- 7 September 2026
- Updated 14h36
Géo-économie : l’axe Afrique-Méditerranée-Europe comme nouveau moteur régional
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- Max LIPORT
- 28 août 2026
- Entretiens & Reportage Exclusifs
Pendant plusieurs décennies, la mondialisation s’est structurée autour d’un axe horizontal Est-Ouest. Aujourd’hui, cette dynamique fait face à l’émergence de trois grandes régions économiques verticales Nord-Sud : l’Asie-Pacifique, les Amériques et l’Afrique-Méditerranée-Europe. Dans mon ouvrage Le Monde en 3 Verticales, publié aux éditions Karthala, je propose de lire cette recomposition du monde à travers l’émergence de ces trois grandes régions économiques verticales. Cette transformation ouvre une perspective stratégique majeure pour l’Afrique et l’Europe, appelées à repenser leur relation.

Au cœur de cette réorganisation des flux, je défends l’idée de renforcer l’axe Afrique-Méditerranée-Europe (AME) afin de transformer cette proximité géographique en un véritable espace de coopération économique, industrielle et financière, fondé sur des intérêts communs, la création de valeur partagée et une relation plus équilibrée.
Complémentarité stratégique : le rapprochement industriel euro-africain
Sur le continent africain, le défi économique n’est plus seulement lié à l’abondance des ressources, mais à la transformation structurelle de son modèle. Longtemps caractérisée par une forte dépendance aux matières premières et par une captation insuffisante de la valeur produite localement, l’Afrique est un géant démographique qui, en 2026, ne représente encore que 3 % du PIB mondial. L’Europe, de son côté, souffre d’un vieillissement de sa population, peine à relancer sa réindustrialisation et s’expose à un risque de marginalisation sur la scène mondiale.
Pour répondre à ce double défi, je défends la création d’un espace économique intégré associant l’Europe et l’Afrique à travers la Méditerranée. Ce projet s’articule autour d’une proximité géographique, culturelle, administrative et linguistique, qui constitue un véritable avantage comparatif et peut devenir un puissant levier productif. A cela s’ajoutent les complémentarités évidentes entre les économies des pays africains, méditerranéens et européens et le rôle stratégique des solidarités que les diasporas ont su créer.
Cette proposition s’inscrit dans un mouvement où l’enjeu principal est de consolider l’industrialisation du continent africain. Il s’agit désormais de faire évoluer les économies africaines d’une logique de rente vers des écosystèmes de coproduction, permettant de sécuriser la création de valeur et de bâtir un partenariat euro-africain solide qui intègre pleinement les sociétés civiles. C’est d’ailleurs ce que souligne avec justesse Didier Acouetey, fondateur d’AfricSearch, lorsqu’il analyse cette dynamique géopolitique : «…l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe peuvent bâtir des complémentarités fortes autour d’intérêts convergents. Ce que l’une possède, l’autre en a besoin. Ce que l’une invente, l’autre peut l’amplifier. La proximité n’est pas un héritage à subir ; elle est un actif stratégique à valoriser».
Le passage à la coproduction : un nouveau paradigme d’investissement partagé
La mise en place de cette région verticale reste conditionnée par une révision profonde de la circulation des capitaux et des relations historiques. La relation entre le Nord et le Sud a longtemps été marquée par des déséquilibres importants, qui ont contribué à installer une relation économique asymétrique.
Pour dépasser ce constat, le modèle de La Verticale AME repose sur une logique d’investissements croisés. Afin d’optimiser cette proximité, les capitaux européens ont intérêt à davantage s’ancrer dans les économies du Sud, tandis que les capitaux africains doivent pouvoir, en retour, trouver dans les marchés européens des opportunités d’investissement, de diversification et de développement.
Comme l’a récemment souligné Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, «Dans un monde où l’Europe est désormais confrontée à des puissances inamicales ou hostiles, elle a plus que jamais intérêt à construire un partenariat renouvelé et équitable avec l’Afrique». Alors que les autres continents se regroupent déjà selon un axe Nord-Sud, l’Afrique et l’Europe disposent d’une opportunité stratégique qu’elles ne peuvent plus se permettre de négliger. La Verticale AME peut devenir un espace économique de premier plan, capable de concilier les priorités africaines et les intérêts européens autour d’un même objectif : produire davantage, ensemble, et mieux répartir la valeur créée.








