- 16 October 2026
- Updated 16h47
Préférence européenne : Christophe Grudler veut resserrer le « Made in Europe
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- Max LIPORT
- 20 mai 2026
- À la une
Rapporteur du Parlement européen sur le projet d’accélérateur industriel, Christophe Grudler défend une préférence européenne resserrée. Le député Renew veut distinguer les accords de libre-échange du « Made in Europe », alors que le texte doit renforcer l’industrie européenne face à la Chine et aux États-Unis.
La Commission européenne a présenté, le 4 mars, sa proposition de règlement sur l’accélérateur industriel, un règlement destiné à renforcer la production industrielle européenne dans plusieurs secteurs stratégiques. L’objectif affiché est ambitieux : faire passer la part de l’industrie manufacturière dans le PIB de l’Union européenne de 14,3 % aujourd’hui à 20 % d’ici 2035.
Le texte doit désormais être examiné par le Parlement européen et les États membres. Christophe Grudler, député européen Renew, en est le rapporteur au sein de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE). A ce titre, il est chargé de conduire les discussions au Parlement. Il détaille à Toute l’Europe sa vision de cette future loi industrielle.
Qu’est-ce que ce texte change par rapport à ceux sur l’industrie (NZIA) ou sur les matériaux critiques (CRMA) ?
Chaque autre texte portait sur une thématique spécifique. Le Critical Raw Materials Act se concentrait sur les matières premières critiques et le Net-Zero Industry Act sur les technologies propres. Ce texte va au-delà. Il est là pour renforcer les bases industrielles européennes.
Il donne également un signal fort aux investisseurs. Il faut qu’ils aient envie de soutenir l’industrie européenne, et l’industrie implantée en Europe aussi. Ce texte n’est pas seulement fait par les Européens pour les Européens : il vise aussi les investissements étrangers en Europe.
Vous êtes rapporteur depuis mars. Quels sont les points qui font déjà accord entre les eurodéputés et les États membres ?
Pour l’instant, nous sommes au début du travail parlementaire, mais je remarque que tout le monde comprend bien qu’il faut agir. Si on ne le fait pas, on va tuer notre industrie.
Il y a une vraie prise de conscience sur la nécessité d’agir, comme d’autres pays l’ont fait. La Chine protège son industrie depuis très longtemps, les États-Unis le font aussi avec le Buy American Act. Nous ne voulons pas être les seuls à rester au pays des Bisounours.
Quels pays ou groupes politiques freinent encore le texte ?
A ce stade, beaucoup d’États observent encore. Une douzaine, voire une quinzaine de pays, restent prudents. Certains pensent que ce texte va fragiliser nos relations avec les autres pays, ce que je ne crois pas.
Mais à partir du moment où l’on explique que la préférence européenne ne concernera pas tous les marchés publics, cela rassure. Le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne sont plutôt réservés pour l’instant. Nous avons donc encore du travail jusqu’à la fin de l’année.
Pourquoi certaines obligations sur l’acier, l’aluminium ou le béton n’entreraient-elles en vigueur qu’en 2029 ? L’Europe peut-elle se permettre d’attendre aussi longtemps pour protéger son industrie ?
Nous n’attendons pas, nous sommes proactifs. La preuve, c’est que ce texte est là. Les mesures de sauvegarde de l’industrie ont été prises dès maintenant. Qu’il y ait un petit délai pour les appliquer, c’est assez logique. Il faut quand même laisser à tout le monde le temps de s’adapter. Il faut également veiller aux risques de contournement du texte, que nous espérons adopté en 2027.
Par ailleurs, certaines mesures sont déjà mises en place grâce à d’autres textes. Par exemple, sur l’acier, il y a les mesures de sauvegarde qui s’appliquent au 1er juillet 2026, en complément des autres mesures européennes qui se terminent le 30 juin. Sur l’acier, nous avons donc déjà une réponse européenne active. Le calendrier n’est pas un problème pour moi.
La préférence européenne, est-ce une forme de protectionnisme ?
Non, parce que cela a pour objectif de soutenir ce qui est stratégique. C’est bien une préférence, cela ne veut pas dire que c’est une obligation.
La préférence signifie que l’on va regarder en premier les offres européennes. Mais si elles sont trop chères, alors il n’y aura pas de préférence européenne. Les offres européennes ne pourront pas bénéficier de cette préférence si leur prix est supérieur de 25 % au reste du marché.
In fine, à qui s’applique vraiment la préférence européenne si on exempte tous nos partenaires avec qui l’on a signé des accords de libre-échange ?
Ursula von der Leyen considère qu’il y a environ 80 pays qui ont des accords commerciaux avec l’Union européenne et qui pourraient tous bénéficier de la préférence européenne sur les marchés publics. Ce n’est pas du tout ma vision.
Quand on fabrique un produit au Vietnam, ce n’est pas un produit européen. Pour moi, on ne peut pas faire bénéficier 80 pays de la préférence européenne. Il faut différencier le libre-échange de ce qui relève de la préférence européenne.
La liste des pays situés en dehors de l’UE qui bénéficient de la préférence européenne doit être la plus limitée possible. Pour moi, le critère géographique joue. Si l’on dit « Made in Europe », ce n’est pas « Made in Asia » ou « Made in South America ».
Comment le projet va-t-il être financé ?
Etant donné qu’il concerne les marchés publics, il le sera par nature par les collectivités locales et les États membres.
Mais attention : l’IAA n’est pas un fonds. C’est un règlement qui met en harmonie plusieurs textes. L’aspect financement européen viendra donc d’autres textes.
L’Europe doit-elle craindre des représailles de la Chine ?
Il ne faut pas laisser les filières se débrouiller seules, en aucun cas. Mais la Chine applique un principe bien connu : diviser pour mieux régner. Il faut donc avoir une réaction globale.
Il ne faut pas avoir peur des rétorsions chinoises. S’il y en a, il y aura des rétorsions européennes. La Chine va essayer d’appuyer là où cela fait mal. A nous d’être forts.








