Alors que la jeunesse d’Afrique subsaharienne fait face à de lourds défis en matière d’éducation et d’emploi, l’élection du prochain directeur général de l’UNESCO apparaît comme une étape décisive pour placer ces enjeux au cœur de l’agenda mondial.
Lors d’une conférence de presse virtuelle organisée ce mardi 30 septembre par AllAfrica Global Media, l’ancien sous-directeur général pour l’Afrique de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a présenté les grandes lignes de sa vision pour l’organisation. Il ne prétend pas créer une nouvelle UNESCO, mais entend poursuivre la dynamique en cours et apporter des réformes là où elles sont nécessaires. Son approche s’inscrit dans une dynamique de continuité, alors que l’organisation onusienne, forte de 194 États membres, est engagée dans un processus de modernisation de sa gouvernance et de ses priorités stratégiques.
Firmin Édouard Matoko (photo) a passé plus de deux décennies au sein de l’UNESCO. Il y a occupé plusieurs postes de direction avant de devenir sous-directeur général chargé de la priorité Afrique en 2017. Son parcours lui a permis de comprendre les besoins des pays africains et leur interaction avec les agendas internationaux.
L’éducation et la formation comme leviers de développement
La candidature de Firmin Édouard Matoko intervient dans un contexte où l’Afrique subsaharienne doit relever des défis éducatifs et économiques d’une ampleur inédite. La Banque mondiale prédit que cette région connaîtra une augmentation nette de 740 millions de personnes en âge de travailler d’ici à 2050. Elle souligne cependant qu’environ 12 millions de jeunes Africains entrent chaque année sur le marché du travail alors que seuls trois millions d’emplois formels sont créés. Dans le même temps, le rapport de synthèse 2024 du Global Partnership for Education’s (GPE’s) Knowledge and Innovation Exchange (KIX) révèle qu’environ 98 millions d’enfants et de jeunes de 6 à 18 ans sont actuellement hors du système scolaire. Ce chiffre représente près de 40 % de la population mondiale de jeunes non scolarisés.
Dans ce contexte de pression démographique et de pénurie d’opportunités, l’avenir du continent dépend de la capacité à transformer le capital humain par l’éducation et la formation. C’est dans ce cadre que le diplomate congolais a officialisé sa candidature au poste de Directeur général de l’UNESCO.
Dans son intervention, il a notamment insisté sur la nécessité de consolider les acquis de l’UNESCO en ce qui concerne les programmes d’éducation pour tous, tout en introduisant des réformes ciblées pour améliorer leur efficacité. Cette posture vise à rassurer les États membres sur sa volonté de préserver la stabilité de l’organisation, tout en ouvrant la voie à des ajustements nécessaires face à l’évolution rapide des besoins éducatifs.

Un processus électoral décisif pour l’Afrique
Dans un environnement mondial marqué par l’instabilité et la compétition économique, la transformation du capital humain africain est considérée comme un levier essentiel pour réduire la pauvreté et stimuler la croissance. Pour les pays africains, l’élection d’un dirigeant ayant placé la jeunesse et l’éducation au cœur de sa carrière pourrait être une opportunité stratégique. Il reste à savoir si cette ambition trouvera un écho auprès des États membres de l’UNESCO, où coexistent attentes fortes de réformes et équilibres diplomatiques complexes.
Selon les informations disponibles, le successeur d’Audrey Azoulay sera connu le 6 novembre 2025 lors de la 43e session de la conférence générale de l’organisation. Firmin Édouard Matoko entend convaincre les électeurs par son profil d’homme d’institution et de terrain, capable de dialoguer avec les gouvernements et les partenaires internationaux. Tout au long de sa conférence de presse, il a rappelé qu’il plaçait la continuité au cœur de son programme tout en promettant d’agir avec pragmatisme là où des réformes sont jugées indispensables.
Si son message de continuité séduit par sa sobriété, il laisse aussi entrevoir des réformes qui pourraient moderniser le fonctionnement de l’organisation. À un moment où l’éducation est bouleversée par les technologies numériques et où les marchés du travail demandent des compétences nouvelles, cette combinaison entre stabilité et innovation pourrait trouver un écho favorable.
La campagne est en cours et place l’Afrique au centre des discussions. Le Congolais sera face à l’Égyptien Khaled Ahmed El-Enany Ali Ezz, dont la candidature a été officialisée en octobre 2024.


