Après des mois de négociations et une échéance repoussée à plusieurs reprises, l’Union européenne et les États-Unis ont trouvé un deal autour de l’épineuse question des droits de douane. « Le plus grand accord jamais conclu« , a ainsi salué Donald Trump, tandis que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, évoque un « bon accord qui apportera de la stabilité et de la prévisibilité » des deux côtés de l’Atlantique.
Dans le détail, l’accord conclu dimanche à Turnberry, en Écosse, établit des droits de douane de 15 % sur les exportations européennes vers le marché américain et lève les tarifs douaniers pour un certain nombre de produits spécifiques. Il inclut également 600 milliards de dollars d’investissements européens aux États-Unis et l’achat par l’UE de produits énergétiques américains (gaz naturel, combustibles nucléaires et pétrole) pour 750 milliards de dollars. L’annonce intervient à moins d’une semaine de l’échéance fatidique du 1er août.
Le 2 avril dernier, Donald Trump avait dévoilé de nouveaux droits de douane qu’il entendait imposer aux importations en provenance de 185 pays et territoires étrangers, allant de 10 % (taux plancher général) à près de 50 %. Si certains taux ont depuis été ajustés, plusieurs pays sont encore très durement touchés, à l’image du Brésil et du Lesotho (50 % chacun), de Madagascar (47 %) ou de la Syrie (41%). La Chine, elle fait face actuellement à 30 % de droits de douane américains sur ses exportations, avec une échéance au 12 août. Si aucun accord n’est trouvé d’ici-là, ces droits pourraient remonter jusqu’à 145 %.
Les droits de douane imposés par les États-Unis
Niveaux des droits de douane effectifs (par défaut) à partir du 1er aout 2025
Négociations à la baisse
A l’image de l’Union européenne, de nombreux pays à travers le monde ont alors entrepris des négociations avec l’administration américaine. L’Union européenne n’est ainsi pas le premier pays à obtenir un accord avec Donald Trump pour tenter de faire diminuer les droits de douane annoncés par la Maison-Blanche en avril.
Le 22 juillet dernier par exemple, soit quelques jours avant les Vingt-Sept, le Japon avait obtenu l’abaissement des droits de douane de 24 % à 15 %. Tokyo s’engageait aussi à investir 550 milliards de dollars aux États-Unis et à ouvrir son marché aux produits américains comme les voitures et certaines denrées alimentaires.
Le même jour, l’Indonésie arrachait un rabais, passant de 32 % à 19 % de droits de douane. Jakarta doit en revanche supprimer 99 % des barrières tarifaires sur les exportations américaines, couvrant l’agroalimentaire, la santé ou encore les produits chimiques.
Dès le mois de mai, le Royaume-Uni avait été le premier pays à négocier un accord avec les États-Unis, prévoyant des dispositions secteur par secteur (taux de 10 % par défaut).
Rééquilibrer la balance commerciale américaine
Pour justifier les mesures mises en place, le président américain avait évoqué, début avril, les déséquilibres commerciaux qui, selon lui, nuisent aux États-Unis depuis des décennies. « Ce qu’ils nous font, nous leur faisons« , avait-il martelé, lors d’une allocution soigneusement mise en scène depuis les jardins de la Maison-Blanche. Devant un parterre de chefs d’entreprise et de membres de son gouvernement, il avait affirmé que ces mesures marquaient « le jour de la libération » pour l’économie américaine. L’Union européenne n’avait pas échappé à la règle. « L’Europe nous arnaque, eux, c’est 39 % qu’ils prennent. On va leur en demander à peine la moitié« , avait-t-il justifié.
En l’état actuel des choses, le taux moyen des droits de douane appliqués par l’UE au pays de l’Oncle Sam avoisine les 4 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui pratiqué jusque-là par les États-Unis sur leurs importations (3,5 %). L’administration américaine semble donc avoir estimé le chiffre de 39 % en y intégrant ses propres estimations des coûts engendrés par la TVA – qui s’élève par exemple à 20 % en France – ainsi que par diverses barrières non tarifaires, telles que les réglementations environnementales et sanitaires.
Les droits de douane imposés par les États-Unis aux pays européens
| Territoire | Nouveaux droits de douane |
|---|---|
| Albanie 🇦🇱 | 10 % |
| Andorre 🇦🇩 | 10 % |
| Arménie 🇦🇲 | 10 % |
| Azerbaïdjan 🇦🇿 | 10 % |
| Bosnie-Herzégovine 🇧🇦 | 30 % |
| Géorgie 🇬🇪 | 10 % |
| Gibraltar 🇬🇮 | 10 % |
| Groenland 🇬🇱 | 10 % |
| Islande 🇮🇸 | 10 % |
| Kosovo 🇽🇰 | 10 % |
| Liechtenstein 🇱🇮 | 37 % |
| Macédoine du Nord 🇲🇰 | 33 % |
| Moldavie 🇲🇩 | 25 % |
| Monaco 🇲🇨 | 10 % |
| Norvège 🇳🇴 | 15 % |
| Royaume-Uni 🇬🇧 | 10 % |
| Russie* 🇷🇺 | 0 % |
| Saint-Marin 🇸🇲 | 10 % |
| Serbie 🇷🇸 | 35 % |
| Suisse 🇨🇭 | 31 % |
| Turquie 🇹🇷 | 10 % |
| Ukraine 🇺🇦 | 10 % |
| Union européenne | 20 % |
*La Russie n’est pas concernée mais fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis








