CEDEAO : le Sénégal à la barre, mais l’organisation peut-elle survivre à la fragmentation du Sahel ?
Le Sénégal vient d’être désigné pour assurer la présidence de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030, un honneur qui souligne le poids diplomatique croissant de Dakar sous la direction de Bassirou Diomaye Faye. Cependant, cette nomination intervient dans un contexte de crise existentielle pour l’organisation régionale ouest-africaine. Le sommet d’Abuja du 13 décembre a révélé des fractures profondes que la CEDEAO ne peut plus ignorer.
D’un côté, il y a la CEDEAO « classique » : une organisation attachée aux normes démocratiques, qui a condamné sans réserve les tentatives de coup d’État au Bénin et en Guinée-Bissau, et qui a déployé des troupes pour restaurer l’ordre constitutionnel. De l’autre, il y a l’AES (Alliance des États du Sahel), formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger après leur départ de la CEDEAO en 2023. Ces trois pays, dirigés par des juntes militaires, poursuivent une trajectoire géopolitique radicalement différente, privilégiant les partenariats avec la Russie et contestant l’hégémonie occidentale.
Le Sénégal, avec sa présidence, aura la responsabilité de naviguer cette fracture. Le pays a montré une certaine habileté diplomatique — il a obtenu la présidence de la Commission de l’UA pour 2026-2030, un double honneur — mais peut-il vraiment réconcilier deux visions incompatibles de l’Afrique de l’Ouest ? La CEDEAO peut-elle survivre en tant qu’organisation régionale cohérente si ses trois plus grands pays du Sahel restent en dehors ? Ou assistons-nous à la naissance d’une nouvelle géopolitique ouest-africaine, fragmentée et multipolaire ?







