majorité introuvable à l’Assemblée et pour la population française.
L’une des pistes proposées par les partis de gauche est le projet de « taxe Zucman », désormais ancré dans le débat public. Du nom de l’économiste français Gabriel Zucman, il s’agit d’un impôt supplémentaire à destination des patrimoines très élevés, les « ultra-riches ». Cette taxe concerne les foyers dont la fortune dépasse 100 millions d’euros, c’est-à-dire environ 1 800 personnes en France.
L’objectif est simple : garantir que ces très grandes fortunes paient au moins 2 % de la valeur totale de leur patrimoine en impôts chaque année. Ce mécanisme fonctionne comme un « impôt plancher » ou minimum. Concrètement, si un contribuable paie déjà des impôts (impôt sur le revenu, impôt sur la fortune immobilière, prélèvements sociaux, etc.) qui représentent moins de 2 % de son patrimoine, il devra verser la différence afin d’atteindre ce seuil.
Selon Gabriel Zucman, cette taxe permettrait de collecter environ 20 milliards d’euros chaque année pour l’État français. Elle vise à corriger une inégalité fiscale souvent observée : les ultra-riches, malgré leur fortune immense, paient proportionnellement moins d’impôts que le reste de la population, notamment à cause des mécanismes d’optimisation fiscale. La mesure est ainsi présentée comme un moyen de renforcer la justice fiscale et d’assurer que tous contribuent équitablement à l’effort collectif, notamment dans un contexte où les besoins de financement public sont importants.
La taxe Zucman existe-t-elle ailleurs en Europe ?
À ce jour, aucun pays européen n’a instauré une taxe comparable à la taxe Zucman. Plusieurs pays de l’Union européenne appliquent un impôt sur la fortune, qui consiste à taxer chaque année la valeur totale des biens et actifs d’un contribuable, au-delà d’un certain seuil.
En France par exemple, l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ne concerne que le patrimoine immobilier dont la valeur nette dépasse 1,3 million d’euros. Cet impôt progressif a pour but de faire contribuer les foyers aisés au financement des services publics. Mais il ne prend en compte que les biens immobiliers et ne garantit pas un montant minimal d’impôt global pour les très grandes fortunes, contrairement à la taxe Zucman qui vise à instaurer un seuil minimum d’imposition sur l’ensemble du patrimoine.
D’autres pays, comme les Pays-Bas, le Luxembourg ou la Belgique, ont des systèmes d’imposition partiels ou indirects sur le patrimoine, parfois limités à certains types d’actifs financiers. L’Espagne a toutefois mis en place, en complément de son impôt sur le patrimoine, un impôt temporaire de solidarité qui se rapproche partiellement de la taxe Zucman. Celui-ci cible les patrimoines nets de 3 millions d’euros ou plus, avec un taux de prélèvement progressif allant de 1,7 à 3,5 %.
Hors de l’Union européenne, la Norvège et la Suisse maintiennent aussi des impôts sur la fortune globale (biens immobiliers, financier, liquidités), mais leurs taux sont généralement plus bas et leur assiette n’est pas limitée aux ultra-riches comme dans la proposition Zucman.
À l’échelle européenne, dans une note datant de mars 2025, l’organisation dirigée par M. Zucman estime que les pays européens pourraient récupérer un total de 67 milliards d’euros en mettant chacun en place un taux d’imposition minimale de 2 % sur les plus aisés, les centimillionnaires, et même 121 milliards avec un taux de 3 %. En mars 2025, l’Union européenne comptait 537 milliardaires, dont 147 en France, 128 en Allemagne et 71 en Italie, selon les calculs de l’Observatoire européen de la fiscalité.


